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Croissance, compétitivité, intégration: Le rêve américain de l’Europe
Par Javier Solana

Par L'Economiste | Edition N°:3978 Le 28/02/2013 | Partager

Javier Solana a été ministre des Affaires étrangères de l’Espagne, secrétaire général de l’OTAN et Haut représentant de l’UE en matière de politique étrangère et de sécurité. Il est actuellement président du Centre pour l’économie mondiale et géopolitique de l’école de management ESADE et membre d’honneur de la Brookings Institution

Aujourd’hui trois pays européens sont classés parmi les sept plus grandes économies mondiales. Dans dix ans, il n’y en aura plus que deux. En 2030, seule l’Allemagne sera toujours sur la liste et d’ici à 2050, il n’y en aura plus aucun. En effet, à ce moment-là, les États-Unis seront l’unique représentant de l’Occident classé parmi les sept premiers.
Cela veut dire que les Etats européens sont trop petits pour concourir séparément dans le monde du XXIe siècle. C’est aussi simple que cela. D’ici 2030, selon la Banque mondiale, la population mondiale comptera deux milliards de personnes en plus, principalement asiatiques et appartenant à la classe moyenne. La pression sur les ressources de la planète, sur les matières premières, l’eau et la nourriture seront énormes, rendant un rééquilibrage mondial pratiquement inévitable. Et dans un monde caractérisé par l’interdépendance et une constante évolution, l’Europe s’apercevra que l’union fait la force.

«Patrimoine international singulier»

En effet, à moins que les Européens ne travaillent vers davantage d’intégration, ils peuvent se trouver dépassés par les pays émergents en termes de développement technologique, de création d’emplois, de coûts de production, de talent et de créativité.
L’Union européenne est toujours le lieu où les institutions économiques et sociales assurent une meilleure qualité de vie. En ce sens, la demande d’une voix européenne dans le monde est claire: l’ancien président du Brésil Luiz Inácio Lula da Silva a évoqué l’Union européenne dans les termes d’un «patrimoine international singulier» en ce qu’elle garantit les valeurs qui représentent l’humanité dans ce qu’elle compte de meilleur.
Ces valeurs sont incarnées en partie dans les États-providences européens bien développés, qui sont une composante importante de l’identité collective des Européens et leur principal titre de gloire. En termes d’égalité économique, il est vrai qu’il existe une différence de 2 pour 1 du PIB par habitant entre les États les plus riches et les plus pauvres des États-Unis (à l’exception du District de Columbia), alors qu’en UE le ratio est de 6,5 pour 1. Mais en ce qui concerne les conditions à l’intérieur des États américains et des pays de l’UE, les choses sont très différentes.
Le coefficient moyen de Gini (où zéro est l’égalité absolue et 1 est l’inégalité absolue) en Europe est de 0,30, comparé à 0,45 aux États-Unis. Le coefficient de la Chine est de 0,47. La société américaine est très inégalitaire (et la Chine l’est légèrement plus). En Europe, c’est le contraire qui est vrai. Ses sociétés sont beaucoup plus égalitaires, alors qu’elles sont toujours loin de la convergence (c’est en effet la grande tâche à laquelle l’Europe fait face).
Sous cet angle, il n’est pas difficile de comprendre l’intérêt international pour l’Europe. Considérez l’expérience de pensée suivante (une variation sur le «voile d’ignorance» théorisé par le philosophe John Rawls dans son effort pour concevoir une société juste): si l’on prend en compte le niveau et la qualité de la protection sociale, de l’éducation publique et des soins de santé dans l’UE et aux États-Unis et sans savoir au préalable quelle serait votre position sociale dans une société, où vous préfériez-vous naître?
Mais, si l’Europe veut maintenir ses institutions de partage de la prospérité, elle doit générer une croissance économique pour pouvoir les financer. Cela signifie l’accroissement de la productivité et renforcer la compétitivité – et tout aussi important, affirmer la place de l’Europe dans le monde.
Les Européens ont une nouvelle raison d’espérer en poursuivant ces objectifs: un accord de libre-échange transatlantique.
Aujourd’hui, l’Union transatlantique s’est enfin concrétisée et promet de relancer la croissance dans l’UE comme aux États-Unis. En 2012, les exportations américaines vers l’Union européenne comptaient près de 206 milliards d’euros (272 milliards de dollars), alors que les exportations de l’UE vers les États-Unis s’élevaient à près de 300 milliards d’euros. Trente millions d’emplois en Europe (près de 10% de la main-d’œuvre totale) dépendent du commerce extérieur. Les chiffres sont énormes, ce qui suggère que l’Union transatlantique pourrait avoir un effet comparable à celui du marché unique pour l’Europe. Mais matérialiser le potentiel de l’Union transatlantique exige de mener à bien le projet d’intégration européenne. Ce processus est long et lent, mais c’est la seule façon de maintenir la pertinence de l’Europe comme acteur international, en lui donnant quelque chose à affirmer et à proposer. En effet c’est bien ce processus, maintenant dans sa septième décennie, qui a permis aux Européens de profiter du plus haut niveau de vie mondial.

«Eurosclérose»

Récemment au cours des années 1980, l’Europe a été rejetée (par les conservateurs américains en particulier) sous le terme «d’eurosclérose». La décennie qui a suivi le choc pétrolier de 1979 a été marquée par un pic du chômage, une paralysie budgétaire et finalement le gel des négociations d’adhésion pour l’Espagne et le Portugal. Économies européennes stagnaient, alors que les États-Unis et le Japon connaissaient une croissance plus forte. À l’époque, le marché commun de l’Europe n’était pas encore un marché unique. Puis une convergence historique d’intérêts nationaux et de positions idéologiques (des socialistes de François Mitterrand aux conservateurs de Margaret Thatcher et aux démocrates-chrétiens de Helmut Kohl) s’est produite. Avec une grande clairvoyance, les dirigeants européens ont conclu que c’était le manque d’intégration de leurs économies qui empêchait l’Europe d’avoir une croissance aussi forte que les États-Unis et le Japon.
La solution consistait à créer un marché beaucoup plus grand: un marché unique. Cet effort a abouti à l’Acte unique européen de 1986, qui a jeté les bases d’un cercle vertueux de croissance forte et de baisse du chômage dans les années 1990.

Traduit de l’anglais par Stéphan Garnier.
Copyright : Project Syndicate, 2013.
www.project-syndicate.org

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