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Analyse

Religion et politique: Un ménage qui fait peur et pourtant…

Par L'Economiste | Edition N°:4092 Le 13/08/2013 | Partager
1 personne sur 2 contre les partis religieux
Les chaînes orientales comme 1re source d’information, attention danger?
Les femmes plus conservatrices et pratiquantes

La première source d’information des Marocains est la télévision avec pour premier choix les chaînes orientales spécialisées. Les prédicateurs et les parents sont, quant à eux, au bas du classement
Source: «l’Islam au quotidien»

Pour près de la moitié des sondés, mélanger politique et religion peut s’avérer dangereux. D’ailleurs, les partis politiques se présentant comme religieux n’ont pas bonne presse. Curieux dans un pays où le PJD a remporté le suffrage universel

Fini le mois de Ramadan. Les mosquées qui ne désemplissaient plus retrouvent des visages familiers et les esprits, avidement tournés vers la religion pendant le mois sacré, retournent aux tracasseries du quotidien. Cette quasi-dualité rend le rapport du citoyen marocain à la religion intéressant à étudier.
Trois sociologues l’ont fait. Mohammed El Ayadi, professeur de sciences sociales et  d’histoire  politique du Maroc contemporain à la faculté des lettres et des sciences humaines d’Ain-Chock, Hassan Rachik, anthropologue et professeur à l’Université Hassan II, et Mohamed Tozy, spécialiste du mouvement islamiste marocain, professeur de sciences politiques à l’Université Hassan II et à l’IEP d’Aix-en-Provence, se sont penchés sur la question. «L’Islam au quotidien» est d’ailleurs l’une des rares études sociologiques connues à ce  jour qui étudient ce lien si difficile à appréhender.
L’ échantillon de 1.156 personnes réparties sur les 16 régions comprend 52,7% de femmes, 58,2% d’urbains et 40% de célibataires.
Cette enquête révèle que, concernant le rapport entre politique et religion, un répondant sur quatre estime que la religion devient dangereuse quand elle est mêlée au politique, un autre quart pense le contraire et près de la moitié est sans avis.
Seulement, quand les questions sont plus ciblées et qu’elles impliquent directement des partis ou personnalités politiques, les positions sont plus tranchées. En effet,  41,5% des questionnés pensent que les hommes politiques ne doivent pas se mêler de la vie religieuse des citoyens quand 33,4% estiment que le prêche du vendredi ne doit pas aborder les questions politiques. Près de la moitié sont contre l’existence de partis politiques se présentant comme religieux. Une information pour le moins paradoxale quand on sait que ce sont ces mêmes citoyens qui ont porté le PJD au pouvoir.
Selon l’étude, cette incapacité d’évaluer de façon plus précise l’appréciation que se font les Marocains du rapport entre religion et politique est certainement liée à «la faiblesse de la dimension cognitive de la religion, à un déficit d’information et à un manque d’intérêt pour les questions qui dépassent la sphère des pratiques rituelles».
Les spécialistes notent également que la généralisation de l’enseignement et des médias de masse (internet, émissions télévisées, livres…) ainsi que l’accès aux connaissances et à l’enseignement religieux sont plus larges aujourd’hui. Plus question de se revendiquer musulman sans connaissances approfondies en Islam quand les générations passées se limitaient au respect des rites religieux. Ainsi, le rapport des générations actuelles à la religion n’est pas comparable à celui de leurs aïeuls. La pratique religieuse n’est plus suffisante et ceux qui sont capables de faire référence au Coran, aux traditions religieuses et autres textes fondateurs ont forcément plus de «légitimité» au sein de la société.
Mais la lecture des textes n’est toujours pas une priorité dans la démarche d’information des Marocains. La principale source reste la télévision, avec un intérêt spécial pour les chaînes orientales spécialisées, (61,2%), loin devant la télévision marocaine (47%). Les imams et prêches dans les mosquées influencent, quant à eux, un quart des sondés. Les parents n’interviennent à ce niveau qu’à hauteur de 11,4%, tandis que les amis sont influents à hauteur de 23,7%. L’influence directe des chaînes orientales a de quoi inquiéter car le Maroc n’a aucun contrôle sur les messages qu’elles diffusent. Ceux-ci sont parfois assez radicaux et peuvent mener à l’embrigadement.

Les Marocaines, plus pieuses

LA conclusion de cette enquête en ce qui concerne les femmes est la montée de la religiosité féminine. La Marocaine est en général plus pratiquante et conservatrice que le Marocain. Les sociologues se sont intéressés à la question du voile islamique en questionnant 609 femmes dont près de 40% portent le voile. Celui-ci a plutôt bonne presse auprès de l’échantillon questionné dont la grande majorité (83,2%) présente une attitude positive à son égard (64,9% des sondées avancent des raisons religieuses et 17,2% des raisons morales). Néanmoins, la tolérance est de rigueur: les 2/3 des femmes questionnées estiment que l’on peut se considérer comme musulmane sans pour autant porter le voile (contre 9,9% estimant qu’il est indispensable de porter le hijab pour se dire musulmane). Autre point sur lequel les femmes se distinguent des hommes: la mixité. Sur les plages, celle-ci n’a pas encore convaincu la majorité des Marocains. A peine plus d’un quart des répondants sont pour les plages mixtes avec des femmes plus réticentes que la gent masculine. Mis à part cet aspect, l’étude fait le constat que la mixité, autrefois abhorrée et considérée comme inconvenante, voire suspecte, est aujourd’hui de rigueur. «L’Islam au quotidien» explique cette nouvelle tendance par une plus grande présence de la femme dans l’espace public, celle-ci accédant au milieu du travail et aux affaires commerciales. Même les fêtes, qui autrefois séparaient hommes et femmes, sont aujourd’hui mixtes en grande majorité. Les fêtes mixtes sont d’ailleurs plus fréquentées par les femmes que par les hommes (70% contre 65%). Cependant, l’enquête révèle que seules 51,9% des femmes sondées approuvent la mixité dans les fêtes contre 49,4% de sondés masculins. Par contre, en ce qui concerne l’école, les avis sont plus tranchés. 76% des enquêtés tiennent à ce que l’école soit mixte (avec un léger avantage féminin: 78%).

Sanaa EDDAÏF

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