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Finances publiques Sagou: «Il faut relancer les privatisations»

Par L'Economiste | Edition N°:4114 Le 17/09/2013 | Partager
Aéroports, ports, autoroutes… Les services potentiels
Seule la croissance réglera le problème de l’assèchement des liquidités

M’hamed Sagou, ancien ministre des Finances: «La privatisation des services n’est pas la solution miracle, mais elle peut permettre de régénérer le marché financier»

Ancien ministre des Finances et professeur universitaire, M’hamed Sagou s’exprime rarement dans la presse. Economiste talentueux, il a été directeur de cabinet de Mohamed Berrada, ex-ministre des Finances, avant d’occuper ce poste à son tour pendant six mois. Il avait la lourde tâche de consolider les acquis du plan d’ajustement structurel. Sagou prônait la rigueur budgétaire alors que le Premier ministre de l’époque voulait relancer l’économie via le déficit budgétaire.

- L’Economiste: Quel est votre diagnostic de la situation de l’économie nationale ?
- M’hamed Sagou: Il est évident qu’aujourd’hui nous avons atteint un degré élevé de déficits, qui sont le résultat de plusieurs actions depuis les années 2009-2010, à la fois en matière de dépenses de fonctionnement et de dépenses de compensation. Cela a eu des conséquences assez graves sur le plan du financement de l’économie, parce que cela a aggravé l’endettement du Trésor et creusé le déficit budgétaire, qui à son tour est couplé avec le déficit de la balance des opérations courantes. Donc, en quelque sorte, nous revenons à une situation que nous avons déjà connue il y a 20-25 ans. Maintenant, on sait d’où cela provient. Il y a des raisons de gestion, mais aussi celles qui tiennent à la logique politique. Pourquoi? A cause des charges de compensation. Cela nous a permis d’éviter un certain nombre de problèmes politiques et sociaux, mais ce n’est pas pour autant qu’il faille baisser les bras. A mon avis, le problème le plus urgent à résoudre, et qui n’est pas très difficile, est celui du financement de l’économie. Aujourd’hui, le problème des liquidités se pose de façon assez délicate parce que le déficit budgétaire, conjugué au déficit de la balance du compte courant, entraîne l’assèchement à la fois de la masse monétaire, des conditions du financement et du potentiel de l’économie.

- A votre avis, quels sont les leviers sur lesquels on peut agir ?
- Il y a un certain nombre de leviers. J’ose une certaine idée : nous avons encore des choses à privatiser!

- Mais il ne reste plus grand-chose à privatiser…
- Mais si ! Il reste encore les services. Pourquoi ne pas privatiser la gestion des aéroports ? Neuf des plus grands aéroports turcs sont à gestion privée. Nous avons un réseau autoroutier, des ports, etc. Ensuite, l’introduction en bourse d’entreprises publiques. Les filiales industrielles de l’OCP, par exemple, peuvent être privatisées. Ce n’est pas la solution miracle, mais elle peut permettre de régénérer le marché financier.
La croissance, c’est d’abord le financement. Or, le marché financier et le marché boursier particulièrement sont au cœur du financement des entreprises. Il faut le comprendre: qu’est-ce qui a dynamisé notre marché depuis les années 1996 à 1998? C’est à la fois tout un programme de privatisations, de dynamique de financement des entreprises, qui ont fait que les entreprises ont repris leurs investissements et leur croissance, etc. Aujourd’hui, tous ces aspects sont carrément oubliés. Il est important que le Maroc renoue avec la dynamique de l’ingénierie financière que l’Etat faisait dans les années 1995 jusqu’en 1997 et même en 2000. II n’y a pas de raison à ne pas retourner à ces dynamiques. Aujourd’hui, je constate avec beaucoup d’amertume et de frustration qu’on n’innove pas et qu’on se contente de schémas classiques tels que l’augmentation des impôts...

- Comment peut-on réduire le déficit budgétaire, sachant que les dépenses salariales et la compensation sont incompressibles?
- C’est le même problème. Vous savez qu’en 1995, il y avait l’indexation. Il  ne fallait pas l’arrêter. C’est une solution de souplesse qui permettait à l’Etat de ne pas continuer à subventionner au-delà d’un certain prix.

- Est-ce que ce mécanisme est suffisant pour réduire les charges de compensation?
- L’indexation est suffisante dans l’état actuel de notre système parce que nous ne pouvons pas passer non plus d’un extrême à un autre. L’Etat a toujours compensé totalement, au-dessus d’un niveau de prix de pétrole, nous ne pouvons pas revenir maintenant à l’annulation totale de la compensation des produits pétroliers. L’indexation est le meilleur système qui permettra d’adapter le consommateur à une variation des prix. Elle me paraît donc nécessaire, sinon nous allons droit au mur et, attention, avec les conséquences, dont j’ai parlé tout à l’heure, en matière de financement de l’économie. A mon avis, le cœur du problème du Maroc, c’est absolument de revenir à une dynamique de financement de notre économie. La Banque centrale le dit constamment. Il y a des décisions qui devraient être prises. Personne ne parle plus de la liste des sociétés à privatiser, ni des actifs à privatiser, ni de la redynamisation des marchés financiers.

- Les problèmes du financement sont dus, entre autres, à l’assèchement des liquidités...
- Le cœur de cet assèchement est dans les deux déficits, celui de la balance des paiements et celui du budget. Seule la croissance peut résoudre ce problème. J’ai toujours dit que notre croissance doit être supérieure à 6%. A moins de ce niveau, il est impossible de résoudre les problèmes du Maroc.
- Comment peut-on arriver à ce niveau de croissance puisque dans le meilleur scénario, nous n’avons jamais dépassé 5% de taux de croissance?
- On peut y arriver en actant les leviers de financement de l’économie. En France, par exemple, il y a des grandes entreprises et des très petites entreprises qui ne disposent pas des mêmes moyens que les grandes structures, contrairement à d’autres pays comme l’Allemagne. Quel est le secret de ces pays qui ont des grosses entreprises «moyennes»? Ils ont mis en place des systèmes de financement adaptés. Le système de financement marocain des entreprises avait pourtant fait un très bon démarrage en 1993-94. L’épargne nationale participait au financement de l’économie via les marchés financiers.
Les entreprises se financent via le crédit bancaire et la bourse. Aujourd’hui, les deux sont pratiquement asséchés, alors qu’il y a une quinzaine d’années les deux marchaient très bien et se livraient même une rude concurrence. Pour que les deux redémarrent, il faut une volonté politique. La croissance créera automatiquement des recettes fiscales. Et si l’on maintient les dépenses à des niveaux acceptables, les recettes exceptionnelles permettront d’alléger la dette du budget et de revenir à un budget équilibré ou même excédentaire comme en 2007-2008.
Propos recueillis par
Hassan El Arif

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