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Le Complexe textile de Fès à la merci des pilleurs

Par L'Economiste | Edition N°:3971 Le 19/02/2013 | Partager
L’usine est devenue un hypermarché de ferrailles à ciel ouvert
Les vols se perpétuent sous le regard indifférent des autorités

Les vols sont commis en toute impunité dans l’ancien fleuron textile de Fès. Les (jeunes) pilleurs n’hésitent pas à escalader des toitures vermoulues pour découper, arracher, des tuyaux, des fenêtres, des câbles... Le convoyage de la «marchandise» se fait par les seniors postés aux différentes sorties

Scandaleux. Le Complexe textile de Fès (Cotef) qui cherche preneur depuis des années est aujourd’hui envahi par les vagabonds et les pilleurs, au vu et au su de tout le monde. L’usine, supposée être fermée depuis 2006, constitue désormais un point noir du quartier industriel de Sidi Brahim à Fès, en dépit de l’appel de Mohamed Dardouri, wali de la région, aux investisseurs potentiels.
Dans cet établissement qui tombe littéralement en ruine, les installations dont la valeur marchande dépassait les 100 millions de DH ont été saccagées, volées et brûlées. Ces vols sont perpétrés en plein jour et l’audace des voleurs va même jusqu'à brûler sur place les tuyaux en cuivre pour en extraire le métal précieux. De même, le transport du butin est assuré par des triporteurs, dont les conducteurs ne craignent pas d’éventuelles rondes policières.
Hier, lundi 18 février, vers 10 heures du matin, L’Economiste a assisté à un spectacle des plus désolants. Des cargaisons, de plusieurs quintaux de fer, quittaient l’usine à bord de véhicules et autres charrettes. Un défilé de triporteurs stationnaient «paisiblement» devant l’entrée de l’usine. A l’intérieur, le «chantier» de pillage bat son plein. Des jeunes escaladant les toits arrachaient les fils électriques, les tuyaux, les fenêtres… D’autres coupaient le fer au moment où les plus âgés, probablement les commanditaires de l’opération, surveillaient les accès de l’usine.
Le Cotef, qui autrefois employait des centaines d’ouvriers, accueille désormais des «malfaiteurs organisés et bien préparés aux vols». Comptés par dizaines, ces individus «s’offrent gratuitement» du matériel à revendre. Hier, notre appareil photo finira par attirer l’attention de deux policiers qui arrêteront l’un des pilleurs, conduisant un triporteur alors qu’il s’apprêtait à quitter le quartier industriel avec près d’une demi-tonne de ferraille. «Je ne connais pas les gens qui m’ont chargé de transporter ce chargement», a-t-il déclaré devant la police. Si cette scène résume la désolation du Cotef, ce qui interpelle le plus, c'est le silence des autorités, alors que les recéleurs qui en profitent (pièces détachées à bon prix) seraient bien connus. L’on se souvient de l’affaire des voleurs des rails du train. Ses initiateurs, tout comme l’acquéreur du matériel, avaient été arrêtés en moins de 24 heures.
Quel sort pour cet ancien fleuron de l’industrie marocaine? Si les vols répétés de ferraille n’interpellent pas les autorités, le foncier garde tout de même de beaux arguments. Il faut noter que le complexe compte des bâtiments couverts d’une superficie de 50.000 m² et pourrait servir de base à un méga palais d’exposition. Pour rappel, un dossier a été réalisé par un cadre attaché au cabinet de l’ancien wali Mohamed Rharrabi, et adressé au ministre du Commerce (Ahmed Réda Chami) pour réaliser un Groupement d'intérêt économique qui sera le maître d'ouvrage du parc d'exposition. Mais, cela est resté lettre morte.
Le Cotef est depuis 2006 dans une situation d’abandon total. Après l’échec de l’opération de privatisation et de recours à la procédure de liquidation judicaire, l’unité est restée sans gardiennage à la merci de toutes sortes de pillages et d'incendie (cf. www.leconomiste.com). Après avoir renoncé à relancer l’activité au regard des multiples difficultés rencontrées, l’Etat marocain, actionnaire à hauteur de 99,7%, avait  injecté 85 millions de DH. Ceci, pour financer le premier et le deuxième plan social ayant touché l’ensemble du personnel (823 emplois). L’Etat a également hissé de 63 à 98 millions de DH le capital de cette filature qui fut longtemps un des fleurons industriels de la région avant de se retrouver en situation de difficulté à partir des années 1990.

Repères

 

1967: Cotef est créé par l'Etat marocain dans le cadre de la politique d'encouragement des investissements dans le secteur industriel et de la mise en place d'une production nationale de substitution aux importations. Dans son capital social de 131 millions de DH, on retrouve:
- 98,5% : Etat marocain
- 0,75% : Mohamed Hassan Bensalah (industriel)
- 0,75% : Larbi Sekkat (industriel)
1973: C’est le démarrage de la production. Pour rappel, l’usine s’étend sur un terrain de 152.000 m², dont deux parcelles distinctes, titrées, non exploitées d'une superficie totale de 33.000 m².
1990: Cotef entre dans la liste des sociétés privatisables. Entre 2000 et 2005, plusieurs études ont été réalisées pour la restructuration du Complexe. Mais aucune décision n’avait été prise afin de le préparer à la mondialisation et éventuellement attirer un acquéreur.
1998: Report de l'adoption et de la mise en oeuvre du programme d'investissement triennal 1998-2000. D'une importance capitale pour l'entreprise, ce plan devait, entre autres, servir à la réhabiliter et à moderniser son outil de production devenu obsolète.
2005: En mauvaise posture pour cause de concurrence féroce dans le secteur, le Cotef reçoit, en 2005, une subvention étatique de 50 millions de DH afin de restructurer ses ressources humaines et indemniser 502 personnes.
2006: En juillet de cette année, et après plusieurs mois de tourments, l’espoir de relancer l’activité du complexe se profilait. Mais rapidement, l’idée a été abandonnée.
2010: Cotef est ravagé par le feu, pendant le mois de juillet. Une enquête judiciaire sera ouverte mais n’aboutira jamais…
2012: Opération séduction menée par le wali de Fès pour attirer d’éventuels repreneurs, sans succès.
2013: En février, l’usine tombe entre les mains des pilleurs qui mènent une vaste opération organisée…

Actif du Cotef

L’actif de la société comprend outre les machines, détruites et volées, un terrain de 11 ha et deux terrains hors exploitation de 3,5 ha. Devant cette situation et compte tenu de la problématique de la rareté du foncier public, une étude de la proposition d’acquisition par le conseil préfectoral de Fès en partenariat avec d’autres institutions publiques et privées de l’ensemble de l’actif restant de l’unité Cotef, avait été soumise au ministre de l’Industrie en 2010. «Ainsi, une réflexion avait lancée quant à la destination future de cette usine pour y réaliser un complexe devant abriter la technopole de Fès, la foire internationale de l’artisanat et un Technoparc ayant pour vocation d’accompagner le développement du secteur des TIC par la promotion de la culture de l’innovation et de la  compétitivité fondée sur le savoir», explique une source bien informée. Et d’ajouter: «Le montage final de la gestion de ce patrimoine allait être réalisé dans le cadre d’un partenariat public-privé ayant la forme d’un Groupement d’intérêt économique (GIE) composé de banques créancières des collectivités locales de l’université et de la CDG». Notons enfin que la loi sur la privatisation prévoit la possibilité de l’attribution directe décidée par décret sur proposition du ministre chargé de la mise en œuvre des transferts et après avis conforme de la Commission des transferts. Ce mode de cession est utilisé après un appel d’offres infructueux (c’est le cas de Cotef), pour l’exercice du droit de préemption entre actionnaires, et pour des considérations de développement régional ou de maintien de l’emploi.

 

Youness SAAD ALAMI

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