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Chronique Militaire

Il y a cinq ans, au Caucase, la guerre entre la Géorgie et la Russie(1)
Par le colonel Jean-Louis Dufour

Par L'Economiste | Edition N°:4092 Le 13/08/2013 | Partager

Notre consultant militaire, Jean-Louis Dufour, est un ancien officier supérieur de l’armée française. Il a servi en qualité d’attaché militaire au Liban, commandé le 1er Régiment d’infanterie de marine et le bataillon français de la Finul. Chargé du suivi de la situation internationale à l’état-major des Armées (EMA-Paris), il s’est ensuite spécialisé dans l’étude des crises et des conflits armés. Ancien rédacteur en chef de la revue «Défense», professeur dans nombre d’universités et instituts francophones, il est l’auteur de plusieurs ouvrages, parmi lesquels «La guerre au 20ème siècle» (Hachette, 2003), «La guerre, la ville et le soldat» (Odile Jacob, 2006), «Un siècle de crises internationales» (André Versaille, 2009)

Les relations entre les Etats-Unis et la Russie s’enveniment encore, du fait, cette fois, d’un Vladimir Poutine désireux de provoquer son alter ego américain. C’est là une bonne occasion d’évoquer la courte guerre de Géorgie dont c’est le cinquième anniversaire (7-11 août 2008). On estime à  l’époque qu’elle est due en partie à l’aventurisme des Etats-Unis qui cherchent à s’attacher certains voisins de la Russie et à la volonté de Moscou de ne pas se voir harcelé aux marches mêmes de son glacis. Cependant, aux dires même du président Poutine, celui-ci avait approuvé les plans d’attaque de la Géorgie dès la fin de 2006. Contrairement à ce que l’on avait généralement pensé jusqu’en août 2012, l’invasion de la Géorgie par les troupes russes ne constituait pas une réplique surprise à l’attaque lancée par Tbilissi mais le fruit, passablement avarié, des provocations du Kremlin(2).
Le Caucase, rappelons-le, est pour la vieille Russie une terre de mission. Ce massif montagneux, en forme de frontière naturelle, est une étape vers les mers chaudes. Au XIXe siècle, tout jeune officier russe rêvait d’aller s’y illustrer. Cet intérêt n’a pas vraiment faibli. Moscou porte aux pays de la chaîne une grande attention où, en dépit des concurrents turc et iranien, son influence prédomine. C’est dire combien la volonté de Washington d’y étendre le domaine de l’OTAN a pu irriter le Kremlin. Depuis 1990, les Etats baltes et ceux d’Europe centrale, Pologne, Tchéquie, Bulgarie, Roumanie, Slovaquie, Hongrie, ont choisi leur camp. Certains ont rejoint l’Organisation du traité de l’Atlantique nord (OTAN). Même l’Ukraine est courtisée. Ceci inquiète une Russie, militairement indéfendable face à l’Ouest, faute d’offrir le moindre obstacle naturel susceptible de ralentir un envahisseur.
Aussi, quand la Géorgie manifeste à son tour des désirs d’émancipation, quand il est question à Bruxelles d’en faire un nouveau membre de l’OTAN, quand une mission militaire étatsunienne s’y installe pour former une armée géorgienne équipée d’armes israéliennes et allemandes, Moscou décide de réagir.
A la fin des années 1980, l’aspiration à l’autonomie de l’Ossétie du Sud(3), une des deux provinces géorgiennes et pro-russes avec l’Abkhazie(4), a entraîné des heurts avec la Géorgie. En décembre 1990, une série d’affrontements armés entre Géorgiens et Ossètes du Sud commence. Elle aboutit un an et deux mille morts plus tard à la proclamation d’une «République indépendante d’Ossétie du Sud». Un cessez-le-feu intervient en juin 1992 que doit faire respecter une force russe de paix, laquelle trouve ce faisant le temps d’équiper et d’entraîner des milices locales. Résultat, en novembre 2006, dûment mis en condition, les Ossètes du Sud votent en faveur de l’indépendance et du rattachement à la Russie.
Au début de l’été 2008, la tension s’accroît. Des villages géorgiens et des observateurs internationaux sont pris pour cible, des attentats visent des policiers géorgiens. L’artillerie donne entre Géorgiens et Sud-Ossètes. Tbilissi révèle qu’un groupement blindé russe, disposé aux portes de l’enclave sud-ossète, s’apprête à l’envahir.

Une drôle de guerre

Alors, le 7 août à l’aube, la Géorgie se lance à la reconquête de la province perdue d’Ossétie du Sud, une opération vaine tant les rapports de force sont déséquilibrés. Le soir même, 150 blindés russes empruntent le tunnel de Roki qui permet de rejoindre l’Ossétie méridionale. Les Géorgiens tentent d’intercepter la colonne avant qu’elle n’ait atteint le pont de Kourta qui marque l’entrée dans l’enclave. C’est l’échec. Les Russes prennent Tskhinvali le lendemain. Le 9, l’armée géorgienne, défaite, se retire. Le 11 août, en fin de journée, la guerre est finie, l’occupation russe commence. Elle est brutale, marquée d’exactions. Les opinions publiques occidentales sont scandalisées. Peu importe au Kremlin! Moscou veut punir la Géorgie et couper court à sa volonté de rejoindre l’OTAN.
Pour la première fois depuis la fin de l’URSS, Moscou a employé la force contre un Etat souverain. Pour autant, le risque d’une extension du conflit est inexistant, même si, à l’Ouest, les protestations sont vives.
La puissance américaine est mise en défaut. En Géorgie, en Mer noire, au Caucase, les Etats-Unis n’existent pour ainsi dire pas. Ils n’ont d’ailleurs nulle envie d’affronter la Russie. Tout juste Washington dépêche-t-il quelques navires de guerre en Mer noire pour livrer une aide humanitaire. Gesticulation dérisoire! Tout comme naguère l’Union soviétique à Cuba, les Etats-Unis sont pris au piège(5), ils ont les mains  liées, leur  impuissance est manifeste. L’Europe démocratique de la fin des années 1930 répugnait à «mourir pour Dantzig», les Occidentaux en 2008 n’ont aucune envie de se sacrifier pour Tbilissi. Heureusement d’ailleurs! Au moins, l’Europe cherche-t-elle à exister. Le président Sarkozy se précipite à Moscou pour obtenir un cessez-le-feu et un retrait rapide et complet des forces russes dépêchées en Géorgie. Le cessez-le-feu intervient aussitôt, le retrait est censé devenir effectif en octobre. Moscou reconnaît l’indépendance des deux régions séparatistes de Géorgie, l’Ossétie du Sud et l’Abkhazie. En revanche, contrairement au plan de paix international imposé aux belligérants par le président français, Moscou n’a jamais cessé depuis d’y maintenir d’importantes forces militaires.
L’expert Pavel Felgenhauer, l’un des rares à avoir prévu la guerre de 2008, n’a pas manqué de tirer à nouveau récemment la sonnette d’alarme dans «Eurasia Daily Monitor»: «L’Etat-major russe a sans doute un autre plan pour envahir et occuper le reste de la Géorgie. Comme en 2008, la décision de l’activer sera décidée par la même et unique personne, Vladimir Poutine»(6). Auquel cas, comme l’avait dit, en décembre 1981, Claude Cheysson, ministre des Affaires étrangères de François Mitterrand, après la proclamation de la loi martiale en Pologne: «Naturellement, nous ne ferons rien!».
La fin de l’URSS n’a pas signifié que la Russie respecterait désormais le droit et les accords internationaux. Tout se passe comme si la guerre froide n’était pas tout à fait terminée…

«Un pied de nez aux Occidentaux»

«Depuis quatre ans, le régime de Tbilissi répétait inlassablement que l’incursion armée en Géorgie, en août 2008, constituait «un acte d’agression prémédité contre une nation souveraine» et que l’attaque des forces géorgiennes n’avait été lancée que parce que les troupes russes s’apprêtaient à franchir la frontière. Selon le pouvoir géorgien, la guerre russe d’août 2008 était une réaction aux «premières réformes géorgiennes» qui, en offrant un exemple de développement à l’ancien espace soviétique, menaçaient le modèle russe. Cela fut aussi une réponse à l’indépendance du Kosovo, désapprouvée par le Kremlin».
« En assumant pleinement le caractère prémédité de l’offensive russe contre Tbilissi, Vladimir Poutine fait un pied de nez aux Occidentaux qu’il affronte depuis plusieurs mois sur le dossier syrien et à qui il signifie ainsi qu’il n’a que faire des règlements internationaux…»
Isabelle Lasserre, lefigaro.fr, art.cit.

(1) Voir J.-L. D., «Un siècle de crises internationales»:  «Géorgie ou le Caucase en feu», André Versaille Editeur, Bruxelles, 2009,  pp. 303 et suivantes
(2) lefigaro.fr, «Poutine reconnait avoir planifié la guerre en Géorgie», Isabelle Lasserre, 10 août 2012
(3) 3.900 km2, 60 000 habitants, capitale Tskhinvali
(4) 8.600 km2, 230 000 habitants
(5) Voir J.-L. D., «La Géorgie, le « Cuba » de l’Amérique », L’Economiste, 3 août 2008
(6) Isabelle Lasserre, lefigaro.fr, op. cit;

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