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    Enquête

    Faire de l’art, c’est forcément de l’engagement!

    Par L'Economiste | Edition N°:4009 Le 12/04/2013 | Partager
    Une identité «très actuelle», différente de celle «imaginée, voulue, et attendue»
    Le printemps arabe : pas une cause, mais une autre conséquence
    Faire de l’art au Maroc, c’est déjà engagé…

    Oum, la star underground connue pour mixer les sonorités des quatre coins du monde tout en gardant un cachet purement marocain, sort un nouvel album, Soul of Morocco. Sa sortie officielle aura lieu en France, le 23 avril. Pourquoi ne pas l’avoir sorti au Maroc ? Parce que «ici, on doit se débrouiller seule. Là-bas aussi, mais au moins c’est très structuré»

    - L’Economiste : Peut-on parler d’un véritable mouvement de street art au Maroc?
    - Oum: Quelque chose a bourgeonné à un moment, même si cela s’est un peu essoufflé à mon goût. Je pense qu’aujourd’hui, indépendamment de la musique, il y a certainement une créativité, un petit peu partout. Dans le monde de la photographie notamment, que je trouve beaucoup plus en avance que la musique. Il y a de la créativité aussi dans l’artisanat, un nouveau souffle s’exprime dans la peinture, dans la création de bijoux… Après, il est délicat d’en conclure si oui ou non émerge un mouvement de culture urbaine. Il y a une mouvance qui est très inspirée et qui a très probablement l’envie de mettre en avant une identité marocaine très actuelle, qui n’est pas forcément celle qui a toujours été imaginée, voulue et attendue.

    - A quoi reliez-vous cela?
    - Aujourd’hui, il y a des événements dans le monde qui font qu’il y a un réveil, une conscience générale qui fait qu’il y ait des choses qui émergent, dans le monde arabe, en Afrique…

    - Vous faites allusion au «printemps arabe»…
    - Pour moi, le Printemps Arabe n’est pas l’explication, c’est une autre conséquence. Il a eu ses raisons et a mis du temps pour arriver ; et s’il est arrivé, c’est qu’il n’est pas sorti de rien. Cela dit, il a peut-être orienté deux trois trucs.

    - L’art est-il forcément engagé?
    - Qu’il soit engagé ou pas, c’est à l’artiste de se déterminer. Mais décider un jour de faire de l’art son métier est déjà en soi un engagement. Au Maroc, ce n’est pas évident, ça ne fait pas vivre aisément. Nous n’avons pas tous nos droits, nous sommes livrés à nous-mêmes… Mais il faut travailler dur pour démontrer aux plus jeunes, aux générations à venir que c’est quelque chose de tout à fait normal, que c’est un métier comme les autres, même si ce n’est pas encore le cas. Donc c’est un engagement. Le simple fait de décider de tout planter, comme moi par exemple avec l’architecture, afin d’être chanteuse, écrire mes paroles, et accepter de ne pas me produire suffisamment dans mon pays, c’est une forme d’engagement. 

    - Devenir artiste au Maroc, ce n’est pas un choix facile?
    - Quand j’ai commencé à songer à quitter l’école d’architecture pour devenir chanteuse, tout le monde autour de moi était sceptique. Et je le comprends. A qui j’aurais voulu ressembler par exemple? Quelqu’un qui soit branché, qui dise des choses qui me ressemblent, sur un fond de musique que j’aime, qui mixe un petit peu tout ce que je suis finalement : tous les chants populaires et des chikhates, toutes les rythmiques que j’ai écoutées durant mon enfance, et en même temps un peu de hip-hop, du gospel, des trucs américains que la télévision nous a amenés durant les années 80-90, un peu de reggae, et un peu plus tard, un peu de jazz, de rythme africain, du gnawi. Et puis un petit peu de chant hassani… Cette personne n’existait pas, mais elle doit exister. Moi je suis là pour ça ! Parce que c’est de cela dont on parle. Une identité marocaine qui n’est pas forcément juste un truc. «C’est ça le Maroc». Le Maroc c’est nous, avec ce que nous aimons, avec nos convictions, avec tout ce qu’on a vu et entendu et lu. C’est parler français sans se demander si je dois parler qu’en arabe. C’est s’habiller comme on aime, se rappeler qu’on est Africains.

    - Si vous étiez ministre de la Culture, que feriez-vous pour fédérer tous ces courants naissants?
    - Moi je n’irais pas leur montrer comment procéder. Quand on veut se fédérer, il faut que cela vienne de nous. Par contre, je commencerais par donner aux gens leurs droits les plus légitimes : le droit d’auteur ou le droit à l’éducation artistique au même titre que l’éducation basique. Regardez par exemple un pays comme Cuba. La musique y est sacrée. Il n’y a pas quelqu’un qui ne comprenne pas ou ne lise pas la musique. Je ne dis pas que je veux aujourd’hui transformer le Maroc en Cuba. Effectivement, le gouvernement doit mettre en œuvre tout cela, mais ce n’est pas à lui d’endosser la responsabilité de fédérer ou pas. Après il faut que les gens soient suffisamment bien dans leur peau, et avoir des opinions quitte à ce qu’elles soient contraires à tout ce qui les entoure. Encore faut-il qu’on soit dans une bonne santé sociale.

    Traces de Movida...

    Cinéma

    Le cinéma n’est pas le mieux loti dans le monde du street art. Le travail de Guérilla Cinéma mérite tout de même d’être salué. La réalisation des courts-métrages «Basta», qui traite justement des problèmes du cinéma, et «475: Quand le mariage devient punition», qui revient sur le drame d’Amina Filali et de toutes les jeunes filles mariées à leurs violeurs en vertu de l’hypocrisie sociale et de cette loi assassine (qui a été abrogée depuis) mérite tous les encouragements. Cela dit, la continuité est de mise. Un travail ponctuel et/ou isolé ne pourra pas mener le cinéma underground marocain vers les horizons qu’il mérite. Et Guérilla Cinéma compte bien là-dessus. Avec ces deux documentaires, le groupe promet sa première fiction,  «Le masque» qui traite des détentions politiques au Maroc. Il travaille aussi sur l’exploitation des mines au Maroc, un sujet brûlant ! Pour rester autonome, Younes Belghazi confie que Guérilla Cinéma a principalement recours au crowdfunding (finance participative).

    Artisanat et accessoires

    Pour beaucoup, il ne s’agit pas là d’arts proprement contestataires. Pourtant, artisanat et accessoires peuvent être les témoins privilégiés des mutations culturelles et sociales. Il y a quelques années à peine, personne n’aurait misé sur une «marque de luxe artisanale». Pourtant, Fenyadi, une marque marocaine pur jus, a fait le pari de «réunir des artisans marrakchis et des designers étrangers», de les installer dans des ateliers, et de laisser la magie opérer. Résultat : des produits artisanaux épurés qui plaisent à une plus grande catégorie de personnes. Côté accessoires, le Harakat Sisters donnent un bel aperçu de l’évolution artistique de la joaillerie. Des pièces uniques, farfelues, colorées… le luxe underground, ça existe.

    Propos recueillis par Rime AIT EL HAJ

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