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Chronique Militaire

Stratégie, histoire et mémoire,Chine, Japon, Corée du Sud…
Par le colonel Jean-Louis Dufour

Par L'Economiste | Edition N°:4145 Le 04/11/2013 | Partager

Notre consultant militaire, Jean-Louis Dufour, est un ancien officier supérieur de l’armée française. Il a servi en qualité d’attaché militaire au Liban, commandé le 1er Régiment d’infanterie de marine et le bataillon français de la Finul. Chargé du suivi de la situation internationale à l’état-major des Armées (EMA-Paris), il s’est ensuite spécialisé dans l’étude des crises et des conflits armés. Ancien rédacteur en chef de la revue «Défense», professeur dans nombre d’universités et instituts francophones, il est l’auteur de plusieurs ouvrages, parmi lesquels «La guerre au 20ème siècle» (Hachette, 2003), «La guerre, la ville et le soldat» (Odile Jacob, 2006), «Un siècle de crises internationales» (André Versaille, 2009)

Les tensions en mer de Chine concernant tel ou tel îlot ou récif n’en finissent pas d’attiser querelles et rivalités. Les acteurs prennent leurs précautions. D’un côté, la Chine ne cesse d’affirmer que tout est négociable sauf ses droits sur les Senkaku (Diaoyutai en chinois) et autres archipels comme celui des Spratley, de l’autre, une théorie d’Etats, du Vietnam au Japon en passant par Brunei, les Philippines, Taïwan, la Corée du Sud, cherchent à sauvegarder ce qui leur semble leur appartenir, en vertu du droit de la mer, de l’histoire, des habitudes…
Ces affaires ne sont en rien liées à une quelconque idéologie. Le Vietnam et la Chine sont communistes, les autres Etats sont des démocraties, plus ou moins libérales, marquées souvent d’autoritarisme. Compte tenu des richesses minérales censées se trouver au fond de la mer bordant ces îles, l’intérêt des pays qui les revendiquent est essentiellement économique. En revanche, ces disputes nationalistes, voire impérialistes, sont marquées par l’Histoire. Le souvenir de la Deuxième Guerre mondiale est encore vif, les ressentiments aussi. Les agressions et occupations japonaises ont laissé des traces d’autant plus indélébiles que Tokyo peine toujours à reconnaître ses exactions passées. Le Premier ministre japonais Shinzo Abé est réputé révisionniste. L’intéressé  s’incline chaque 15 août(1) (pas cette année) au sanctuaire de Yasukuni où sont honorés en compagnie d’anonymes des criminels de guerre. Un peu comme si Angela Merkel allait se recueillir sur les tombes de Goering, Himmler et autres nazis notoires…
De ces réalités, la stratégie tient compte. Grandes puissances économiques, le Japon et la Corée du Sud disposent d’une industrie d’armement et de chantiers navals aptes à fournir à leurs forces ce dont elles ont besoin. La menace chinoise et leur propre rivalité les incitent à s’armer. Séoul veut équilibrer militairement le Japon, son ennemi héréditaire, lequel est aussi celui de la Chine! Comme ces querelles sont situées en pleine mer, la marine est prioritaire pour les protagonistes.

Un nouveau Japon militairement ambitieux

Au moment où Pékin multiplie patrouilles navales, entraînements et manœuvres, Tokyo renforce ses capacités. Le pays du Soleil-Levant a commencé vendredi un exercice majeur (1-18 novembre). Le but?  Montrer qu’il peut défendre ses îlots les plus éloignés. 34.000 militaires, appartenant aux trois armées, effectuent des manœuvres amphibies à tirs réels sur l’îlot d’Okidaito-Jima, à 400 km au sud-est d’Okinawa. Ce grand exercice aurait dû avoir lieu l’année dernière mais les protestations chinoises avaient conduit Tokyo à y renoncer.
De son côté, Pékin met à l’épreuve ses nouveaux matériels, habitue les personnels à les servir, apprend aux états-majors à les coordonner. «Manœuvre 5» annoncée par la Chine verra la flotte engager nombre de ses bâtiments ; elle se déroulera le long des archipels revendiqués par Pékin et sera la plus importante jamais organisée par l’APL, l’Armée populaire chinoise.
On comprend dès lors l’extrême attention portée par le Japon à ces mouvements de forces chinoises qui fondent les projets de Shinzo Abe. Le chef de gouvernement veut moderniser les forces armées de son pays, définir de nouveaux principes d’emploi, assouplir la Constitution pacifiste du pays. 

Une Corée du Sud qui n’entend pas se laisser distancer

L’incessante modernisation des armées chinoises et la détermination nouvelle du Japon à vouloir se protéger lui-même, ne laissent pas indifférente la Corée du Sud. Les activités des chantiers navals coréens et la publication par Séoul de ses plans d’équipement montrent que les projets maritimes du pays dépassent de beaucoup les moyens requis pour se prémunir de la menace nord-coréenne. Séoul veut une marine de haute mer: une flotte modernisée, des sous-marins plus puissants, trois destroyers ultra modernes d’ici dix ans; sans compter un deuxième porte-hélicoptères de la classe Dokdo avant 2019 et même, à plus long terme, deux porte-avions légers de 30.000 tonnes, prévus pour 2028 et 2036!
L’armée de terre n’est pas en reste; elle demeure concentrée sur la veille le long de la zone démilitarisée, mais poursuit d’autres ambitions, amphibies celles-là, avec création d’unités spécialisées. Pour se justifier, Séoul invoque l’histoire, y compris lointaine, les combats menés dans le passé contre le Japon et la Chine, les affrontements (1592-1598), entre Coréens et flottes japonaises venues appuyer des troupes nippones en train d’envahir la péninsule.
Face aux efforts d’équipement chinois et japonais, pas question pour la Corée de renoncer alors qu’elle est impliquée avec le Japon dans la querelle des îles Dokdo (Takeshima en japonais). De plus, compte tenu de son exceptionnelle croissance depuis 1970, et de l’inconvénient d’être bordé de frontières terrestres virtuellement fermées, la Corée du Sud dépend pour sa survie de voies maritimes ouvertes au commerce international. Puissance industrielle et exportatrice, Séoul a toutes les raisons de suivre l’exemple de son concurrent japonais et de renforcer ses moyens militaires!
Les obstacles ne manquent pas: tensions accrues avec le Nord, manque de ressources financières, en particulier pour équiper les forces terrestres et aériennes(2), problèmes techniques de mise au point des matériels et que les Etats-Unis n’auraient pas envie d’aider à résoudre… Il n’empêche! Comme le Japon, le destin et les intérêts de la Corée du Sud sont liés à la mer. Contraint de surveiller les Coréens du nord, ceux du sud tiennent à équilibrer les capacités navales chinoises et japonaises.
Au-delà de ces péripéties toujours localisées, plusieurs remarques s’imposent. Le relatif désintérêt américain pour le Moyen-Orient et la priorité officiellement donnée aux questions d’Orient n’empêchent pas les pays de cette zone de se comporter sans grand souci d’une Maison-Blanche devenue inaudible. Les dynamiques pays riverains du Pacifique occidental -Chine, Corée, Japon- se livrent une course aux armements, mais des armements qu’ils construisent désormais eux-mêmes. Certes les positions des Etats-Unis demeurent fortes, pas assez, toutefois, semble-t-il pour se poser en mainteneur de paix et des équilibres stratégiques. Avec le coup porté à Washington par l’Arabie saoudite, compte tenu des écoutes déloyales que déplorent maints pays européens, l’influence des Etats-Unis est clairement en chute libre. Ceci n’est bon, ni pour l’oncle Sam, ni pour ses protégés, tellement désorientés que certains risquent de vouloir quitter les alliances, «atlantique» en particulier, dont ils avaient pourtant vigoureusement souhaité la création. L’avenir de la paix s’assombrit. Peut-être les années à venir seront-elles marquées par des conflits armés régionaux en Asie, susceptibles de se révéler fâcheusement déstabilisateurs.

«Le Japon en quête de stratégie face à la Chine»

«…Depuis la Seconde Guerre mondiale, le Japon dépend des Etats-Unis pour sa sécurité. Avec le traité de 1951, Washington promet de défendre l’Archipel s’il est attaqué, au besoin avec l’arme nucléaire. En échange de quoi Tokyo accueille des bases américaines, comme à Okinawa. Mais «l’Alliance» nippo-américaine reste déséquilibrée… Que feraient les Etats-Unis si la marine japonaise était engagée dans un incident armé avec la Chine aux îles Senkaku? La question n’est plus tout à fait théorique. En revendiquant le droit à «l’autodéfense collective», le Japon incite Washington à se montrer solidaire en cas d’affrontement en mer de Chine. Depuis des décennies, les Etats-Unis appellent Tokyo à en faire plus pour sa sécurité. Voilà que c’est le Japon qui s’inquiète de se retrouver seul face à la Chine. Pour la première fois depuis onze ans, le budget de la défense est en hausse cette année. Le premier ministre va créer un Conseil national de la sécurité, sur le modèle de celui existant à la Maison-Blanche, et faire adopter d’ici à la fin de l’année, une stratégie nationale de sécurité.
Avec ces réformes, Shinzo Abe veut rendre au Japon sa place dans les affaires de sécurité en Asie. C’est un objectif justifié par la volonté d’équilibrer la montée en puissance militaire de la Chine… Mais de la part d’un Premier ministre japonais, il implique d’assumer l’héritage complexe laissé par le passé impérial et militariste de son pays…»

Pierre Rousselin, Le Figaro, 23 octobre 2013

 

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(1) Jour anniversaire de la capitulation japonaise en 1945.
(2) Le plus grand obstacle auquel risque de se heurter Séoul est la situation difficile des rentrées fiscales en ces temps d’incertitudes économiques et financières. Ce problème vient de se révéler à l’occasion d’un micro mais intense conflit entre le ministère coréen de la Défense et le chef d’état- major des forces aériennes d’un côté et le ministre des Finances de l’autre côté, à propos du coût, jugé excessif, de la mise au point et de la construction d’un nouvel appareil de combat  pour les forces aériennes sud-coréennes.

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