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Société

Malek Chebel: «Les jeunes doivent être plus curieux»

Par L'Economiste | Edition N°:4166 Le 06/12/2013 | Partager

Pour Malek Chebel, «le Printemps arabe est devenu un paradigme politique pour le monde entier, qui a inspiré des mouvements sociaux même en Europe»

Anthropologue, philosophe, islamologue, psychanalyste, les casquettes de Malek Chebel sont multiples. Président du jury de l’édition 2013 du prix Grand Atlas, il revient sur le rôle de la culture dans l’émancipation de la société ainsi que sur les mutations récentes qui ont touché le monde arabo-musulman. «Présider le jury de ce prix, qui récompense les essais de sciences humaines en français ou traduits dans la langue de Molière et aide à faire émerger des œuvres qui permettent de définir la culture et l’identité du pays, me donne une satisfaction supplémentaire». 

- L’Economiste: Vous êtes au Maroc pour présider le jury du prix grand Atlas. Qu’est-ce que cela représente pour vous?
- Malek Chebel: J’ai été président de plusieurs jurys en France depuis deux ans. Mais celui-ci me donne une satisfaction supplémentaire, parce que nous allons aider à faire émerger une œuvre importante. Ceci est essentiel pour nos pays, en permettant de savoir qu’il y a des intellectuels qui se préoccupent de la définition de leur culture, de leur identité, de leur histoire…
- Comment voyez-vous le rôle de la culture dans l’émancipation de la société?
- Je pense que la culture contribue à humaniser la société, à lui donner une dimension sacrée. C’est dans cet esprit-là que j’utilise l’expression de l’Islam des lumières. C’est cet islam ouvert sur les réalités contemporaines, sur la vie des gens, sur le progrès… Sans la culture, nous aurions des sociétés figées, immobiles, qui n’ont pas de mémoire ni d’identité.

- Vous avez beaucoup travaillé sur la question de la diversité qui suscite le débat dans plusieurs pays. Selon vous, comment peut-on la préservez sans porter atteinte à son unité?
- Il faut savoir que l’un des aspects les plus aboutis de la diversité, est l’unité. La diversité ne signifie pas qu’il y ait une uniformité totale. Le Coran parle aussi de la diversité de la société humaine qui a été divisée en 72 nations, races ou sectes. Je vais bientôt donner une conférence sur la diversité des sciences humaines. En réfléchissant bien, nous trouvons qu’elles tendent toutes vers le même but, à savoir la connaissance de l’homme et de la société, par différents moyens.
- Vous faites l’éloge de l’Islam des lumières. Pourtant, l’image de cette religion est souvent liée au terrorisme. N’est-il pas de la faute du retrait des intellectuels?
- Lorsque j’ai écrit le livre sur l’Islam des lumières en 2004, j’ai fais un constat de l’absence des intellectuels arabes et musulmans du débat mondial. Nous étions invisibles et inaudibles. Ce livre a fait un grand débat chez les Occidentaux, qui ont estimé qu’il s’agit d’un arabe qui comprend l’esprit des Lumières et qui veut les appliquer aux sociétés musulmanes. Mais ils ne m’ont pas compris, parce qu’ils ne m’ont pas lu. Car, je prends des Lumières seulement les idées du progrès, de la tolérance, de l’affranchissement des peuples. J’ai été très sollicité, parce qu’ils croyaient que j’allais pourfendre l’Islam. Donc, j’ai voulu donner une autre idée de cette religion. Et c’est là où les intellectuels arabes trouvent des difficultés, parce que dans leurs pays, il n’y a pas une définition claire du rôle de la religion. En plus, quand ils publient à l’étranger, souvent, c’est pour faire plaisir aux Occidentaux. Alors que d’autres intellectuels, comme moi, cherchent à comprendre la réalité du monde arabe. Et pour qu’ils m’acceptent, il faut rappeler que j’ai commencé par des travaux sur le corps et la sexualité. C’est après avoir été connu que j’ai commencé à écrire sur l’identité et la religion.

- En plus de cette absence du débat mondial, les intellectuels arabo-musulmans ne sont pas non plus présents sur le plan local. Et les jeunes n’ont pas de modèles auxquels s’identifier…
- Ceci est un travail quotidien des hommes politiques, des institutions de l’Etat et des citoyens eux-mêmes. Je dis souvent aux jeunes qu’il n’est sourd que celui qui ne veut pas entendre. Parce que s’ils veulent voir, toutes les bibliothèques sont à leur disposition. Il y a aussi le grand développement d’Internet. Donc, il suffit d’être curieux. Bien sûr, les modèles sont nécessaires, mais les jeunes sont aussi appelés à les chercher.

- Mais les jeunes ont provoqué le Printemps arabe, qui a porté de grandes ambitions. Deux ans après, certains estiment être face à une désillusion…
- Si nous acceptons la propagande occidentale, nous pourrons conclure qu’il s’agit d’une désillusion. Je pense qu’il y a désillusion si les jeunes ne croient plus à leurs rêves. Mais nous constatons qu’ils meurent pour leur réalisation, à l’instar de ce qui se passe en Egypte. Qui aurait pensé il y a quelques années que les sociétés arabes pourraient bouger et donner au monde un modèle de révolution dont s’inspirent plusieurs mouvements sociaux même en Europe. Le Printemps arabe est devenu un paradigme politique pour le monde entier.

Manipulation

Malek Chebel considère que l’échec des gouvernements islamistes dans les pays du Printemps arabe n’est pas une fatalité. «Ce n’est que le début du réveil des peuples arabes», assure-t-il. Il a rappelé que «la révolution française a mis un siècle et demi pour arriver au stade actuel». Donc, pour lui, «ceux qui disent que c’est fini, soit ils se trompent, soit ils veulent manipuler les peuples».

Propos recueillis par Mohamed Ali MRABI

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