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Chronique

Espagne: Entre désillusions et espérances
Par Robert Lanquar

Par L'Economiste | Edition N°:3977 Le 27/02/2013 | Partager

Né en Algérie de parents séfarade et berbère, Robert Lanquar, après une expérience de journaliste, a été pendant une dizaine d’années  chargé du marketing et des recherches sur les entreprises touristiques, à l’Organisation mondiale du tourisme. Il a été aussi expert auprès de la Banque mondiale et a participé à l’élaboration de nombreux plans de développement touristique dont ceux du Sénégal et des Seychelles. Il fut coordinateur du groupe d’experts du Plan Bleu -Plan d’action pour la Méditerranée- PNUE entre 1986 et 1996, tout en assurant la programmation technique du Europartenariat Middle East 1994-1996 avec la Euro-Arab Chamber of Commerce (Paris), la Euro-Israel  Chamber of Commerce et le Département international de la Chambre de commerce internationale de Paris. Depuis 2000, il assure la coordination du Forum euroméditerranéen de FITUR – Madrid. Il est aussi professeur invité, à l’Université de Cracovie

Le discours bien mené sur l’état de la Nation de Mariano Rajoy, président du gouvernement, mercredi 20 février, n’aura pas dissipé le désenchantement espagnol. Jamais l’Espagne n’aura connu, depuis le retour de la démocratie début 1976, de crise d’une telle ampleur, aussi bien économique que sociale et souveraine; s’y ajoutent des scandales de corruption touchant toute la classe politique. Quand le pays se dégagera-t-il de ces tensions? Quand le chômage, qui atteint six millions de personnes, commencera à baisser? L’Europe lui avait demandé en juillet 2012 de réduire son déficit à 6,3% l’an dernier, à 4,5% en 2013 et à 2,8% en 2014.
Malgré les promesses du gouvernement, l’Espagne pourra-t-elle atteindre ces objectifs alors que son PIB sera réduit cette année d’environ 1,4%? Ne devrait-t-elle plutôt relancer l’économie, en particulier par la demande et la consommation intérieure? Si les exportations et le tourisme vont encore bien, seule la demande intérieure pourrait lui permettre de regagner de l’emploi.
L’argument principal du discours de Mariano Rajoy devant les députés des Cortès (Assemblée nationale) fut qu’il avait évité le naufrage du pays en situant le déficit public à moins de 7% du PIB. En 2012, 21 milliards d’euros auront été économisés, la moitié par des coupes budgétaires, l’autre par des augmentations d’impôts.
La chancelière allemande, Angela Merkel, l’a longuement félicité pour son courage et vient de lui demander d’utiliser au plus vite les 6.000 millions d’euros que l’Europe destine pour créer des emplois jeunes, lors des sept prochaines années. Ces réformes désillusionnent une grande partie de la population. Que signifient des mini-jobs qui pourraient encore creuser l’écart entre pauvres et riches? Jusqu’où ce type de réformes va se poursuivre quand les économistes européens, comme Jean-Paul Fitoussi, montrent que l’austérité ne conduit qu’à la récession; que seule une relance au niveau européen permettra de sortir d’une crise qui a déjà un impact négatif sur les voisins méditerranéens de l’Espagne.

«Contrat-poubelle»
nord-américain

En 2003, l’Allemagne avait adopté les «mini-jobs» ou «mini-emplois», appelés «GeringfügigeBeschäftigung», comme remède au chômage et axe central de la politique d’assouplissement du marché du travail. Ce sont des emplois à temps partiel, peu rémunérés, quasiment exonérés de charges sociales. Le mini-job est normalement limité à 2 mois ou 50 jours calendrier par an.
L’employeur paie un montant forfaitaire de 25% à l’Etat dont 12% pour l’assurance retraite, 11% pour l’assurance maladie et 2% d’impôts. L’employé ne paie rien. Depuis quelques années avec le quasi plein-emploi allemand, il peut même exercer un mini-job à côté d’un poste principal. L’Espagne doit-elle les adopter? Le patronat espagnol milite pour ce type de contrat. Selon les syndicats, ces mini-jobs sont déjà une réalité pour presque 20% des jeunes dans un pays où le salaire minimum est un des plus bas d’Europe et où l’emploi précaire est très répandu : presque 40% pour les jeunes de moins de 30 ans et pour une grande partie des immigrés marocains et sud-américains. 
On se rend compte aussi qu’une personne peut cumuler plusieurs emplois à temps partiel, ce qui l’empêche en général de chercher dans de bonnes conditions, un emploi à durée indéterminée et mieux payé. Pour un professeur de l’Université de Castille – La Manche, Antonio Baylos, le mini-job ressemblerait plutôt au «contrat-poubelle» nord-américain, sans couverture sociale, alors que le mini-job allemand était né dans un contexte de forte protection sociale. Le gouvernement espagnol annonce qu’il aidera le développement de contrats à mi-temps pour les jeunes de moins de trente ans.

Les prémices de la relance?

Mariano Rajoy a enfin annoncé que son gouvernement entendait mettre en œuvre une série de mesures pour relancer l’économie, en assouplissant en particulier le régime de la TVA à partir de 2014: les travailleurs autonomes et les petites entreprises n’auront à l’acquitter que lorsque leurs factures leur auront été payées. L’ICO (Institut de crédit officiel) mettra plus de 45 milliards d’euros à la disposition des PME. Le crédit fiscal sera assoupli en faveur des entreprises. Une loi facilitera l’accès à des subventions pour la réhabilitation des immeubles d’habitation.
Les experts ne sont toutefois pas convaincus. Cela ne suppose pas un tournant dans la politique économique du gouvernement. Les bonifications pour l’emploi des jeunes seraient inférieures à celles supprimées en juillet dernier. Presque pas de déductions fiscales sont proposées pour la recherche-développement-innovation. Et on ne sait ce qui sera annoncé pour deux réformes pendantes: celle des pensions de retraite et celle de l’énergie. Bien sûr, le redressement économique viendra des réformes, mais quand? Les investisseurs ont-ils véritablement retrouvé confiance en l’économie espagnole? La prime de risque a beaucoup baissé depuis l’annonce en septembre 2012 du mécanisme permettant à la Banque centrale européenne d’acheter de la dette pour un montant illimité sur le marché secondaire des pays de la zone euro. La prime pour l’Espagne est aujourd’hui supérieure à celle de l’Italie (d’environ 200 points) et à peine inférieure à celle du Portugal (environ 100 points). D’autres indicateurs de confiance, comme les notations des agences, le niveau des non-paiements ou la fuite des capitaux, qui s’étaient encore dégradés en 2012, semblent se stabiliser. L’Espagne restera toute cette année à la merci des marchés, d’autant que le secteur bancaire n’est pas bien assaini.
Faut-il être optimiste? Ainsi, la Commission européenne a décidé vendredi 22 février de donner à l’Espagne plus de temps pour procéder à ses réformes, croie que la réduction du PIB ne sera que de 0,3% au lieu de 1,4%. Autre interrogation: le gouvernement espagnol actuel semblerait utiliser la crise pour re-centraliser le pays, face au malaise souverainiste. Outre les fonctionnaires, il réduit de façon drastique le nombre des élus municipaux et provinciaux. Son amnistie fiscale est décriée et n’a pas eu les effets escomptés, sinon pour mettre au grand jour des affaires de corruption. La lumière est-elle au fond du tunnel? A quel prix? L’Espagne pourrait payer tôt ou tard la facture sociale.  Pour toute l’Europe, la relance n’est plus seulement une question politique. Il faut s’interroger plus profondément sur le modèle de croissance lui-même. C’est ce qui se passe en France, en Grèce et même en Italie. Cette nouvelle croissance, que l’on appelle parfois inclusive, se développe même dans les pays émergents, par la pénétration de l’économie fondée sur la connaissance qui permet de produire des innovations économiques, sociales et culturelles qui repoussent les frontières technologiques. Il s’agit d’une orientation générale qui passe par les technologies de l’information et de la communication, les bio- et nanotechnologies, et surtout l’amélioration de l’éduction et de la formation. Les résultats des enquêtes PISA de l’OCDE montrent que si l’Espagne est dans la moyenne mondiale, en Europe, elle est en retrait, surtout hors des grandes zones urbaines comme Madrid ou Barcelone. Grâce à la pénétration de l’économie de la connaissance dans tous les secteurs et territoires, l’on pourra le mieux mobiliser la jeunesse.

                                                                                           

Iberia-British Airways: Une fusion
au détriment de l’Espagne

A la différence d’Air France-KLM, la fusion d’Iberia-British Airways, devenant la holding IAG (International Airlines Group), est considérée comme mal ficelée au détriment des Espagnols. Les grèves des employés et pilotes d’Iberia se multiplient et se poursuivraient au moins jusqu’au milieu du printemps 2013 depuis la décision d’IAG de licencier 4.500 employés d’Iberia. Dans les clauses de sauvegarde d’avril 2010, il était prévu que, jusqu’en 2015, chacune des deux parties pouvait se retirer de la fusion et redevenir indépendante. C’est ce que demandent maintenant les syndicats espagnols, mettant en garde qu’outre les licenciements, Iberia est en train de perdre certaines de ses routes, comme déjà certains vols sur Johannesburg ou Miami  et ses licences d’exploitation et certificats d’opérateur aérien. La flambante aérogare T4 de Madrid-Barajas, qui a coûté 7 milliards d’euros, serait sous-utilisée et les passagers doivent passer par le hub d’Heathrow pour se rendre dans de nombreuses destinations desservies par British Airways. Le malaise s’est répandu jusqu’aux ministères de l’Industrie, celui du Développement, enfin celui de l’Economie avec à sa tête, Luis de Guindos, qui estiment qu’Iberia a été phagocyté par British Airways. D’autant que ces ministres se rappellent les obstacles continuels que le régulateur britannique avait imposé à l’entreprise espagnole Ferrovial, propriétaire des principaux aéroports du Royaume-Uni. Avec un baril de pétrole à plus de 110 dollars, Iberia ne pourra pas survivre sans gagner de la compétitivité et de la productivité-travail. Elle perdrait, selon certaines sources, presque un million d’euros chaque jour. Les grèves actuelles ne feront qu’empirer sa situation.

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