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Entreprises

Cliniques privées
«L’ouverture du capital n’est pas la seule alternative»

Par L'Economiste | Edition N°:4213 Le 14/02/2014 | Partager
Les médecins ont présenté hier leurs contre-arguments devant la 2e Chambre
Achat de services, incitations fiscales, partenariats,…. les pistes pour l’accessibilité des soins

Dr Jaâfar Heikel, président du CNMG: «Rien dans le projet de loi n’interdit aux investisseurs de ne choisir que les spécialités les plus rentables. Cela risque de modifier le visage sanitaire dans le privé»

- L’Economiste: L’ouverture du capital des cliniques aux investisseurs privés, est-ce une erreur selon vous?
- Jaâfar Heikel: Il s’agit d’une excellente question, mais la réponse n’est pas appropriée. Son objectif est noble et nous y adhérons. Il est d’ailleurs mentionné dans le préambule du projet de loi : Améliorer la qualité des soins et augmenter l’accessibilité du citoyen aux services de santé. Qui peut être contre cela? Toutefois, comment peut-on imaginer que la solution serait que des investisseurs privés s’installent dans des régions reculées, comme Bouarfa ou Figuig. J’aimerais que l’on me donne les noms des investisseurs qui se bousculeraient devant le ministère pour investir dans ces endroits. N’y a-t-il pas d’autres modèles à explorer, comme l’achat de services à des privés, ou encore l’hébergement d’opérateurs privés dans les espaces vides des hôpitaux en contrepartie de consultations gratuites pour un quota de patients démunis. Il existe d’autres modèles innovants que nous pouvons construire ensemble, des incitations fiscales, des réductions sur les frais de transport des médecins dans les régions enclavées,... C’est une erreur que de faire croire que ce projet va augmenter l’accessibilité aux soins. Il est vrai que sur le terrain la majorité des bâtiments et des équipements des cliniques n’appartiennent pas à des médecins mais à des privés. Sauf que la direction et le management restent entre les mains des médecins.

- Pourquoi donc ne pas institutionnaliser ce qui existe déjà?
- La différence c’est qu’aujourd’hui les investisseurs privés n’ont pas de pouvoir de décision, car l’autorisation d’ouverture et d’exploitation reste entre les mains des médecins. Dans le projet de loi, ce n’est pas le cas. La seule obligation pour l’investisseur, c’est d’engager un médecin directeur. Il peut donc tout à fait en embaucher un pour la forme! Le ministre dit que de toutes les façons il y a des dérapages, comme les chèques de garantie par exemple. Mais, en fait, il ne dit que la moitié de la vérité. Pourquoi ne parle-t-il pas de la quantité de chèques sans provisions dans les cliniques? Il cite également des risques pour la santé des patients dans le privé, mais quid du public? Nous, nous acceptons les inspections dans nos locaux, pourquoi n’y aurait-il pas une agence indépendante de contrôle qui évalue tout le monde, y compris le public. La santé du citoyen mérite d’être la même partout. Là, nous pourrons comparer correctement les performances des deux secteurs.

- Quelle serait donc la solution?
- Je ne suis pas contre l’ouverture du capital, mais il faut préciser qui va gérer. Le médecin doit garder l’autorisation d’ouverture et d’exploitation et non l’investisseur. Pourquoi le ministre tient-il à ce que la loi passe avant les décrets d’application du schéma régional d’offre de soins? Le fait est que la carte sanitaire va clairement montrer que dans des régions attractives comme Casablanca, Rabat, Marrakech et Fès, le terrain est saturé. Or ce sont ces endroits qui intéressent les investisseurs. Par ailleurs, dans tous les pays en développement, la stratégie de santé repose sur le MCOP: médecine, chirurgie, obstétrique et pédiatrie. Rien dans le projet de loi n’interdit aux investisseurs de ne choisir que les spécialités les plus rentables, l’ORL, l’ophtalmologie, la chirurgie esthétique, la cancérologie… Cela risque de modifier le visage sanitaire dans le privé.    
- Et si jamais la loi passait?
- Nous ne partageons pas l’avis du ministre, c’est notre droit. Mais si la loi passe, nous accepterons la décision du Parlement, nous sommes des démocrates. Néanmoins, nous aurons tiré la sonnette d’alarme. Par ailleurs, personne ne nous obligera à travailler avec des investisseurs. Rien ne nous empêchera non plus de bien informer la population.

Les médecins, de «bons gestionnaires»

LES remous créés par le projet de loi sur l’ouverture du capital des cliniques privées ont poussé les professionnels du secteur à redéployer leurs forces. Un Collège national des médecins gestionnaires (CNMG), qui compte dans son conseil d’administration le président de l’Association nationale des cliniques privées (ANCP) et celui du Syndicat des médecins spécialistes privés, a vu le jour en décembre dernier. Son objectif: démontrer que les médecins peuvent aussi être de bons managers. Il regroupe, d’ailleurs, une majorité de médecins diplômés en management, finance et économie. Le Collège entend également apporter son expertise en gestion des affaires, participer à la formation des praticiens et contribuer à la production de l’information sanitaire. «Le ministre de la Santé ne dispose que de l’information relative au secteur public. Il n’a aucune donnée sur le privé, les polycliniques de la CNSS, le système des Forces armées royales ou encore celui des communes. Il est donc incapable d’avoir une planification optimale du système de santé», estime son président, Jaâfar Heikel.

Propos recueillis par
Ahlam NAZIH

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