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Forum de Paris Casablanca Round 2013

Forum de Paris - Casablanca Round
«L’inflation, seule issue à la crise»

Par L'Economiste | Edition N°:3962 Le 06/02/2013 | Partager
L’endettement pourrait aider l’Europe à s’en sortir
Le Royaume-Uni doit quitter l’UE
La prévision du FMI pour le Maroc, trop optimiste!

Philippe Chalmin, économiste, fondateur du cercle Cyclope: «Avec la France qui sera sur une croissance nulle et l’Espagne qui risque d’enregistrer une croissance négative de 1 à 2%, je ne vois pas de clients pour le Maroc. La prévision de 5,5% du FMI me paraît trop optimiste» 

- L’Economiste: Est-ce que le pire de la crise économique est encore à venir?
- Philippe Chalmin:
L’économie américaine est en train de redécoller car la situation du dollar permet aux Etats-Unis de ne pas être trop regardants sur leur endettement. Le Japon, quant à lui, sera encore sur une croissance nulle en 2013. Concernant l’Union européenne, nous assistons à la fois à une crise institutionnelle et à une crise économique. En bricolant, nous devrions être autour d’une croissance zéro cette année. Mais l’on peut imaginer que le pire est passé. La crise de la Grèce est à peu près derrière nous. L’Italie, pour sa part, devrait être sur la bonne voie cette année, même si elle reste sur des résultats négatifs.

 

- Comment l’Europe peut-elle sortir de son marasme?
- De la même manière que les Etats-Unis y sont arrivés, c'est-à-dire avec de l’endettement! Paradoxalement, l’Europe n’est pas encore monstrueusement endettée. Ce qui m’inquiète le plus, ce sont les politiques de rigueur budgétaire et les augmentations aveugles des impôts, comme c’est le cas en France.

- Finalement, l’austérité c’était une erreur?
- Je travaille actuellement sur un livre traitant des trois grandes crises du monde contemporain, celles de 1929, 1974 et 2008, leurs causes et les manières dont on en est sorti. Par exemple, pour la grande dépression de 1929, les remèdes qui ont été choisis, notamment les politiques déflationnistes et la rigueur budgétaire, ont aggravé la crise de 1930 à 1934. Si celle de 1974 a été un peu plus douce, c’est parce qu’elle a été traitée par des politiques de relance keynésiennes et, surtout, par un remède extraordinaire qui s’appelle l’inflation! Pour moi, la seule vraie issue à la crise de 2008 est celle de l’inflation.    
- Certains estiment que l’UE ne sert plus à grand-chose aujourd’hui…
- Je ne suis pas de cet avis, mais je pense que l’heure est venue pour le Royaume-Uni de quitter l’UE. Ceci permettra à l’Union de se libérer d’un poids et d’aller plus loin dans le sens d’une Europe solidaire. Pour avancer, nous avons besoin d’aller vers plus d’intégration, avoir par exemple un budget européen ou même un ministère de l’Economie et des Finances européen. Malheureusement, nous n’en sommes pas encore là.

 

- Quelles sont vos prévisions pour le Maghreb?
- Le Maghreb, malheureusement, n’existe pas! La Tunisie est empêtrée dans ses problèmes, l’Algérie est surtout un pays exportateur de pétrole et d’hydrocarbures, et puis il y a le Maroc que je classe, avec la Turquie, parmi les pays émergents de la région Mena. Il est clair que le Royaume est dans une phase de transition, avec une classe moyenne, une démocratisation politique et des équilibres financiers relativement bien tenus. Toutefois, il ne peut pas être indifférent à ce qui se passe dans la zone euro, son principal partenaire économique. Je ne prévois pas de récession pour le Maroc, mais une croissance faible pour 2013.

- Pourtant, le FMI lui prévoit une croissance de 5,5%...
- Il est vrai qu’il y a eu des précipitations pouvant être bénéfiques pour l’agriculture qui est un secteur clé du pays. Le tourisme, aussi, se maintient grâce à la récupération de la clientèle des pays voisins. Mais honnêtement, avec la France qui sera sur une croissance nulle et l’Espagne qui risque d’enregistrer une croissance négative de 1 à 2%, je ne vois pas de clients pour le Maroc. La prévision du FMI me paraît trop optimiste.   
- Pour vous, les marchés sont des miroirs?
- En effet, nous avons tendance à incriminer les marchés, mais en réalité ils représentent la somme des opinions qu’ont les opérateurs économiques de ce que sera, demain, le rapport entre l’offre et la demande. Les marchés sont le miroir de nos réalités. Il peut y avoir des moments de manipulation des marchés, des spéculations, mais la plupart du temps, ils reflètent les réalités que nous ne voulons pas voir. Si par exemple les prix du pétrole s’envolent, cela nous rappelle qu’il s’agit d’une matière rare et coûteuse à produire. Et quand les prix des produits agricoles flambent, cela nous rappelle que le monde a faim.

 

- Qu’en est-il du marché boursier?
- Il reflète non pas la vision que nous avons des économies des pays, mais de l’économie mondiale dans laquelle les entreprises ont su s’ajuster. C’est pour cela que l’on assiste parfois à des contrastes choquants. Je prends l’exemple du CAC 40 qui a clôturé l’année 2012 avec une hausse de 15% alors que l’économie française est au plus mal. En réalité, cette croissance reflète l’internationalisation des entreprises françaises et, paradoxalement, la bonne santé de l’économie mondiale. 

Pétrole: Un baril à 100 dollars

Même si les prix des matières premières se sont légèrement tassés en 2012 par rapport à 2011, ils sont restés sur des niveaux historiquement élevés, selon Chalmin. Les grains et les oléagineux ont connu les plus fortes hausses en raison de la sécheresse aux Etats-Unis. En revanche, de nets retraits ont été enregistrés au niveau des matières premières industrielles, avec des reculs allant de 6 à 30%. Une tendance liée aux doutes autour de la croissance chinoise. Pour 2013, en dehors des bouleversements climatiques ou géopolitiques majeurs, les prix resteront à des niveaux élevés, avec des rebonds sur les matières premières industrielles. Le prix du baril de pétrole brent, quant à lui, a fluctué autour des 110 dollars en 2012, conformément aux prévisions de Philippe Chalmin. Pour 2013, dans des conditions normales, les prix devraient connaître, selon lui, un léger recul pour se situer autour des 100 dollars, soit une baisse de 10%.

Propos recueillis par Ahlam NAZIH

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