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Politique

Benkirane et le «sexe des anges»

Par L'Economiste | Edition N°:4134 Le 15/10/2013 | Partager
Une sortie sur les deux chaînes
Pas de révélations mais beaucoup de dérapages
«Le gouvernement n’a pas échoué»

«Plus tendu que d’habitude, Abdelilah Benkirane n’a pas beaucoup convaincu à l’issue de sa sortie télévisée sur les deux chaînes. La nouvelle architecture gouvernementale a visiblement laissé des traces»

Soyons sérieux, ce rendez-vous télévisé avec Benkirane, personne ne l’a vu venir. En dehors des tractations pour la nouvelle majorité, l’emballement médiatique au cours de ces derniers mois a plus concerné ce qui peut nourrir les manchettes, c’est-à-dire des gestes anodins,  une diatribe verbale que l’un des nombreux dossiers lourds sur la table de l’exécutif. Bien évidemment, entre ceux qui le suivent avec amusement, scepticisme ou exaspération, chacun établira sa propre lecture de la sortie de dimanche dernier sur les deux chaînes. Finalement, le sujet unique ce soir là n’était plus Benkirane 2, la crise politique ou économique, mais... Benkirane lui-même. On le sait, le chef du gouvernement a bien intégré qu’en politique les mots ont toute leur importance, même si c’est souvent au détriment des faits. Il joue aussi sur l’émotionnel comme arme de dissuasion massive. Parmis les ingrédients repérés de cette tactique, l’art de la parabole, ou lorsqu’il s’en prévaut par moment, ce qu’il affiche comme spontanéité désarmante.  Depuis sa sortie télévisée de l’année dernière,  le contexte a sensiblement changé. Il faut rassurer à la fois l’opinion publique et les critiques internes au sein de son parti, lesquelles n’ont toujours pas digéré le prix de l’ouverture de Benkirane II.
Une différence de taille pour le rendez-vous TV du dimanche soir, trois représentants de la presse écrite (en plus des deux animateurs des chaînes nationales) dont le rédacteur en chef de L’Economiste, Mohamed Benabid,  sont chargés de lui donner la réplique. Dès le début, Benkirane tente d’imprimer son rythme et tient à garder la maîtrise de l’émission.  Quelques journalistes flairent le piège. «Nous ne sommes pas là pour assister à un monologue», lui assène au bout de quelques instants Mohamed Benabid. L’émission se met en branle, mais pas dans le sens souhaité. A chaque question, chaque critique, Benkirane prend en grippe l’interviewer, rarement en acceptant de jouer le jeu.
Le chef de gouvernement s’avère finalement incapable de définir son projet gouvernemental. C’est à  peine si, pressé par les journalistes, il lâche quelques confidences. Ce qui l’intéresse, ce n’est pas de présenter les soubassements de la répartition des derniers portefeuilles, mais de dénoncer les dérapages de son ennemi-juré de toujours, Hamid Chabat. Pour lui, Chabat, patron de l’Istiqlal, est «la cause de tous les maux». Abdelilah Benkirane considère que «le gouvernement n’a pas échoué, et qu’il bénéficie du soutien des citoyens. C’est plutôt Chabat qui a plombé l’action de la majorité». Les attaques du patron du PJD contre le secrétaire général de l’Istiqlal ont  d’ailleurs poussé le parti de la balance à réclamer à la HACA un droit de réponse
Globalement, Benkirane reste évasif sur plusieurs questions, comme le départ de Saad Dine El Otmani des Affaires étrangères, qui reste toujours une énigme. Interpellé sur des questions comme la mise en œuvre des attributions constitutionnelles dans la répartition des pouvoirs entre le chef du gouvernement et le Roi, Benkirane a cherché à imposer sa propre interprétation.  Pour le programme du nouveau gouvernement, il s’est contenté de dire qu’une commission va plancher sur la révision des priorités, en prenant en considération les propositions du RNI. Il défendra l’arrivée d’un technocrate, Hassad, au ministère de l’Intérieur «pour éviter les soupçons lors des prochaines échéances électorales», surtout que «ce département peut être coûteux en termes d’image pour un chef de parti politique, appelé à disperser les manifestations, et par la suite essayer de convaincre les électeurs». Au niveau du nombre élevé des ministres dans la 2e version du gouvernement, Benkirane a estimé que «cela s’explique par trois raisons: d’abord, augmenter la part des femmes dans l’exécutif, ensuite privilégier la répartition des départements afin d’assurer le suivi des dossiers, ainsi que rétablir le droit de certains partis qui se sont sentis lésés dans la répartition des portefeuilles.
Par moments, l’émission s’enlise. Réponses compulsives,  ici,  omissions (volontaires?) des noms de ses interlocuteurs, là.  Vers la fin, il ne reste souvent pas beaucoup de substance. Il n’arrivera même pas à amuser lorsqu’il fera une réflexion sur le «sexe des anges». Les journalistes tentent de revenir à la charge, mais le chef de gouvernement répond à côté, souvent en perdant son sang froid. Il s’agrippe même avec certains journalistes dans une impardonnable méprise sur le rôle de la presse. Comme pour cette réflexion poussée à l’absurde et où se délectent les réseaux sociaux, estimant que «la presse ne représente pas la société», ou «qu’il n’avait de comptes à rendre qu’au Parlement». Tiens donc ! Qui a parlé du rôle des médias pour éclairer l’avenir, ou d’aider la société à se forger sa propre opinion pour évaluer l’action politique? Pour l’avoir pratiqué par le passé dans un Club de L’Economiste, et à l’occasion d’une interview au forum de Davos, Benabid reconnaîtra que le personnage procède toujours de la sorte: «Vous avez toujours l’impression de vous être déplacé  pour alimenter une histoire sans fin. Son histoire.  L’exercice reste néanmoins journalistiquement intéressant».   L’ambiance de ring se poursuit par moments. Benkirane finit l’émission un peu plus calme, mais toujours dans son rôle de sacré numéro politique.

Comment Benkirane a gardé Louafa!

LE maintien de Mohamed Louafa dans la composition gouvernementale a été l’une des grandes surprises de Benkirane II.  L’autre surprise, c’est que le sauveur du ministre «auto-banni» de l’Istiqlal n’est autre que Benkirane lui-même! Selon le chef du gouvernement, «Louafa dispose de compétences extraordinaires, et a réussi de bonnes réalisations dans le secteur de l’Education nationale». Or, cela est en contradiction avec le bilan dressé dans le discours royal du 20 août. Le Souverain avait déploré que, «sans avoir impliqué les acteurs concernés, on a remis en cause des composantes essentielles du plan d’urgence, portant notamment sur la rénovation des cursus pédagogiques, le programme du préscolaire et les lycées d’excellence». On aura tout vu!

M.A.M.

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