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Tribune

Promenade verte dans la ville rouge
Par Yassine Jamali

Par L'Economiste | Edition N°:4114 Le 17/09/2013 | Partager

Yassine Jamali est agriculteur et docteur vétérinaire

LE reboisement, en plus des données environnementales (sol, climat…), doit prendre en compte le facteur humain. En milieu rural, la mise en défens totale, destinée à protéger les jeunes arbres et arbustes des troupeaux et des labours, entraîne une perte de surface agricole ou pastorale. En ville, la création d'un espace vert se heurte à la pression foncière et au prix de l'immobilier. Dans les deux cas, il y a opposition entre logique écologique ou ludique et une logique productiviste.
Dans ces conditions, l'existence d'une surface naturellement non constructible, donc échappant complètement à toute logique spéculative, est un atout de taille: le foncier est de fait gratuit. C'est le cas, par exemple, à Marrakech, traversée par deux oueds, l'oued Tensift et l'oued Issyl; les lits de ces deux oueds représentent une surface de plus de 400 ha. Cette surface, périodiquement exposée aux crues n'est pas constructible. Actuellement, ces deux lits d'oued représentent une friche inexploitée. Cet espace inutilisé pourrait, moyennant un aménagement a minima, être réhabilité et retrouver une fonction sur le plan de l'urbanisme, de l'écologie et du tourisme.

Un volet écologique à l’offre historique

En zone semi-aride, les lits d'oued, même temporaires, collectent les eaux de pluie et quelques crues annuelles suffisent à entretenir une humidité souterraine, accessible au système racinaire profond des plantes adaptées. Cet ensemble végétal d'arbres, d'arbustes et d'herbes caractéristiques des fonds d'oueds s'appelle une ripisylve.
Pour des raisons de cohérence écologique et de facilité de gestion, la reconstitution de la ripisylve doit s'appuyer exclusivement sur des espèces végétales endémiques du semi-aride et de l'aride marocain. Cet espace vert, replanté exclusivement avec des espèces locales, jouerait ainsi un rôle de conservatoire local grandeur nature.
Concrètement, les arbres adaptés à l'étage bioclimatique semi-aride au Maroc sont nombreux et variés, Tamaris, pistachier de l'Atlas, caroubier, oléastre, arganier Acacia raddiana, Acacia gummifera, Balanites aegyptiaca et évidemment puisque nous parlons de Marrakech, le palmier! Le sous-bois associé serait composé d'arbustes locaux: Lycium, câprier, gattilier, laurier rose, Atriplex local, Ephedra fragilis…
Ponctuellement, aux points de rejet des eaux usées, des plantes assainissantes, roseaux, massettes, ajoncs, solutionneraient partiellement et à moindre coût ce problème sanitaire.
Quant aux plantes de la strate herbacée, elles s'inviteront elles-mêmes, confiant leurs semences au vent, à l'eau et aux oiseaux pour les disséminer.
Cet espace, une fois réhabilité, jouerait de multiples rôles, en relation avec ses multiples identités: parc naturel visant à la conservation d'espèces indigènes, espace récréatif urbain ouvert aux citoyens de la ville, attraction touristique pour les visiteurs nationaux et étrangers. Il aurait ainsi un impact fort et positif sur l'image de Marrakech, ajoutant un volet écologique à son offre historique, architecturale et festive.
La réalisation du projet devrait être facilité par le choix des espèces. Il s'agit d'un aménagement de type forestier et non de type "jardin public". La pluviométrie et les crues risquant d'être trop espacées dans le temps pour permettre un taux de survie des jeunes plants acceptable, des irrigations d'appoint seraient apportées pendant les deux ou trois premiers étés, c'est à dire jusqu'à ce que le système racinaire atteigne le développement nécessaire à sa survie. Cet apport d'eau, épisodique, de l'ordre d'une fois par mois en été, une fois tous les deux ou trois mois le reste de l'année exigerait un investissement minime: un ou deux camions citernes et une piste approximative au fond de l'oued pour permettre leur circulation, piste à entretenir après chaque crue pendant les deux ou trois premières années.

Pestes végétales et envahisseurs incontrôlables

LES plantes indigènes sont plus adaptées aux conditions environnementales, donc plus résistantes que des espèces exotiques, ce qui rend leur implantation et leur développement moins onéreux. Il y a des exceptions, des arbres introduits provenant d’autres zones géographiques, suffisamment rustiques pour s’adapter. Ces plantes exotiques restent malgré tout des «indésirables» pour plusieurs raisons. D’abord, elles peuvent devenir des pestes végétales, des envahisseurs incontrôlables. Ensuite elles ont souvent des impacts négatifs sur l’environnement tel l’eucalyptus, capable d’assécher les nappes par son puissant appareil racinaire, d’inhiber la poussée du sous-bois par la production de toxines. De plus, le choix de plantes étrangères ne serait pas pertinent dans un projet à vocation écologique. La réhabilitation d’un écosystème naturel, en l’occurrence une ripisylve, doit reproduire fidèlement l’organisation végétale naturelle, tant du point de vue des essences, que de leur répartition, de leurs relations. Dans un rapport de la FAO, il est noté que «il semble qu’en ce qui concerne la diversité on ait le plus souvent le classement suivant: forêt naturelle > plantation d’essences indigènes > plantation d’essences exotiques».

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