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    Enquête

    Dans les coulisses d’un tournage

    Par L'Economiste | Edition N°:3939 Le 28/12/2012 | Partager

    Des câbles, des projecteurs, des écrans anti-reflet, et une grande rasade de bonne humeur. Les forêts des environs de la ville de Tanger ont rarement servi de décor pour une pareille ambiance

    Le film Echec et Mat est une saga familiale plutôt dramatique qui met en scène deux générations. Celle de 1969 a dressé un tableau à celle de 2012, et cette dernière tente de décrypter le message. Chemin faisant, elle interpelle le spectateur sur le bien et le mal. L’Economiste a passé une journée sur le plateau de ce tournage.
    En jean et pull noir, Amina, assistante du réalisateur, fait le relais entre les acteurs, l’équipe technique et le réalisateur. Toujours polie mais le ton plus ou moins glacial, selon le degré d’avancement du tournage, et la bonne tenue des gens qui l’entourent. Des projecteurs simulent la lumière du soir (nuit américaine), et l’hôpital qui accueille la scène grouille de vie. L’Economiste a suivi l’équipe du film Echec et Mat sur son plateau de tournage. L’ambiance est très différente de l’image que l’on peut en avoir. «Tout le monde est équipé? Répétition générale, et après c’est à vous». Par manque de coordination, même la répétition est reprise plusieurs fois.
    «Mourad, à ce moment-là, il serait intéressant que tu tournes la tête». Othman Naciri, le réalisateur, niché derrière son moniteur, administre ses dernières directives, avant de donner le la avec l’incontournable «action!». La scène est jouée, encore et encore … parce qu’un détail la rendrait plus pétillante. Lorsque Othman Naciri déclare que «c’est bon pour moi!» dans son talkie-walkie, et que le «coupé» est prononcé, le plateau s’anime d’une nouvelle vie. Le matériel doit être déplacé sur un autre lieu de tournage, pas très loin. Cinq camions de déménageurs et 15 véhicules transportent matériel et techniciens. Un minicar de tourisme emmène les figurants, et ceux qui ont leurs voitures s’y engouffrent.
    Même équipe, autre lieu. C’est dans une entreprise que se déroule la suite du tournage pour cette journée. A la porte, un bodyguard avec une liste détaillée de la «guest list» du jour. Plus loin, Hicham, un (très gentil) tas de muscle qui fait partie de l’équipe, au cas où quelqu’un déjoue la vigilance du premier. Les figurants sont placés dans une pièce, scrutés derrière une vitre, pour en sélectionner quelques-uns pour la suite de la journée. Le reste peut disposer jusqu’au lendemain. Pas loin de là, Mouna Rmiki se fait maquiller, musique à fond, et ses collègues attendent leur tour. L’une chante, l’autre danse, et la troisième rit. Celle qui a fini de se maquiller entre en scène. On vide le champ, et une vingtaine de personnes, dont Luca, le cameraman, avancent à reculons pendant que l’actrice marche d’un pas décidé en direction de la caméra. Amina et Othman dégainent les mêmes rengaines, et la scène est reprise autant de fois qu’il en faudra pour satisfaire l’œil attentif du réalisateur. Qui eut cru qu’il était aussi difficile de marcher? Bon, la scène est bouclée, «on peut maintenant prendre notre temps, on joue en intérieur pour la suite». Traduction: nous n’avons plus besoin de la lumière du jour, nous pouvons la simuler à coups de projecteurs, d’écrans et de technique. L’équipe se relaxe.
    Même lieu, autres décors, Othman Naciri pouffe de rire. Il vient de déceler un faux raccord. «Alourdissez lui sa mallette parce que là, ça se voit qu’il n’a aucun effort à faire pour la soulever!». Eclat de rires général. Après tout, ce n’est que la énième fois qu’ils allaient refaire la scène.  Mourad Zaoui, acteur principal de la scène, s’exécute avec le sourire au milieu d’un petit groupe de figurants. Quand la scène est dans la boîte, il fait déjà nuit noire dehors, mais le planning du jour a été respecté. Tout le monde peut rentrer.

    R. A.

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