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Chronique Militaire

Un nouveau serpent de mer est né, la ZIDA(1)!
Par le colonel Jean-Louis Dufour

Par L'Economiste | Edition N°:4174 Le 18/12/2013 | Partager

SANS doute s’en souvient-on! Le 23 novembre, Pékin annonce la création d’une

Notre consultant militaire, Jean-Louis Dufour, est un ancien officier supérieur de l’armée française. Il a servi en qualité d’attaché militaire au Liban, commandé le 1er Régiment d’infanterie de marine et le bataillon français de la Finul. Chargé du suivi de la situation internationale à l’état-major des Armées (EMA-Paris), il s’est ensuite spécialisé dans l’étude des crises et des conflits armés. Ancien rédacteur en chef de la revue «Défense», professeur dans nombre d’universités et instituts francophones, il est l’auteur de plusieurs ouvrages, parmi lesquels «La guerre au 20ème siècle» (Hachette, 2003), «La guerre, la ville et le soldat» (Odile Jacob, 2006), «Un siècle de crises internationales» (André Versaille, 2009) (Ph. Archives)

«Zone d’Identification de Défense Aérienne» en mer de Chine et avertit les compagnies aériennes que leurs appareils devront s’identifier en y pénétrant. Aussitôt, les chancelleries concernées affichent leur consternation. Car la zone indiquée inclut l’espace aérien des îles Senkaku (Diaoyu pour les Chinois).  Ces îlots, en réalité de gros rochers inhabités, appartiennent au Japon mais sont revendiqués par la Chine. Le lendemain 24, le chef de la diplomatie nippone proteste contre cette décision unilatérale, qui lui fait «redouter des évènements imprévisibles» dans la région. Le 25, les Etats-Unis réagissent. Deux bombardiers B 52, vestiges de la guerre froide, survolent les Senkaku. Surpris, Pékin, qui n’entend pas voir l’affaire dégénérer, prend un peu de temps avant d’observer que les appareils de l’US Air Force sont passés très au large de la ZIDA. Pas de quoi, par conséquent, fouetter un chat!
Depuis, pas un jour sans que l’un des protagonistes, Japon, Corée, Etats-Unis, Chine,… ne se manifeste: instruction donnée aux compagnies aériennes US de se soumettre aux demandes chinoises d’identification, refus des Coréens d’en faire autant, survols des Senkaku par des appareils de combat japonais et coréens, patrouilles navales multipliées, aménagement par Tokyo de sa propre zone d’identification aérienne... Le 16 décembre, l’AFP rend compte du dernier incident, survenu en mer de Chine méridionale. Le quotidien pékinois Global Times, dans sa livraison du même jour, écrit qu’un croiseur lance-missiles de l’US Navy, le Cowpens, a eu un comportement agressif, contraignant un bâtiment chinois à manœuvrer pour éviter la collision… Les Etats-Unis, à leur tour, protestent officiellement.
Les bases d’une crise internationale majeure sont jetées. Reste à attendre l’incident susceptible de mettre le feu aux poudres, autant dire la «rupture» qui marquera l’entrée dans la crise(2). L’ennui est que la confusion, née de l’initiative chinoise, a pour origine la création de cette fameuse zone d’identification. Or, la ZIDA, personne, ou presque, ne sait très bien de quoi il retourne, à quoi elle peut servir, et si elle est utile, importante, dangereuse… Personne, nulle part, y compris peut-être en Chine…!(3)  
Officiellement, une ZIDA est une zone située en avant du territoire national où les appareils militaires étrangers qui s’y aventurent sont susceptibles d’être interrogés, identifiés et si besoin, interceptés avant d’entrer dans l’espace aérien considéré. La ZIDA est enfant de la guerre froide, inventée par le Pentagone dans les années 1950 pour réduire le risque d’une attaque surprise soviétique. Sept ZIDA perdurent aux Etats-Unis,  Côte Est, Côte Ouest, Alaska, Hawaï et Guam, et deux au Nord, gérées en commun avec le Canada. D’autres pays ont institué de telles zones, Inde, Japon (qui vient d’annoncer son extension aux Senkaku), Norvège, Pakistan, Corée du Sud, Taïwan, Royaume Uni(4).
Car en temps de paix une ZIDA sert à réduire le risque de collision en vol, à combattre le trafic de drogue, à faciliter les missions de secours, et aussi à diminuer le nombre de cas où des patrouilles aériennes sont requises pour aller identifier visuellement un intrus. Une ZIDA réduit l’incertitude, elle favorise la transparence, l’anticipation, la stabilité stratégique.
Pour en créer une, aucune convention n’existe, nulle justification n’est requise.  Si toute ZIDA empiète sur l’espace aérien international, elle n’équivaut nullement à une quelconque appropriation de cette partie d’espace. Aujourd’hui, le procédé sert moins la défense nationale que la sécurité des vols.

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Dès lors, on se demande pourquoi Pékin a créé sa ZIDA. En effet, le risque d’une attaque surprise japonaise ou sud-coréenne est nul. La tension à propos des Senkaku est tangible mais elle ne ressemble en rien à celle qui régnait lors de la guerre froide. La zone d’identification n’a donc pas pour objectif d’améliorer la sécurité de la Chine ou de faciliter la lutte contre des trafiquants; elle n’est pas de nature à aider les recherches en mer; elle accroît au contraire les risques d’accidents, surtout entre appareils militaires(5) car les commerciaux diffusent largement et en temps requis leurs plans de vol. Notons que bien des pays sont partisans d’ouvrir en permanence les espaces aériens internationaux aux appareils militaires, quelle que soit leur nationalité. Ainsi les Etats-Unis laissent-ils les avions de combat étrangers traverser leurs ZIDA, quitte à leur signaler le fait, sans autre conséquence. A l’inverse, un petit nombre d’Etats, le Brésil par exemple, estiment devoir réguler leur espace aérien sur toute l’étendue de la zone économique exclusive (200 milles des côtes).
La Chine ne cherche vraiment pas à améliorer la sécurité aérienne dans la région; en confondant vols commerciaux et vols militaires et en causant du trouble au sein des compagnies aériennes, elle accroît le risque d’irruption d’un incident gravissime.
En vérité, Pékin a créé sa zone d’identification pour mieux instiller l’idée que les Diaoyu lui appartiennent dès lors qu’elle contrôle la navigation aérienne dans l’espace aérien correspondant. Mauvais calcul!  La situation en Asie orientale est devenue brusquement plus dangereuse, quand le but de Pékin n’est sans doute pas de s’engager dans une épreuve de force avec ses voisins, souvent alliés des Etats-Unis.
Mieux vaut ne pas compter sur un revirement chinois, même si l’obstination de Pékin finira par lui nuire. Pour les Etats concernés, deux attitudes sont possibles: soit ils refusent d’obtempérer ou de prendre au sérieux les décisions de la Chine qui sera alors humiliée, soit ils appliquent la mesure avec le risque de voir se multiplier les incompréhensions réciproques. Déjà, Séoul a lancé sa propre zone d’identification, sans doute le meilleur moyen d’aggraver le risque d’une confrontation accidentelle. Mais s’ils choisissent de ne pas se laisser impressionner, les «adversaires» de la Chine la contraignent à se montrer ferme.
Une troisième solution serait de ne pas porter attention à la provocation chinoise. Certes, pareil comportement est désormais délicat à adopter. Séoul, Tokyo, Washington ont déjà réagi. Mais ces capitales peuvent encore éviter d’aborder publiquement le sujet pour mieux s’entendre discrètement avec Pékin sur le moyen d’éviter le pire sans perdre la face. La Chine a créé sa ZIDA, les Etats-Unis et leurs alliés n’en veulent pas. Il serait temps d’en rester là et surtout de ne rien faire qui soit de nature à amplifier la dispute, une stratégie qu’il y a vingt-cinq siècles le stratège chinois Sun Zi n’eût peut-être pas désavouée.

«La Chine s’arroge l’espace aérien des îles Senkaku»

«L’ANNONCE, samedi 23 novembre, de la création par Pékin d’une zone de défense aérienne en mer de Chine orientale, a fait monter d’un cran les tensions en Asie de l’Est. Premier concerné, le Japon a protesté contre la création de cette zone, incluant les Senkaku…». «Le secrétaire d’Etat américain, John Kerry, a critiqué une action unilatérale, à même d’exacerber les risques d’incident. Chick Hagel, secrétaire à la Défense, a rappelé que les Senkaku-Diaoyu restaient concernées par l’alliance de sécurité nippo-américaine. Séoul a également exprimé ses regrets, car la nouvelle zone empiète sur celle de la Corée du Sud en mer Jaune… ».
Le Monde, 5 décembre 2013

Sun Zi et la stratégie indirecte

«DE tout temps, le stratège militaire a eu le choix entre un mode direct: l’empoignade, par le gros des forces, du gros des forces ennemies, et un mode indirect cherchant, soit à obtenir des effets importants sur la conduite de la guerre avec des forces militaires limitées (approche indirecte, saisie d’un gage), soit à utiliser une combinaison de moyens où les forces militaires ne jouent qu’un rôle très secondaire. C’est cette gémellité indissociable qui constitue l’essentiel du message de Sun Zi, largement méconnu au fil des siècles par les chefs politiques et militaires occidentaux».
Valérie Niquet, «Sun Zi, l’art de la guerre», Paris, Economica, 1990, 169 p, p 56

«On est un grand général, non pour avoir remporté cent batailles en cent rencontres, on est un grand général pour avoir gagné la guerre sans avoir jamais livré bataille».
Sun Zi

 

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(1) ZIDA ou Zone d’Identification de Défense Aérienne, ADIZ, en anglais, pour Air Defense Identification Zone
(2) Voir la théorie de la crise internationale, « Les phases de la crise »,  dans « Un siècle de crises internationales, de Pékin (1900) au Caucase (2008) », André Versaille éditeur, Bruxelles, 2009, 313 p, pp 24-33.
(3) C’est ce que laisse entendre David A. Welch, chercheur américain, dans une note intitulée «Whats’s an ADIZ?», publiée par le «Council on Foreign Relations», le 9 décembre 2013.
(4) Notons que tout appareil qui survole un espace aérien national doit au préalable l’avoir annoncé en diffusant son plan de vol; s’il ne le fait pas, et s’il ne répond pas aux appels radio de la Défense aérienne du pays survolé lui demandant de s’identifier, une patrouille d’avions de combat, toujours en alerte, décolle pour s’en aller reconnaître l’avion en cause, et peut le contraindre à se poser. Sans ZIDA officielle, tout pays en passe d’être survolé doit donc attendre que l’intrus entre dans l’espace aérien national pour lui demander de s’identifier s’il n’a pas annoncé son plan de vol au préalable; en temps de paix, cela suffit…
(5) Collision accidentelle  en 2001 entre un EP-3 de l’US Navy et un chasseur F8 chinois au-dessus de l’île de Hainan.

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