×L'Editorialjustice régions Dossiers Compétences & RH Société Brèves International Brèves internationales Courrier des Lecteurs Les Grandes Signatures Documents Lois à polémiques Docs de L'Economiste prix-de-la-recherche Prix de L'Economiste Perspective 7,7 Milliards by SparkNews Earth Beats Solutions & Co Impact Journalism Day cop22Spécial Cop22 Communication Financière
eleconomiste

Chronique d’Hier et d’Aujourd’hui

Crise du livre: Non-assistance à un ami en danger!
Par Mouna Hachim

Par L'Economiste | Edition N°:3976 Le 26/02/2013 | Partager

Mouna Hachim est titulaire d’un DEA en littérature comparée. Depuis 1992, elle a éprouvé sa plume dans les métiers de la communication et de  la presse écrite. Passionnée d’histoire, elle a publié en 2004  «Les Enfants de la Chaouia», un roman historique et social,  suivi en  2007 d’un travail d’érudition, le «Dictionnaire des noms de famille du Maroc»

Combien de ceux qui savent lire aiment lire? Et combien de ceux qui aiment lire peuvent acheter le livre? Voici paraphrasée une sagesse, dont j’ai oublié le nom de l’auteur, pour présenter la situation.
Quand on sait qu’environ 50% de la population marocaine est analphabète (30% disent les chiffres officiels contestés), que 49% déclarent lire de temps à autre, selon certaines statistiques; quand on sait aussi que l'éducation est le premier besoin du peuple mais après le pain (merci Danton!), on saisit que le livre ne fait pas partie, d’un côté comme de l’autre, des priorités.
Aucune action significative ne s’enregistre du côté des ministères de tutelle pour promouvoir le livre et ce qui l’accompagne, la bibliothèque; marasme du milieu de l’édition; problèmes de distribution; désintérêt des sponsors à part généralement pour les beaux livres; crise de la lecture; accablement de la création…
A près de vingt jours du Salon international de l’édition et du livre de Casablanca, quelle communication, quelle promotion, quelle valorisation, quel changement si ce n’est celui d’une date longtemps inscrite dans le calendrier des professionnels? Mais ceci dit, s’accrocher à un composant serait perdre de vue qu’il est juste un maillon de toute une chaîne rouillée.
Comment dégraisser la clef? Là est toute la question, à moins qu’il ne s’agisse d’une politique voulue d’abrutissement où le spectacle et le prêt à consommer priment sur la culture dans un climat de mercantilisme. L’année dernière, en marge du Siel, le libraire et éditeur Bichr Bennani dont le constat sur la situation préoccupante du livre au Maroc fut imparable, a déclaré: «La lecture publique est le fondement de toute politique du livre qui se respecte. Comme il y a 50.000 mosquées, je veux 50.000 bibliothèques»…
Il fut un temps où les mosquées étaient des complexes pluridisciplinaires, riches de leurs medersas, leurs institutions d’éducation publique, leurs soupes populaires, dispensaires, bibliothèques…Ces dernières, liées souvent aux mosquées, n’en étaient pas moins ouvertes sur les sciences profanes et non confinées à la stricte théologie. Car le livre a une dimension sacrée dans l’islam. Le Coran n’est-il pas décrit comme étant Al-Kitab; le premier mot de la révélation n’est-il pas l’injonction Iqraâ (Lis, Étudie)! alors que le Prophète incite à demander la science du berceau jusqu'à la tombe et à chercher la connaissance jusqu'en Chine…
Nous ne savons rien sur le monde du livre dans nos contrées avant l’avènement de l’islam si ce n’est la domination de la langue latine dans la production écrite avec des auteurs d’origine berbère comme les pères de l’Eglise, Tertullien de Carthage ou l’évêque d’Hippone, Saint Augustin; les rhéteurs Arnobe l’Ancien, Fronton de Cirta, Victorinus l’Africain; le philosophe Apulée de Madaure, auteur de plusieurs ouvrages dont «Les Métamorphoses» (ou «L’Âne d’or») considéré comme le premier grand roman de langue latine…
Au Maroc, parmi les travaux consacrés à Dar-al-Koutoub ou Al-Khizana (mot dérivé du persan «Kitab-khana») figurent l’ouvrage de Abd-el-Hay Kettani dans les années trente et celui de Mohamed El-Manouni, publié en 1945. On apprend ainsi que les bibliothèques sont classées en royales, privées et publiques, ouvertes toutes aux chercheurs. Au Xe siècle, la bibliothèque de l’Idrissi de Yahya ben Omar est réputée tandis qu’à Sebta une des premières connues appartient à la famille berbère des Beni Ajouz El-Ketami, fondée par l’aïeul et grand mouphti.
Mais c’est surtout sous le règne des Almoravides sahariens que la Bibliothèque marocaine connaît une belle impulsion, enrichie de nombreuses acquisitions, venues notamment d’Andalousie (où un souverain comme l’Omeyyade Al-Hakam II avait réuni quelque 400.000 volumes dans sa bibliothèque et où dans un seul faubourg de Cordoue, les chroniqueurs évoquaient quelque cent soixante-dix femmes consacrées à la copie des livres).
Avec les rigoristes almohades survient une réforme religieuse où sévit l’ordre moral, brimant la philosophie, brûlant des chargements entiers de livres dont le «Ihyâ 'Ulumal-dîn». Toutefois, un grand nombre de savants et d’hommes de lettres sont attirés à la cour comme les philosophes Ibn Tofail ou Ibn Rochd. Les livres prospèrent avec le sultan Abd-el-Moumen qui s’illustre avec l’acquisition d’ouvrages rares, tandis que les universités maintiennent un contact avec les connaissances de l’Antiquité, ainsi que l'enseignement des philosophes. Combien savent que la Koutoubia doit son nom aux nombreuses échoppes de libraires installées à ses pieds dont il ne subsiste que des ruines…
Réputés comme mécènes, les successeurs Mérinides favorisent l’éclosion artistique et intellectuelle. Les annales retiennent outre la bibliothèque royale d’Abi-Inane, son opulente bibliothèque itinérante; tandis qu’à Fès, l’université qaraouiyine est dotée en 1350 d’une Khizana enrichie au cours des siècles, à travers le don des livres en Tahbis.
D’autres bibliothèques publiques sont également mentionnées à Sebta, Taza, Meknès, Salé… alors que les familles lettrées rivalisaient, à l’époque, par la taille de leurs bibliothèques dont celle des familles Serraj ou Ben Ghardiss à Fès, des Ben Messaoud à Salé, les’Acchab au Draâ…
Avec la Reconquista et l’occupation ibérique des villes côtières, le pillage des livres arabes entre dans une phase active dont l’un des épisodes marquants est la capture de la bibliothèque du sultan Moulay Zidane qu’il avait essayé de protéger à la suite de la prise de Larache, avant qu’elle ne tombe entre les mains de corsaires français puis vendues au roi d’Espagne Philippe II qui les acheta pour enrichir les rayons de la bibliothèque de l’Escurial.
Entrent en scène dans ce contexte, les zaouïas en tant qu’organisations politico-religieuses et culturelles. Parmi elles, à Figuig, celle fondée par l’Imam Abd-el-Jebbar Figuigui, visitée de toutes parts du Maghreb et d’Orient et dont l’une des marques éclatantes de sa splendeur fut sa bibliothèque décrite par les grands savants de l’époque. Ces zaouïas continuent à assurer la même vocation culturelle sous le règne des Alaouites comme ce fut le cas pour la zaouïa Hamzaouiya chez les Aït Ayyach dans le Haut-Atlas ou celle de Tamegrout dans le Draâ fondée au XVIe siècle par les Naciryine, encore célèbre pour sa bibliothèque qui renfermait plus de quatre mille volumes dont des manuscrits rares d’auteurs antiques persans, grecs ou arabes. Avec l’ère coloniale, la bibliothèque dans sa globalité est placée au centre des convoitises, représentée par la main basse sur des manuscrits et ouvrages précieux, enrichissant les bibliothèques occidentales...
Aujourd’hui, signes des temps, les seules médiathèques dignes de ce nom sont placées dans les instituts étrangers, principalement français, obéissant à leur politique culturelle, pendant que se meurent les bibliothèques publiques.
Aujourd’hui, ceux qui ont à cœur de placer le livre et la culture de manière générale dans les projets prioritaires de développement ne peuvent que tirer la sonnette d’alarme devant cette situation scandaleuse, demandant à sauver ce qui reste à sauver de nos acquis, et parer d’urgence au problème de l’inculture qui menace gravement notre société.

  • SUIVEZ-NOUS:

  1. CONTACT

    +212 522 95 36 00
    [email protected]
    [email protected]
    [email protected]
    [email protected]iste.com
    [email protected]

    70, Bd Al Massira Khadra
    Casablanca, Maroc

  • Assabah
  • Atlantic Radio
  • Eco-Medias
  • Ecoprint
  • Esjc