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Chronique

Le populisme actuel n’est qu’une simple relique du passé!

Par L'Economiste | Edition N°:3967 Le 13/02/2013 | Partager

Quelques renouvellements de personnels dirigeants  intervenus récemment au Maroc, notamment à l’occasion de congrès d’organisations politiques fort représentatives du prestigieux mouvement national, ont attiré l’attention. Certains observateurs habituellement avertis ont qualifié, à tort ou à raison, de tels événements comme une sorte d’apparition du populisme sur la scène politique marocaine. La question n’est pas sans importance, notamment depuis que les dispositions de la nouvelle constitution permettent  aux chefs de telles structures de diriger des majorités de gouvernement, comme c’est déjà le cas.
La première manifestation historique dudit populisme remonte à une organisation de l’intelligentsia russe de la fin du XIXe siècle voulant éduquer et émanciper la paysannerie, refusant le capitalisme industriel comme le parlementarisme libéral.
Une incursion même succincte dans la galerie historique de ce que le  phénomène dit populiste aux multiples variantes et degrés a pu signifier, à travers certains exemples relativement représentatifs et enregistrés par l’histoire récente, semble conforter partiellement  une telle assertion, puisque le mythe du chef  populaire n’a jamais quitté pour ainsi dire les enceintes politiques et syndicales nationales depuis l’indépendance du pays.
L’arrivée de certaines nouvelles générations d’idées et de figures de leadership aux commandes de la vie nationale, n’ayant peut-être pas encore parachevé leur éducation dans les arcanes du pouvoir ne constitue qu’une nouvelle variante s’inspirant de l’exemple de leurs prédécesseurs, mais certainement sans en être la copie conforme que d’aucuns  auraient souhaitée.  
Comme il convient de le souligner, il est peu de concepts qui fassent autant objet de débats que celui de populisme. Tant il est impossible de lui trouver une définition capable de couvrir ce que peuvent avoir de commun ses manifestations si diverses dans le temps et l’espace, lequel parmi les traits saillants insiste sur le clientélisme charismatique, en plus de l’appel au peuple dont  il exalte les qualités à toute occasion, sans omettre son constant anti-élitisme.
Il en est de même du mot peuple, dont il tire son origine, qui n’est pas seulement un ensemble d’hommes et de femmes vivant en société, mais visant plutôt le plus grand nombre opposé aux classes supérieures et dirigeantes ou aux éléments les plus cultivés, mais qui n’a aucun lien avec la notion marxiste de lutte de classes  qui est foncièrement étrangère au populisme. C’est dire que le phénomène est plutôt courant et que la plupart des cénacles politiques en ont connu leurs doses respectives. 
A cet égard, la vague terroriste qui secoue le monde depuis le début de ce siècle notamment, avec la montée d’un islamisme de combat alimentant une islamophobie de plus en plus large, a renforcé cet état d’esprit caractérisant un des aspects du fameux choc de civilisations que les tenants du populisme national n’ont pas manqué  d’attiser à leur manière et selon leurs intérêts électoraux.
Ce n’est pas sans surprise lorsque l’on réfléchit avec le recul, à une compréhension et une solidarité réelles ayant uni des populistes de mouvances et de régions différentes. Qui ne se souvient par exemple d’un Le Pen ou de  l’Autrichien Haider, soutenant la cause d’un Saddam Hussein ou celle d’autres responsables du monde arabe et dont ils étaient les invités  de marque, en dépit de leurs propos et gestes désobligeants contre les communautés immigrées non européennes en France et en Autriche?
Certes, les grandes figures du populisme historique et réel ont fait leur temps ou presque, le lent apprentissage et le renforcement des expériences démocratiques en cours de par le monde tendent à constituer des sortes de pare-feu, même fragiles.
Cette recherche de proximité avec le peuple a été jusqu’ici un des labels du populisme peut-on dire de droite et de gauche. Les petits et grands profils de chefs dits populistes qui se sont succédé pour illustrer ce genre de gouvernants ont été légion et non l’exception, notamment au cours du  siècle dernier. Quand la visibilité d’un leader connu d’un groupe, d’un chef admiré d’un grand nombre de personnes d’une communauté semble automatiquement légitimer son pouvoir, jusqu’à en faire souvent  une sorte de sauveur providentiel, on est au cœur de ce qu’il est convenu d’appeler populisme, comme cela semble avoir affecté le phénomène religieux, depuis le phénomène Khomeiny en particulier.
Ils ont été  relativement charismatiques comme dans le cas du Vénézuélien Chavez, de l’Egyptien Nasser ou de l’Argentin Perón offrant quelques exemples types de figures populistes incontestablement populaires, en communion avec les différentes catégories sociales de leurs peuples et populations, et transformant  toute mesure  en un véritable plébiscite pour le chef. En France, une autre forme et un autre exemple, le général De Gaulle avait fortement usé de sa stature de libérateur, sans que pour autant remettre fondamentalement en question les institutions démocratiques de la République.
A cet égard, il convient de rappeler que la frontière entre la forme personnelle accentuée du pouvoir supposée nécessaire en vue de défendre les intérêts du peuple et la version dictatoriale qui peut le guetter, était le plus souvent invisible et ténue, tant le rejet du scrutin démocratique et la négation de toute opposition paraissent constituer deux des principales caractéristiques du populisme en général. Si le culte de la personnalité du chef est une règle explicite de cette option politique une fois au pouvoir, à droite comme à gauche, peut-on dire, tout le monde en a usé à des degrés divers, et certains responsables marocains ne furent pas en reste. Par le passé, on a pu voir ainsi éclore une sorte d’école populiste de leadership exercé systématiquement par divers chefs, souvent militaires. Ils furent nombreux  dans les régions du Sud de la planète, notamment en Amérique du Sud, mais aussi en Afrique et au Moyen-Orient. Ils sont devenus pratiquement le cas général et non l’exception.
Dans les anciens pays de l’Europe orientale sous contrôle soviétique, on a pu enregistrer l’apparition d’un populisme politique sur fond de contestation syndicale, comme en Pologne avec le mouvement dirigé par Walesa, une figure proche de l’église et du Vatican, qui sera porté à la présidence après la chute du mur de Berlin. Ancien par ses pratiques, mais nouveau par sa résurgence, le populisme s’apparente aux deux faces d’un même phénomène. Une expression d’un espoir d’un monde où les désirs légitimes du plus grand nombre seraient quasi immédiatement satisfaits, un monde chaleureux où la justice serait la règle, sans médiations entre ceux d’en bas et ceux d’en haut. Une sorte de besoin d’une  démocratie directe où les problèmes se résoudraient par un coup de baguette magique. Le retour à un âge d’or perdu et qui n’a d’ailleurs jamais existé. Mais le populisme présente également une autre facette, plutôt inquiétante en simplifiant à outrance la complexité et en faisant fi des contradictions de groupe, d’opinions ou d’intérêts  inhérents à toute société humaine. Certaines évolutions populistes ont même sombré dans une rhétorique démagogique jusqu’à déboucher sur des politiques autoritaires. Diverses dictatures ont eu recours à cette manière de gouverner. Incontestablement, l’arrivée de la télévision, en créant un champ médiatico-politique, en donnant l’impression d’éliminer la distance entre le candidat dirigeant et le peuple spectateur, a changé la donne en favorisant une certaine proximité virtuelle, et semble créer des opportunités  de gagner une popularité rapide à de nouvelles ambitions.
Certains dirigeants politiques ou syndicalistes ont régné sur leurs organisations des fois durant des décennies entières sans que personne n’y trouve à redire, les congrès devenant le plus souvent de simples formalités au gré des humeurs du moment et des intérêts en jeu, reconduisant les mêmes équipes liées au chef. Ces vestiges du  populisme traditionnel, datant du siècle dernier, semblent de plus en plus battus en brèche à la fois par les échecs enregistrés par ce type de gouvernance autoritaire, par  le désaveu des bases et surtout par l’avancée des idées démocratiques.
A force d’être sur-employés, certains mots se vident même de leur sens et finissent par ne plus être porteurs de la moindre signification. Cela semble être le sort du mot populisme, quelle que soit la langue utilisée pour le désigner. Naguère, le populisme a fréquemment relevé  de l’invective facile à l’endroit de tout responsable recherchant l’onction populaire par voie rapide. La scène politique marocaine  n’a rien à envier aux autres sur ce terrain aussi. Les partis démocratiques doivent prêter une oreille plus réceptive aux questions très concrètes que se posent les petites gens quotidiennement et qui ont trait à l’emploi des jeunes, à la faiblesse des revenus, à la pauvreté, à la mondialisation des échanges, ou à l’insécurité dans les villes. Il serait également souhaitable qu’ils rendent de la consistance à leurs programmes lesquels sont devenus quasi  interchangeables depuis quelque temps déjà. En somme, une vision articulée du monde qui bannit le  pessimisme et l’extrémisme qui font le terreau des variantes populistes.

La petite histoire

LA vieille Europe, par rapport à l’Amérique, en avait périodiquement entendu de ces propos musclés et parfois extrêmes  contre des régimes incapables  prenant exemple et s’inspirant pour plusieurs d’entre eux de  la figure du Führer. Depuis la France jusqu’à la Roumanie, en passant par la Belgique ou le Danemark, voire la Suisse, les livres récents d’histoire après la presse n’ont eu de cesse de signaler leurs mouvements  aux quatre coins de l’Europe. La xénophobie est aujourd’hui une autre constante de ces porte-parole autoproclamés de la nouvelle version européenne de populisme qui le différencie de la variante des pays du sud, accompagnée d’une europhobie fort prononcée.

Le populisme d’Amérique du Sud

Si le populisme est d’abord apparu en Europe et a connu en Amérique du Nord une expression spécifique, c’est en Amérique du Sud qu’il va trouver son environnement le plus propice pour donner lieu à des régimes institutionnalisés relativement mieux implantés bien qu’idéologiquement flous, au Brésil puis en Argentine, au cours des années 1930 jusqu’ aux années 1950.

Getúlio Dorneles Vargas

Au XIXe siècle et jusqu’au XXe siècle, l’Amérique latine a connu à intervalles réguliers des soulèvements de populations paysannes indigènes, menées par des chefs souvent charismatiques du type de Zapata au Mexique. Grâce à une popularité grandissante, notamment auprès des masses laborieuses urbaines, acquise au ministère du Travail, Getúlio Dorneles Vargas deviendra un président autoritaire d’un Brésil nationaliste, anti-libéral et corporatiste. Père des pauvres, guide de la jeunesse... et autres appellations grandiloquentes, il  a incarné le populiste type parvenu au pouvoir en manipulant le syndicalisme, entre 1934  et 1954.

Domingo Peron
Ancien colonel dans l’armée de l’Argentine, ancien admirateur de Mussolini, ministre, puis plébiscité deux fois président par les appareils syndicaux après la 2e guerre, puis dans les années 1970, après un exil en Espagne. Domingo Peron a prôné l’indépendance économique, la justice sociale, la toute puissance de l’Etat incarné par lui ainsi qu’une collaboration de classes. Son mouvement, le justicialisme, fut connu comme une sorte de troisième voie, entre le capitalisme et le socialisme qui a inspiré de nombreux pays sortant de la colonisation comme en Afrique, et au Maroc du début de l’indépendance. Avec sa femme, Evita, une ancienne actrice, ils formeront une sorte de couple mythique dirigeant l’Argentine.

                                                                          

Une réaction de l’ambassadeur de Pologne

«Dans votre «quotidien du 13 février 2013 vous avez publié un article du Professeur Germouni «Le populisme actuel n’est qu’une simple relique du passé!» Cette analyse critique des phénomènes de mouvements totalitaires, xénophobes et populistes est illustrée d’une photo historique du mois d’août 1980 qui représente la grève dans le chantier naval de Gdansk. Un événement perçu dans le monde entier justement comme un défi au système totalitaire du communisme soviétique – au nom de la liberté et de la démocratie! Je pense que le prix Nobel de la paix attribué à Lech Walesa en 1983 est une preuve convaincante de la façon dont le mouvement syndical «Solidarnosc» et son leader historique sont compris par la communauté internationale. D’autre part, il me semble risqué de mélanger dans un article sérieux des personnages aussi différents que Hitler et le général de Gaulle. Je m’étonne également de l’absence totale dans cette analyse controverse des dirigeants communistes comme Staline, Lénine ou Mao Zedong. Je vous serais reconnaissant pour la publication de mes remarques dans votre quotidien de renommée incontestable, et je vous prie d’agréer, Monsieur, l’expression de mes salutations les meilleures».

Witold Spirydowicz, ambassadeur

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