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Tribune

Après le G7, le G8 et le G20, l’ère du G0
Par Joseph E. Stiglitz

Par L'Economiste | Edition N°:3965 Le 11/02/2013 | Partager

Prix Nobel d’économie en 2001, Joseph E. Stiglitz enseigne cette discipline à l’université de Columbia après avoir dirigé le board des conseillers économiques du président Clinton et servi en qualité de directeur économique et de vice-président de la Banque mondiale. Il en a démissionné en 2000 et depuis il se montre très critique à l’endroit de l’institution.
Son ouvrage le plus vendu (La grande désillusion) a été traduit dans plus de 30 langues. Son dernier livre s’intitule The Price of Inequality: How Today’s Divided Society Endangers our Future 

Le Forum économique mondial qui se tient chaque année à Davos a perdu un peu de son panache. Avant la dégringolade de 2008, les capitaines de la finance et de l’industrie pouvaient clamer les vertus de la mondialisation, de la technologie et de la libéralisation des services financiers supposées ouvrir une ère de croissance sans fin. Ce serait au bénéfice de tous, à condition de faire «le bon choix». Nous n’en sommes plus là, mais Davos reste un bon endroit pour capter l’air du temps.
Il va sans dire que les pays émergents et les pays en développement ne considèrent plus les pays avancés de la même manière. La réflexion d’un dirigeant d’une compagnie minière d’un pays en développement traduit bien ce changement. En réponse  à un expert en développement qui déplorait que traités commerciaux inéquitables et promesses non tenues en matière d’aide aient sapé l’autorité morale des pays développés, il a rétorqué : «L’Occident n’a jamais eu une quelconque autorité morale». Pour les responsables, le colonialisme, l’esclavage, le fractionnement de l’Afrique en petits pays et un long passé d’exploitation des ressources ne relèvent peut-être que d’un passé lointain, mais il n’en est pas de même pour les victimes.
Le discours de Christine Lagarde, la dirigeante du FMI, a été un moment clé de la rencontre. Elle a souligné les changements profonds au sein de son institution, au moins au sommet de la pyramide: une véritable préoccupation pour le droit des femmes, l’accent mis à nouveau sur le lien entre inégalité et instabilité et la reconnaissance du rôle capital de la négociation collective et d’un salaire minimum dans la réduction des inégalités. Si seulement les programmes du FMI en Grèce et ailleurs reflétaient réellement ce discours!
L’Associated Press a organisé une session révélatrice sur la technologie et l’emploi: un pays, notamment dans le monde développé, peut-il créer des emplois (notamment des emplois bien payés) quand la technologie moderne remplace les travailleurs par des robots et des machines pour toutes les tâches qui peuvent être automatisées ?
Dans l’ensemble depuis le début de ce siècle, en Europe et aux USA le secteur privé est incapable de créer en nombre des emplois correctement rémunérés. Même en Chine et dans d’autres pays dont le secteur manufacturier est en croissance, c’est essentiellement l’augmentation de la productivité - souvent liée au remplacement des travailleurs par des processus automatisés - qui est à l’origine de l’augmentation de la production. Les premières victimes en sont les jeunes qui voient leurs perspectives d’avenir compromises par de longues périodes de chômage.
La majorité des participants du Forum de Davos ont surtout célébré la survie de l’euro. Le sentiment dominant était l’autosatisfaction, voire l’optimisme. La stratégie de Draghi, le «Draghi put» - la promesse que la BCE, avec tous les fonds dont elle dispose, pourrait et ferait tout ce qui est nécessaire pour sauver l’euro et secourir tous les pays en crise - a semblé efficace, au moins durant un temps. Le calme temporaire que cela a engendré est venu au renfort des propos de ceux qui disaient qu’il fallait en priorité rétablir la confiance. L’idée était que la promesse de Draghi rétablirait la confiance sans débourser un sous, car elle n’aurait jamais à être mise à exécution.
Des voix se sont élevées pour rappeler que les contradictions fondamentales n’étaient pas résolues et que la survie à long terme de l’euro impliquait l’existence d’une union budgétaire et bancaire, ce qui suppose une union politique que la plupart des Européens sont prêts à accepter. Mais beaucoup de ce qui a été dit à Davos, tant lors des réunions qu’en aparté, traduisait un profond manque de solidarité. Un haut responsable d’un pays scandinave n’a pas cillé quand son voisin de table a rappelé que nombre d’Espagnols font maintenant les poubelles pour se nourrir. «Ils auraient dû réformer plus tôt», rétorqua-t-il, tout en ingurgitant son steak.
Les prévisions de croissance du FMI publiées lors du Forum de Davos mettent en évidence le découplage croissant du monde: cette année, la croissance du PIB dans les pays industriels avancés devrait être de 1,4%, contre au moins 5,5% dans les pays en développement.
Les dirigeants occidentaux ont insisté sur la croissance et l’emploi sans proposer des mesures efficaces pour y parvenir. Les Européens ont martelé la nécessité de l’austérité en se félicitant des progrès accomplis et ont réaffirmé leur volonté de poursuivre la route qui a plongé toute l’Europe dans la récession (une récession à triple creux pour le Royaume-Uni).
La note la plus optimiste est venue des pays émergents: ceux qui réussissent le mieux sont parvenus à gérer la mondialisation pour maintenir leur croissance malgré les échecs de l’Occident - bien que la mondialisation expose au risque d’une nouvelle interdépendance et que les erreurs économiques des USA et de l’Europe auraient pu faire sombrer l’économie des pays en développement.
Les USA étant paralysés politiquement par l’agitation puérile des républicains et l’attention de l’Europe étant absorbée par la survie de l’euro en raison de son défaut de conception, le manque de leadership mondial a été souvent souligné à Davos. Au cours des 25 dernières années, nous sommes passés d’un monde dominé par deux superpuissances à un monde où il n’en existait plus qu’une, et maintenant à un monde multipolaire dépourvu de leadership. Nous pouvons discuter du G7, du G8 et du G20, mais il faudrait évoquer le G0! Nous devons apprendre comment vivre et prospérer dans l’ère nouvelle qui s’ouvre.

Prise de conscience

 

Il y a au moins un sujet qui a rassemblé les dirigeants réunis à Davos, c'est celui des inégalités économiques. Le changement de thème par rapport à il y a seulement un an est spectaculaire: l'idée que ce qui est bon pour les riches finit par profiter aux pauvres n'a même pas été mentionnée, et celle selon laquelle il y a une forte corrélation entre la contribution d'un individu à la société et les revenus qu'il en tire n'a eu que quelques rares défenseurs.
La prise de conscience que l'Amérique n'est pas la terre de l'égalité des chances qu'elle a longtemps prétendu être est aussi troublante pour les étrangers que pour les Américains eux-mêmes, tandis que l'inégalité des chances au niveau mondial est encore plus grande: en Afrique, la société ou les parents investissent quelques centaines de dollars pour développer le capital humain d'un enfant, alors que cette somme se chiffre à plus d'un demi-million de dollars aux USA. 

Traduit de l’anglais par Patrice Horovitz
Copyright: Project Syndicate, 2013.

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