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Economie

L’assurance marocaine en quête de nouveaux territoires

Par L'Economiste | Edition N°:4145 Le 04/11/2013 | Partager
Croissance en Afrique et au Moyen-Orient: La tendance se confirme
Le système de contrôle interne en cours de consolidation
Loi de Finances: le marché attend un geste pour l’investissement institutionnel

«Nos amis banquiers ont ouvert la voie depuis déjà plusieurs années avec, il faut le dire, beaucoup de succès. Il est donc dans l’ordre des choses que les entreprises d’assurances marocaines initient à leur tour des opérations d’expansion en Afrique et dans une moindre mesure au Moyen-Orient»

La conférence des régulateurs arabes, qui commence ce lundi à Marrakech, sera le grand rendez-vous de l’assurance de cette année.  Dans l’une de ses rares sorties médiatiques, Mohamed Hassan Bensalah, président de la FMSAR (Fédération marocaine des sociétés d’assurances et de réassurance) s’exprime sur les principaux enjeux pour l’activité dans la région mais aussi sur les grands dossiers majeurs pour le marché marocain. Entretien.

- L’Economiste: Les régulateurs arabes tiennent leur conférence à Marrakech. Des évolutions réglementaires en perspective?
- Mohamed Hassan Bensalah: D’abord, nous sommes très honorés que les régulateurs arabes en assurances aient choisi le Maroc pour organiser cette conférence. Avec 26 milliards de dirhams de primes émises en 2012, nous demeurons le troisième marché arabe en termes de taille derrière l’Arabie saoudite et les Emirats arabes unis. Nous sommes également considérés comme étant l’un des pays arabes qui dispose d’une réglementation moderne et efficiente. Une réglementation qui a fait l’objet d’un processus graduel et qui a permis d’un côté, de sécuriser les épargnants, les assurés et les bénéficiaires de prestations et d’un autre côté, de construire des acteurs ayant des fondamentaux solides et une solvabilité nettement supérieure aux pré-requis réglementaires. Mais il faut savoir que même si les normes peuvent varier d’une région à une autre, l’ensemble des régulateurs suivent les recommandations de l’Association internationale des contrôleurs en assurance, ce qui entraîne une certaine convergence vers un même référentiel.

- Est-il pertinent d’avoir une réglementation unique alors que chaque marché a ses spécificités? 
- Justement, il faut faire très attention de ne pas transposer des règles de marchés extrêmement matures vers des pays dont les économies sont en phase de construction ou de consolidation. Si on prend le cas du marché marocain, il ne peut pas converger vers la norme européenne dite «Solvabilité 2» sans prendre en considération le rôle important que joue le secteur dans le financement de l’économie nationale. Des ajustements seront nécessaires, notamment en matière d’exigence de capital face au risque actions. Je pense que notre régulateur est conscient de tout cela. Nous travaillons avec lui dans le sens d’une convergence vers les meilleurs standards internationaux, mais tout en veillant à ce que notre secteur puisse continuer à jouer son rôle de locomotive pour le développement économique et social de notre pays.
- Quels sont les axes de développement futurs pour le marché marocain de l’assurance? Où en êtes-vous dans le déploiement du contrat-programme?
- Notre marché a connu une croissance soutenue ces dernières années, en doublant de taille entre 2005 et 2012. Sur cette même période, les primes émises en assurance vie et capitalisation sont passées de 3,3 milliards de dirhams en 2005 à 8,77 milliards en 2012. Ce développement de l’assurance vie est le fruit du partenariat qui a été mis en place avec le secteur bancaire. Ceci dit, pour accélérer notre développement et consolider notre place au niveau continental et arabe, nous devons impérativement actionner certains leviers. Ces leviers, nous les avons identifiés et programmés dans le cadre du contrat-programme que nous avons signé avec le gouvernement de Sa Majesté en mai 2011. Il s’agit notamment d’un certain nombre de couvertures d’assurance de responsabilité qui doivent devenir obligatoires pour protéger les individus et les biens contre les risques auxquels ils sont exposés. D’ailleurs, en collaboration avec notre autorité de supervision et le ministère de l’Habitat, nous avons avancé sur deux garanties liées à la construction (Tous risques chantier et la RC décennale) dont les textes sont actuellement entre les mains du SGG. D’autres garanties doivent suivre, dont la responsabilité civile habitation ou encore celles d’un certain nombre de professions à risque. Par ailleurs, nous poursuivons le déploiement des mesures tendant à améliorer la gouvernance des compagnies d’assurances, notamment par la consolidation du système de contrôle interne qui consiste à identifier l’ensemble des risques organisationnels et opérationnels pour pouvoir les suivre et les maîtriser.
 - Le projet de loi de Finances 2014 ne contient aucune mesure relative au secteur. Quels amendements auriez-vous souhaité voir introduire?
- Effectivement, malgré nos relances le PLF 2014 ne comprend aucune mesure visant à accélérer le développement de notre secteur. Nous insistons plus particulièrement sur deux points. Le premier concerne l’encouragement à l’épargne. Nous avons aujourd’hui un traitement différencié et injuste entre les salariés qui peuvent déduire de leur revenu imposable les cotisations qu’ils versent dans les contrats de retraite sans aucune limite. Alors que les non salariés et plus particulièrement les professions libérales sont limités à 6% de leur revenu annuel imposable. Si l’on prend à titre d’exemple les salariés de la fonction publique et certains salariés du secteur privé, le cumul «part patronale et part salariale» dépasse souvent le seuil des 15%; seuil raisonnable pour pouvoir garantir un niveau de remplacement correct à l’âge de la retraite. La deuxième mesure, pour laquelle nous nous battons depuis quelques années,   concerne les abattements sur les plus-values de cession en fonction de l’ancienneté de détention d’un titre. C’est un régime qui a existé par le passé au Maroc et qui existe et se développe encore dans plusieurs marchés matures. Il consiste à encourager l’investissement institutionnel sur un horizon moyen et long terme, ce qui contribue à la stabilité du marché boursier. Ces abattements incitent également les assureurs à faire tourner leurs portefeuilles, améliorant ainsi la liquidité sur le marché. Nous sommes conscients que les finances publiques passent par des moments difficiles. C’est pour cette raison que nous avions fait une proposition qui n’aura aucun impact sur les finances de l’Etat les deux ou trois premières années et un impact qui sera atténué les années suivantes, par une plus grande rotation des portefeuilles et donc par une plus grande collecte fiscale. Il n’y a eu malheureusement pas de suite favorable à nos doléances et nous le déplorons. Sans des mesures incitatives, notre marché aura beaucoup de mal à atteindre les objectifs que nous nous sommes fixés dans le cadre du contrat-programme. 
 - La tutelle a proposé un nouveau montage pour le risque catastrophique. Où en est le projet, et les compagnies d’assurances l’ont-elles approuvé? 
- Notre autorité de tutelle travaille effectivement sur un nouveau montage pour la couverture des risques catastrophiques, mais nous ne sommes pas encore dans la phase d’approbation puisque le projet ne nous a pas encore été présenté dans sa version finale. L’ancienne mouture était économiquement intenable et nous espérons que ce nouveau projet nous permettra de jouer notre rôle avec un appui très fort de la réassurance tant nationale qu’internationale et bien entendu avec le soutien de l’Etat. Sans ce soutien, il est pratiquement impossible de mettre en place une couverture des risques catastrophiques car les sommes en jeu peuvent être financièrement insupportables à l’échelle de notre secteur.

- Certains acteurs ont pris position au-delà des frontières nationales avec une tendance très marquée en Afrique. S’agit-il d’une tendance lourde qui s’inscrit dans la durée?
- Tout à fait. Il s’agit véritablement d’une tendance affirmée dans laquelle s’inscrivent la plupart des acteurs. Nos amis banquiers ont ouvert la voie depuis déjà plusieurs années avec, il faut le dire, beaucoup de succès. Il est donc dans l’ordre des choses que les entreprises d’assurances marocaines initient à leur tour des opérations d’expansion en Afrique et dans une moindre mesure au Moyen-Orient. Elles ont aujourd’hui tout ce qu’il faut pour réussir cette expansion. Elles ont acquis des tailles importantes comparées à celles de leurs homologues africaines. Elles ont des fondamentaux solides, une expertise et un savoir-faire qu’elles peuvent dupliquer sous d’autres cieux et elles ont des ressources humaines qualifiées, capables de mener à bien ces projets.

- Comment pourrait évoluer  la distribution de l’assurance à l’avenir?
- C’est vrai que les circuits de distribution de l’assurance ont beaucoup évolué cette dernière décennie dans les grands marchés, notamment avec l’arrivée des nouvelles technologies. Mais nous n’en sommes pas encore là. Au Maroc, les premières expériences de sites marchands de l’assurance ne donnent pas encore de résultats probants. Nous vendons de la protection, de la prévoyance et de l’épargne. Le conseil reste extrêmement important et nécessite un échange entre le conseiller en assurances et le souscripteur. Le réseau classique des agents et courtiers a été marqué ces cinq dernières années par l’ouverture de plusieurs nouveaux points de vente, permettant ainsi un meilleur maillage sur le territoire national. Et c’est ce qui a contribué à faire progresser le taux de couverture en assurances dans notre pays. En parallèle, notre partenariat avec les banques marocaines a connu une avancée significative. Aujourd’hui, les réseaux bancaires sont devenus incontournables pour le développement de l’épargne et la prévoyance. Et ça, on peut l’expliquer par le fait que le banquier connaît très bien les besoins en épargne de sa clientèle. Pour résumer, je suis persuadé que notre réseau de distribution continuera encore à être dominé par les courtiers et les agents généraux avec une présence des banques sur des produits bien spécifiques. La vente en ligne connaîtra certainement une évolution, mais qui restera timide encore pendant quelques années.

- Une nouvelle association d’agents du nom de l’Umag reproche aux compagnies un déficit de dialogue. Quelle est la position de la Fédération?
- Il faut tout d’abord préciser que les agents généraux sont la continuité et les représentants des entreprises d’assurances. Ils sont organisés sous forme d’amicales par compagnie. Et chaque compagnie dialogue, échange et interagit avec son réseau d’agents à travers sa propre amicale. La Fédération des assurances ne peut pas s’impliquer dans des questions propres à chaque compagnie en ce qui concerne la gestion de leurs agents ; de même que pour la gestion de leurs collaborateurs. D’un autre côté, il existe un seul canal institutionnel de dialogue et de concertation pour l’évolution du cadre réglementaire et pour toutes les questions qui concernent notre secteur. Il s’agit du Conseil consultatif des assurances présidé par le ministre des Finances et la commission qui en émane et qui est la «Commission Administration et Organisation (CAO)». Les agents et les courtiers sont représentés dans cette instance tout comme les compagnies d’assurances et la présence se fait intuitu personae sur nomination du ministre des Finances. Par ailleurs, il existe depuis plus d’une vingtaine d’années une Fédération nationale des agents et des courtiers d’assurances du Maroc (Fnacam) avec laquelle nous avons toujours été et nous demeurons encore en contact permanent. Elle est actuellement présidée par un agent et elle compte un grand nombre de courtiers et d’agents adhérents. Il nous est difficile d’avoir deux interlocuteurs sur les mêmes sujets. Nous avons donc invité les membres de l’Umag à se rapprocher de la Fnacam pour essayer de construire un seul ensemble qui porte les problématiques des agents et des courtiers. Nous n’avons jamais fermé la porte au dialogue. Le développement de nos entreprises d’assurances ne peut se faire sans notre réseau, et ce réseau n’a pas de valeur sans le support des compagnies. Toutefois, l’organisation du cadre réglementaire de notre secteur nous impose une manière de faire que nous avons exposée à l’Umag.

SCR/garantie de l’Etat: Des réserves sur la suppression

L’un des dossiers stratégiques pour le secteur des assurances concerne la question de la suppression de la garantie de l’Etat pour la SCR, option envisagée par les pouvoirs publics. Invité au Club de L’Economiste, Hassan Boubrik, DG de la DAPS, en avait expliqué les enjeux (cf.  L’Economiste n° 4027 du 09/05/2013). Enjeux que Mohamed Hassan Bensalah réaffirme aujourd’hui. «Au sein de la Fédération Marocaine des Sociétés d’Assurances et de Réassurance, nous sommes convaincus que notre marché se doit d’avoir un réassureur national solide et fiable qui puisse nous accompagner dans notre développement aussi bien national qu’international». Le marché est en revanche plus réservé sur les modalités. «Aujourd’hui, la garantie de l’Etat nous donne un confort extrêmement appréciable et sa suppression totale sans un dispositif d’accompagnement pourrait mettre à mal le réassureur national à un moment où la cession légale arrive à son terme». La FMSAR reste néanmoins rassurée pour la suite.  «Je sais par expérience que nous finissons toujours par trouver des solutions  satisfaisantes et notre Fédération est à la disposition de la SCR et de la DAPS pour aider à faire avancer cette réflexion».

Quatre axes pour Casa Finance City

Les assureurs marocains prennent déjà des options sur la future place financière internationale. Quatre axes sont d’ores et déjà indentifiés par Mohamed  Hassan Bensalah pour le projet CFC. Le premier concerne l’accompagnement des entreprises qui s’installent avec le statut CFC, en leur proposant des solutions d’assurances en mesure de couvrir de manière efficace leurs activités spécifiques. Le deuxième se rapporte aux  entreprises d’assurances marocaines qui s’internationalisent, «elles peuvent trouver un intérêt à déplacer certaines de leurs activités vers CFC pour accéder à plus de flexibilité dans le développement de leurs opérations à l’étranger». Le troisième axe porte sur la réassurance. «La place financière de Casablanca est appelée à devenir un vrai hub pour la réassurance internationale en direction de l’Afrique. Elle peut aussi héberger un centre régional de formation au métier de l’assurance à destination des cadres des entités africaines».  Quatrième levier, celui  du rôle d’investisseur institutionnel que les assureurs marocains pourraient jouer pour le développement des programmes immobiliers de Casablanca Finance City.

Propos recueillis par Khadija MASMOUDI

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