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Tribune

Le pivot intelligent de l’Europe vers l’Asie
Par Javier Solana

Par L'Economiste | Edition N°:4116 Le 19/09/2013 | Partager

Ancien ministre espagnol des Affaires étrangères, Javier Solana est actuellement directeur de recherche en politique étrangère à la Brookings Institution et président du centre ESADE pour l’économie globale et la géopolitique. Il a été secrétaire général de l’OTAN et haut représentant pour la politique étrangère et de sécurité commune de l’Union européenne

Pour la première fois depuis des siècles, le centre de l’économie mondiale se décale vers l’Est. Les États-Unis ont entamé leur «pivot» vers l’Asie et leurs relations avec la Chine en particulier semblent constamment flirter avec le piège de Thucydide, la tendance historique qui suggère qu’une puissance émergente se heurte inévitablement à une puissance en place. Mais alors que les États-Unis et la Chine s’observent avec circonspection sur les principales affaires internationales, quelle est la place de l’Europe dans ce processus?
L’Union européenne est à un tournant historique décisif, qui exige son propre pivot vers l’Est – une stratégie asiatique cohérente et décisive, qui puise ses forces dans l’Europe. Bien que la population de l’UE compte seulement un cinquième de celles de la Chine et de l’Inde réunies et que sa présence militaire en Asie soit faible, son économie de 12,6 trillions d’euros (16,8 trillions de dollars) est la plus importante au monde.
Ceci n’a pas échappé aux gouvernements de l’Asie, qui dépendent fortement de la croissance économique pour répondre à la demande de leurs populations jeunes et croissantes en quête d’emploi et de prospérité. L’Asie est actuellement le partenaire commercial principal de l’UE, qui dépasse en cela l’Amérique du Nord et représente un tiers de son commerce total. Les échanges avec la Chine seule s’élèvent à plus d’1 milliard d’euros par jour. Les échanges avec les États-Unis ne figurent qu’à la deuxième place.
En outre l’UE dispose d’atouts assez paradoxaux: elle n’est pas une puissance du Pacifique et n’a pas la charge du statut de grande puissance en Asie. Loin d’être une faiblesse, ceci est précisément la source de la force potentielle de l’UE en Asie, en ce que cela lui offre un degré d’agilité diplomatique que le poids lourd américain ne peut pas mobiliser.
En essayant d’articuler leur pivot stratégique, les États-Unis sont hantés à pratiquement chaque pas par leur statut de puissance dominante dans l’Histoire, de puissance militaire et de caution de sécurité de leurs alliés en Asie. Même sous sa reformulation de «rééquilibrage», le déplacement vers l’est des États-Unis a inévitablement éveillé les soupçons de certains pays asiatiques, en particulier ceux de la Chine. L’Europe peut en revanche utiliser son agilité pour articuler «un pivot intelligent».
L’UE doit s’engager avec l’Asie sur au moins trois fronts mutuellement profitables, le commerce étant le front le plus important. Les accords de libéralisation des échanges en cours que l’UE partage avec les économies dynamiques d’Asie (Corée du Sud, Singapour, Malaisie, Inde, Vietnam, Japon et Thaïlande) sont plus ambitieux dans leur portée que les accords bilatéraux antérieurs.
Au moment où des arrangements régionaux de libre-échange à grande échelle se dessinent, l’UE continue à donner des signes clairs de son engagement en faveur du libre-échange par des accords bilatéraux sophistiqués. Mais les échanges commerciaux sont vulnérables. Les relations économiques entre États stimulent sans aucun doute l’interdépendance et diminuent le risque de conflit. Mais si le conflit finit par éclater, le coût est alors bien plus élevé. Lorsque le conflit territorial entre le Japon et la Chine à propos des îles de Senkaku et Diaoyu a éclaté de nouveau l’année dernière, les exportations japonaises d’automobiles vers la Chine ont chuté de 80% en à peine trois mois. C’est là que réside le paradoxe spécifique de l’Asie: un niveau élevé d’intégration économique n’a pas fourni des institutions régionales aptes à favoriser la stabilité nécessaire à une prospérité durable. Au lieu de cela, l’Asie reste profondément marquée par des conflits non réglés, des poussées chroniques de nationalisme, des frontières contestées, autant de phénomènes qui tendent s’amplifier à cause de l’appréhension provenant de l’émergence asymétrique de certaines de ses puissances.

Associé stratégique

Sur le front mondial, l’UE et la Chine peuvent se reconnaître comme des interlocuteurs naturels sur des enjeux décisifs. La Chine fait face à une pression de plus en plus forte (en particulier de la part des États-Unis) pour assumer un rôle politique mondial proportionné à son poids économique. Sur cette question, la Chine a trouvé un excellent partenaire européen, dans un format G-3 avec les États-Unis, ou dans celui d’une coopération bilatérale.
Reste la question du Moyen-Orient. La Chine et l’Europe pourraient trouver une cause commune dans le vide laissé par la révolution nationale de l’énergie aux États-Unis, qui affaiblit son engagement envers la région. Comme la confiance de la Chine envers les ressources énergétiques du Moyen-Orient se développe – 90% des exportations de pétrole de la région seront dirigées vers l’Asie d’ici 2035 – la nécessité d’un plus grand engagement envers les pays producteurs de pétrole va s’accentuer. L’Europe, voisine de longue date du Moyen-Orient, pourrait être l’associé stratégique de la Chine dans cet effort.
Le Japon est un autre géant de l’Asie qui reprend confiance, grâce au programme de relance énergique du Premier ministre Shinzo Abe. Alors que le Japon fait des progrès sans précédent dans la libéralisation des échanges dans les négociations du Partenariat Trans-Pacifique avec les États-Unis comme avec d’autres économies en Asie et aux Amériques et amplifie son engagement dans la région, l’Europe doit maintenir des liens forts avec la troisième plus grande économie nationale du monde. L’ambitieux accord commercial bilatéral actuellement en cours d’élaboration est censé faire augmenter les exportations de 33% dans les deux sens.
Dans toute stratégie globale d’engagement envers l’Asie, l’UE a autant de poids que ses pays membres. Bien qu’un engagement de pays-à-pays avec les puissances émergentes de l’Asie soit tentant et bien que la Chine préfère souvent des accords bilatéraux, la renationalisation des politiques étrangères des pays membres de l’UE serait contreproductive. Une amarre forte est nécessaire pour ancrer durablement l’Europe qui met le cap à l’Est. Des torons épars ne pourront supporter qu’un degré limité de contrainte dans les années à venir, qui promettent d’être turbulentes.

Charge colossale

L’intégration régionale est une recette pour la stabilité à long terme en Asie et un deuxième motif de l’engagement de l’UE. L’Europe, déchirée par les guerres du XXe siècle, rend à présent presque impensable un conflit armé entre les États membres de l’Union. L’architecture institutionnelle de l’UE a facilité le pivot depuis des guerres dévastatrices et chroniques, vers la paix et la prospérité. Mais bâtir cette architecture a représenté une charge colossale, qui a demandé des décennies d’efforts à l’Europe et ces efforts se poursuivent encore jusqu’à nous. Les dilemmes et les crises qui se sont succédé ont révélé des failles dans la conception des institutions de l’UE, mais chaque nouvelle version (laborieuse) a considérablement renforcé le projet européen. Sans une once de paternalisme et en assumant son état de processus en cours de réalisation, l’UE doit augmenter son engagement dans les structures existantes de l’Asie et prêter son savoir-faire le cas échéant – par exemple, dans la modification de l’ANASE vers un modèle à trois piliers (politico-militaire, économique et socio-culturel) d’ici 2015.

Copyright: Project Syndicate, 2013.
www.project-syndicate.org

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