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Chronique

L’entrepreneurship s’apprend-il vraiment à l’université?

Par L'Economiste | Edition N°:3962 Le 06/02/2013 | Partager

Après une carrière de vingt ans en tant qu’opérateur privé de l’éducation scolaire et universitaire, et président fondateur d’associations dans l’enseignement et le conseil en formation, Abderrahmane Lahlou a fondé ABWAB Consultants, spécialisé dans l’éducation et la formation.
Il est expert auprès du Groupe Banque mondiale pour le programme e4e au Maroc, et expert agréé auprès de la BID. Il réalise également des études pour le compte de ministères et d’organismes privés nationaux et internationaux dans les trois domaines de la formation universitaire, professionnelle et scolaire. Il est conférencier international en management, économie et éducation, et professeur visiteur dans des universités françaises 

A cette question sur l’entrepreneuriat, sujet de l’heure en ces temps de crise conjuguée de l’industrie et de l’emploi, on est tenté de répondre non!
En effet, si l’entrepreneurship s’enseigne à l’université, on ne peut pas trancher que c’est à l’université qu’il s’apprend. En d’autres termes, un jeune étudiant accédant à l’université a moins de chances d’acquérir les compétences d’entrepreneurship dans un cours ou des activités para-universitaires, dédiés à cette cause, s’il n’a pas bénéficié auparavant de l’apprentissage préparatoire adéquat entre 6 et 16 ans, et encore moins s’il n’a pas été exposé aux stimuli nécessaires en âge où ses aptitudes naturelles étaient en éclosion.
Si l’on dit que l’éducation est un processus de capitalisation, c’est bien parce que chaque niveau scolaire doit sa pertinence en grande partie à la qualité d’apprentissage des niveaux précédents. L’éducation d’un enfant, plus précisément sa formation aux compétences de son âge, ne peut réussir sans considération des compétences recherchées aux stades ultérieurs. Il faut qu’à tout moment du processus d’éducation et de formation, l’on se soucie du profil de compétences du lauréat en bout de chaîne.

 

Mission de l’école

La société moderne exige des compétences entrepreneuriales chez les adultes, parce que c’est le moyen d’améliorer la productivité, de booster l’innovation, de développer l’auto-emploi, générateur de richesses à l’échelle du pays, mais c’est bien l’école qui doit y préparer, non pas l’enseignement supérieur ou professionnel à eux seuls. Cette mission doit commencer très tôt, car devenir entrepreneur commence très tôt.
Ainsi, si les écoles supérieures ont la charge d’enseigner l’entrepreneuriat, à savoir les techniques et l’environnement de création d’entreprises, le rôle de l’école élémentaire et secondaire est d’apprendre l’entrepreneurship, c’est-à-dire les habiletés et attitudes personnelles nécessaires à l’acte d’entreprendre. L’esprit d’entrepreneurship relève à part égale de l’acquis et de l’inné, et à l’école primaire, il se produit un double phénomène: i) l’apprentissage des compétences de base à travers des curricula adaptés, quand ils sont mis en œuvre, et cela correspond à l’acquis, et ii) l’éclosion des aptitudes naturelles propices à l’acquisition de ces compétences chez l’enfant, si toutefois il en est doté.
Ainsi, la mission de l’école se déploie sur deux plans, celui des apprentissages cognitifs, qui s’obtiennent à travers l’instruction et débouchent sur le développement de savoirs, et celui de la formation humaine ou de l’éducation, domaine des valeurs et des comportements, et qui conduit à l’acquisition d’habiletés ou de skills. C’est sur ce dernier registre que l’école peut préparer à l’entrepreneurship, et c’est sur le terrain des compétences que la bataille doit être menée.

 

Graine d’entrepreneur

Pour introduire la préparation à l’entrepreneurship au stade scolaire, l’accent doit être mis sur des compétences fondamentales, et particulièrement:
1- La créativité, qui se développe par des activités stimulantes et autonomes pour mettre l’élève en mode d’apprentissage actif, non passif.
2- La confiance en soi, qui se développe en valorisant l’élève et en lui offrant régulièrement des occasions de s’exprimer en public et de présenter ses travaux à une population diversifiée.
3- L’esprit d’équipe, qui naît à travers l’exercice d’une pédagogie de projet dans laquelle les résultats de l’individu sont tributaires de l’effort des coéquipiers
4- La solidarité, qui se développe notamment par le tutorat entre élèves et la valorisation de l’amitié constructive, ainsi que par les travaux associatifs ou de service communautaire
5- La ténacité, qui se développe à travers les exercices d’endurance physique et intellectuelle, et particulièrement si elles profitent d’un accompagnement psychologique de type coaching
6- Le sens de responsabilité, qu’on développe par des activités de représentation comme le Parlement d’élèves à l’école
7- Le goût du risque, qu’on développe par des exercices d’éducation physique qui privilégient le défi, ou des activités de risque décisionnel, comme la participation à un club d’investissement en bourse
Pour réussir l’acquisition de ces compétences par les élèves, l’approche doit être globale ou holistique et la méthode doit être centrée sur l’apprenant et interactive.
Mais au-delà de l’approche et de la méthode, la clé de la réussite est et restera la formation et la sensibilité de l’enseignant. Ce professionnel d’un genre très particulier, qui enseigne davantage ce qu’il est que ce qu’il sait.
Pour la plupart de ces compétences, il est déjà trop tard de les acquérir à vingt ans, âge où l’apprentissage cognitif a largement pris le dessus sur les attitudes et les réflexes. Certes, c’est dans les bonnes écoles que les activités qui supportent de tels apprentissages sont pratiquées. Pour les réussir, pas question de s’appuyer sur des composantes éducatives disparates. Toutes les activités doivent comporter la visée du développement personnel et l’esprit d’entrepreneurship doit être introduit dans le curriculum.
Plusieurs pré-requis doivent être satisfaits:
1- Croire en les intelligences multiples et les pratiquer: parmi ces intelligences, l’intelligence émotionnelle est probablement celle qui peut garantir les meilleures chances de devenir entrepreneur, bien plus que les intelligences logico-mathématique ou kinesthésique par exemple.
2- Déployer une pédagogie interactive, une pédagogie de l’action: de la connaissance aux attitudes, avec une pratique régulière de l’expérimentation qui laisse une large place à l’apprentissage par l’erreur
3- Garantir une pédagogie centrée sur l’apprenant et donc essentiellement axée sur la mise en situation. L’enseignant doit être un animateur pas un instructeur, il doit faire apprendre les uns des autres, pousser les élèves à se poser les bonnes questions avant qu’ils n’y répondent.
4- Promouvoir l’autonomie dans l’apprentissage pour pousser l’élève à compter sur lui-même.
5- Assurer une gestion dynamique de la classe, avec un environnement évolutif et non statique, mais toujours sécurisant. C’est en s’habituant à l’incertitude que l’élève développera sa créativité et son génie.  De même faut-il faire travailler l’élève sous la pression du défi, représenté par les objectifs à atteindre.
Fort de ces aptitudes, l’élève est alors préparé au stade suivant dans la longue quête vers l’entrepreneuriat, et qui est celle de l’acquisition des savoirs techniques, des connaissances environnementales et des compétences professionnelles l’habilitant à devenir un entrepreneur au sens de la création d’entreprises. Mais c’est précisément le rôle de l’enseignement supérieur ou de l’enseignement professionnel. Enfin, il restera l’étape ultime d’immersion professionnelle et de constitution du réseau de connaissances nécessaires à la création d’un projet qui a les chances de réussir. Une étude dans des pays de l’OCDE avait démontré il y a plus de dix ans que le taux de mortalité des spin outs créés par les 25 ans était 2,5 fois plus élevé que celui des projets créés par les 35-40 ans. Aussi, gardons-nous de penser que c’est à la sortie des études universitaires ou professionnelles que l’on accomplit les créations d’entreprises les plus viables.

L’entrepreneur et le rentier

 

Identifier l’entrepreneurship à la création d’entreprises est un raccourci fort réducteur. Si la création d’entreprises est l’une des finalités de cette discipline, il n’en reste pas moins que l’entrepreneurship ou entrepreneuriat est d’abord une attitude et un état d’esprit. C’est à l’école primaire et secondaire que les bases de cette compétence de haute valeur peuvent être acquises ou non. L’entrepreneurship est cette attitude qui doit caractériser toute personne voulant réussir dans sa carrière professionnelle en adoptant le profil initiateur, créatif, responsable, audacieux et persévérant. Cela peut lui réussir tout autant dans un poste de salarié ou de fonctionnaire, mais certainement pas de rentier, qui est la posture proprement antinomique de l’entrepreneurship. Car si l’école construit des entrepreneurs en herbe, qui ont de l’initiative et comptent sur eux-mêmes, elle a aussi la noble mission de prévenir les projets de rentiers, qui profitent des failles du système et obtiennent des scores indus.

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