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Analyse

Forum de Paris – Casablanca Round
Maghreb: Une démographie à double tranchant

Par L'Economiste | Edition N°:3964 Le 08/02/2013 | Partager
Le chômage et l’insécurité menacent la paix sociale
Des mesures sont à prendre

Alors que l’instabilité politique arrive à son paroxysme en Egypte et en Tunisie, la situation économique est dramatique. Le recul  de l’autorité de l’Etat dans ces pays pousse les investisseurs étrangers à plus de méfiance et les IDE, tout comme les recette touristiques, sont en constante baisse depuis le début des bouleversements politiques. L’ampleur de ce choc économique sur le budget et la balance des paiements des pays concernés a induit un ralentissement de la croissance, une accélération de l’inflation ainsi qu’une remontée du chômage. Invitée au Forum de Paris - Casablanca Round, Claire Spencer, spécialiste de la région Mena, estime que la donne démographique de la région (75% de la population a entre 18 et 30 ans) est un «atout énorme», qui peut constituer une base pour son décollage économique.  «Il s’agit certes d’une opportunité que les pays européens, vieillissants, recherchent, mais il s’agit aussi d’une arme à double tranchant».
En effet,  l’essentiel des difficultés structurelles auxquelles les économies de la zone étaient confrontées avant les évènements perdurent: chômage de masse chez les jeunes, fortes inégalités interpersonnelles et interrégionales, tensions inflationnistes. En Tunisie, chaque année 80.000 diplômés arrivent sur le marché du travail, alors que l’économie dans sa structure actuelle ne peut pas offrir plus de 40.000 nouveaux emplois par an. En 2011, le ralentissement de la croissance (0 à 1% , contre 5,4% initialement prévus) dû à la période post révolutionnaire, cumulé aux conséquences de la crise libyenne, au rythme élevé de sortants de l’enseignement supérieur, à l’augmentation démographique de la population active et aux difficultés  du secteur privé, est potentiellement de nature à porter le nombre de demandeurs d’emploi de 500.000 à 750.000 personnes. Une réalité qui, à quelques chiffres près, peut être retranscrite sur le reste de la région.
L’accompagnement des processus de transition par les bailleurs de fonds est donc crucial. Parallèlement à des appuis financiers de court terme, la communauté des bailleurs pourrait proposer aux gouvernements de transition de partager le fruit des expériences internationales sur les mesures sociales d’urgence ainsi que des dispositifs de solidarité plus pérennes. En effet, les gouvernements de transition en Tunisie et en Egypte devront rapidement donner des gages à une population dont les attentes sont fortes.
Pour les analystes, des mesures sociales sont à prendre. «Pour pouvoir capitaliser sur cette donne, les gouvernements se doivent de répondre aux revendications sociales de cette frange de la population, laquelle peut soutenir, à court et moyen terme, une croissance exceptionnelle», affirme Spencer. La période révolutionnaire passée, les nouveaux gouvernements élus sont confrontés aux mêmes difficultés économiques et sociales que leurs prédécesseurs, à savoir des inégalités «horizontales» et «verticales», une forte vulnérabilité à l’évolution du prix des denrées alimentaires, la faiblesse de la croissance des emplois, la trop faible compétitivité des économies de la zone ou le défi de la «montée en gamme» nécessaire à l’emploi des jeunes diplômés.

Ajustements économiques

 

Au-delà du coût macroéconomique des crises de transition (chute des entrées de devises, chute des recettes fiscales, etc.), certaines mesures sociales d’urgence (subventions, allocations mensuelles)  risquent de peser durablement sur les finances publiques. Cela pourrait freiner la capacité de ces pays à lever des ressources sur les marchés internationaux,  reporter  les ajustements économiques nécessaires et accentuer les déséquilibres macro-économiques.

Abdessamad NAIMI

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