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Chronique

Le prochain contrat social pour la première moitié du XXIe siècle
Par Kemal Derviş

Par L'Economiste | Edition N°:4092 Le 13/08/2013 | Partager

Kemal Dervis est bien connu au Maroc: dans les années 80 et 90, il a dirigé des services de la Banque mondiale en relation directe avec des programmes de financement au Maroc.
Cet ancien ministre de l’Economie en Turquie, administrateur du Programme des Nations unies pour le développement (PNUD) et vice-président de la Banque mondiale, est actuellement vice-président de la Brookings Institution

Aujourd’hui, partout dans le monde, le chômage persistant, les compétences inadaptées au marché de l’emploi et les régimes de retraite sont devenus des enjeux essentiels pour la politique budgétaire et dans les débats politiques souvent féroces qui s’ensuivent. Les pays développés font face actuellement à un problème de «vieillissement», mais la plupart des économies émergentes sont également au cœur d’une transition démographique qui se traduira par une structure d’âge semblable à celle des économies avancées, à savoir une pyramide inversée, d’ici seulement deux ou trois décennies. La Chine va sans doute parvenir à cette étape beaucoup plus tôt.

Plusieurs problèmes ont une influence sur l’emploi. Une faible demande au lendemain de la crise financière mondiale de 2008 reste un facteur déterminant en Europe, aux Etats-Unis et au Japon. Mais les problèmes structurels à long terme pèsent aussi sur les marchés du travail.
Fait plus important encore, la mondialisation entraîne un décalage continu de l’avantage comparatif, qui entraîne de sérieux problèmes d’adaptation: car les emplois créés dans les nouvelles activités ne compensent pas nécessairement la perte d’emplois dans les anciennes. Dans tous les cas, la plupart des nouveaux emplois exigent des compétences différentes, ce qui implique que les travailleurs qui perdent leur emploi dans des secteurs en perte de vitesse ont peu d’espoir d’en retrouver un autre.
Des changements à la marge aux arrangements existants sont peu susceptibles de suffire pour répondre aux forces technologiques, pour réduire des tensions sociales et les craintes des jeunes, ou pour alléger les charges fiscales croissantes.

Les principes d’une réforme globale

Une réévaluation radicale est nécessaire dans les domaines du travail, de la formation professionnelle, de la retraite et des loisirs. Plusieurs principes devront former le cœur de toute réforme globale.
Pour commencer, la formation et le développement de compétences doivent devenir un processus continu, qui commence par la scolarisation, qui continue par le biais de formation sur le tas et par des phases d’enseignement à temps plein à différentes étapes de la vie professionnelle. Les programmes spéciaux d’insertion des jeunes devront représenter une part normale de soutien public à la formation pour l’emploi et les carrières, avec l’exemption des contributions de sécurité sociale lors de la première ou des deux premières années de vie professionnelle.
Un deuxième principe est que la retraite doit devenir un processus graduel. Les salariés pourraient travailler en moyenne 1.800-2.000 heures par an jusqu’à leur cinquantième année, diminuer à 1.300-1.500 heures au début de leur soixantième année, puis évoluer autour de 500 à 1.000 heures autour de leur soixante-dixième année.
Une infirmière, un membre d’équipage d’avion ou un enseignant du secondaire, par exemple, pourraient travailler cinq jours par semaine jusqu’à leur cinquantième année, quatre jours par semaine jusqu’à 62 ans, trois jours jusqu’à 65 ans et peut-être deux jours jusqu’à l’âge de 70 ans.
Les employeurs et les employés ont intérêt à négocier une telle souplesse, mais ils devront le faire avec les encouragements et le soutien financier du gouvernement: notamment au sujet des variables de sécurité sociales et des impôts sur le revenu. Les congés payés pourraient être de 3 ou 4 semaines jusqu’à 45 ans, puis augmenter graduellement à 7 ou 8 semaines à la fin de la soixantième année. Les congés de maternité et de paternité devront être augmentés quand ils sont courts, comme aux Etats-Unis.
Les politiques publiques devront aussi accorder une plus grande place aux choix individuels. Par exemple, tous les dix ans, un travailleur doit être en mesure de s’engager dans une année d’apprentissage, avec un tiers de cette dépense payé par l’employeur, un tiers par des fonds publics et un tiers par ses économies personnelles (ces proportions peuvent varier par tranche de revenu).

Une place aux choix individuels

L’objectif global doit être une société dans laquelle, dans la mesure de leur condition de santé, les citoyens travaillent et paient des impôts jusqu’à un âge proche de soixante-dix ans, mais moins intensivement avec l’âge et d’une manière flexible et adaptée aux circonstances individuelles. En fait, la retraite progressive et flexible dans de nombreux cas profiterait non seulement aux employeurs et aux gouvernements, mais aussi aux travailleurs eux-mêmes, car une activité professionnelle continue représente souvent une source de satisfaction personnelle et enrichissante d’un point de vue émotionnel et de celui de l’interaction sociale.
En s’appuyant sur l’enquête Gallup World, mes collègues de la Brookings Institution à Washington D.C., Carol Graham et Milena Nikolova, ont montré que les cohortes plus heureuses sont celles qui travaillent volontairement à temps partiel. En échange d’une plus longue vie professionnelle, les citoyens ont apparemment plus de temps à consacrer aux loisirs et à leur formation tout au long de leur vie, avec des effets positifs sur la productivité et des niveaux plus élevés de leur satisfaction de vivre. Le nouveau contrat social pour la première moitié du XXIe siècle devrait être celui qui combine un certain réalisme budgétaire, une marge importante pour les préférences individuelles et une forte solidarité sociale et de protection contre les chocs résultant de la situation personnelle ou d’une économie instable. De nombreux pays prennent des mesures dans ce sens. Elles sont trop timides. Nous avons besoin d’un recadrage complet et révolutionnaire du temps de l’éducation, du temps de travail, de retraite et des loisirs.

Technologie et économie de main-d’œuvre

Les progrès technologiques deviennent toujours plus «économes en main-d’œuvre», au moment où les ordinateurs et les robots remplacent le travail humain dans des structures qui englobent les supermarchés et les chaînes de montage automobile.
Étant donné les perspectives macroéconomiques instables, de nombreuses entreprises hésitent à embaucher de nouveaux employés, ce qui conduit au chômage des jeunes dans le monde entier. Simultanément, le vieillissement et le coût associé des soins de santé pour les personnes âgées constituent le principal défi fiscal de ces sociétés vieillissantes.
Au milieu de ce siècle, l’espérance de vie à 60 ans aura augmenté d’une dizaine d’années par rapport à la période qui a suivi la Seconde Guerre mondiale, quand les âges actuels de la retraite ont été fixés.

Traduit de l’anglais par Stéphan Garnier
Copyright : Project Syndicate, 2013
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