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Chronique Militaire

Du refus d’admettre l’Etat de Palestine au risque de guerre
Par le colonel Jean-Louis Dufour

Par L'Economiste | Edition N°:3625 Le 28/09/2011 | Partager

Notre consultant militaire, Jean-Louis Dufour, est un ancien officier supérieur de l’armée française. Il a servi en qualité d’attaché militaire au Liban, commandé le 1er Régiment d’infanterie de marine et le bataillon français de la Finul. Chargé du suivi de la situation internationale à l’état-major des Armées (EMA-Paris), il s’est ensuite spécialisé dans l’étude des crises et des conflits armés. Ancien rédacteur en chef de la revue «Défense», professeur dans nombre d’universités et instituts francophones, il est l’auteur de plusieurs ouvrages, parmi lesquels «La guerre au 20ème siècle» (Hachette, 2003), «La guerre, la ville et le soldat» (Odile Jacob, 2006), «Un siècle de crises internationales» (André Versaille, 2009)

«Je veux vous informer que j’ai, en ma qualité de président de l’Etat de Palestine et du Comité exécutif de l’Organisation de Libération de la Palestine (OLP), soumis à M. Ban Ki-moon, Secrétaire général des Nations unies, une candidature pour l’admission de la Palestine, sur la base des frontières du 4 juin 1967, avec Al-Quds Al-Sharif (Jérusalem) comme capitale, en tant que membre à part entière des Nations unies». C’est par ces mots prononcés à la tribune des Nations unies à New York le 23 septembre que Mahmoud Abbas, président de l’Autorité palestinienne, a clos plusieurs semaines de démarches et pressions en tous genres.
La Palestine, cependant, sauf imprévu, ne deviendra pas, dans les jours qui viennent, le 194e Etat des Nations unies. La déception peut être vive. Des émeutes sont attendues dans les Territoires mais aussi dans le monde arabe. La seule démarche de Mahmoud Abbas, même non suivie d’effet, a souverainement déplu à quatre acteurs tout spécialement concernés, Israël, mais aussi les Etats-Unis, le Hamas, l’Egypte. Aucun de ces quatre Etats ou entités ne voulait voir Abbas proclamer, en ce moment et pour des raisons propres à chacun, une Palestine indépendante.
1. -Israël y était opposé pour deux raisons: l’Etat hébreu veut tenir le premier rôle dans cette création, il redoute que des troubles surgissent. Dix ans après la dernière Intifada, une nouvelle révolte surviendrait au plus mauvais moment, alors que le monde arabe est en ébullition. L’Autorité palestinienne a déclaré ne pas vouloir faire pression sur le Conseil de sécurité pour que le vote ait lieu sans tarder. Si le propos semble plutôt de nature à rassurer les Israéliens, ceux-ci s’attendent pourtant à des lendemains difficiles. Ils n’ont sans doute pas tort.
2. -Les Etats-Unis sont le seul membre permanent du Conseil de sécurité à avoir manifesté son intention d’user, si nécessaire, du veto pour tuer l’initiative palestinienne dans l’œuf. A la tribune de l’ONU, Barack Obama a déclaré que «la paix ne serait pas le fruit de communiqués ou de résolutions des Nations unies»(1). La motivation de la Maison-Blanche est évidemment électorale. Dérisoire au regard de l’histoire et de la morale, son affirmation cynique ne va pas sans effet. Selon divers sondages, l’image des Etats-Unis dans le monde arabe est plus mauvaise encore qu’au temps de George W. Bush. Barack Obama a montré son jeu. «Le premier président juif», selon le New York Magazine de cette semaine qui publie en première page une photo du président coiffé d’une kippa, juge sa réélection tellement importante qu’il en renie ses engagements antérieurs!
Mahmoud Abbas, qui doit lui-même gérer son opposition interne, a osé rejeter la demande américaine de reporter sa requête pour des raisons de politique intérieure propres à Barack Obama. Le chef de l’Autorité palestinienne est aussi le président du Fatah. Pour le parti historique de feu Yasser Arafat, le pire adversaire aujourd’hui n’est pas Israël mais le Hamas, aux commandes à Gaza. Toutefois, le mouvement islamiste paraît pour l’heure moins flamboyant; d’un côté, les Occidentaux ne veulent pas en entendre parler car il nie à Israël le droit d’exister, de l’autre, le Fatah est plus représentatif que le Hamas et semble plus crédible aux yeux de la rue arabe. Vendredi, Abbas ne pouvait plus reculer. Sa crédibilité et celle de son parti étaient en jeu. Sans doute sont-ils peu nombreux les Palestiniens qui espèrent créer un Etat de cette manière. Il n’empêche! La démarche spectaculaire d’Abbas est un moyen à la fois de réaffirmer les droits des Palestiniens mais aussi de contrer le Hamas, toujours tenté d’accuser le Fatah de compromission avec Israël et les Occidentaux.
3. -Le Hamas récuse l’initiative d’Abbas car elle risque de profiter au Fatah. Mais ce refus, commun à Israël, d’un appel aux Nations unies pour créer un Etat palestinien, place les islamistes palestiniens en position difficile. Leurs chefs ergotent. Le 19 septembre, Ismail Haniyeh, le leader du Hamas, expliquait laborieusement que tout en étant hostile à la demande d’Abbas, il n’irait jamais contre les aspirations du peuple. Le 22, un autre responsable, Mahmoud Zahar, déclarait ne pas vouloir que l’ONU reconnaisse l’Etat palestinien car cela signifierait que le Hamas ne pourrait plus se battre contre Israël, une bonne raison de s’opposer au «deal». Pour ses partisans, la légitimité du Hamas est tout entière dans cette volonté de combattre l’Etat juif. Or le Fatah fait valoir que lui aussi lutte contre Israël mais par les seules voies de la diplomatie. Ceci pourrait inciter le Hamas, sinon à déclencher un nouveau conflit armé, du moins à reprendre les actions violentes en Israël…
4. -En Egypte, le Conseil suprême des forces armées (CSFA) était également hostile à la démarche de Mahmoud Abbas. Car le refus américain de reconnaître un Etat palestinien de plein exercice risque d’amener l’opinion publique égyptienne à vouloir dénoncer le traité de paix avec Israël auquel le CSFA, pour sa part, n’entend pas renoncer. Le dossier israélien est pour le peuple égyptien, toujours désireux de réussir sa révolution, un sujet passionnel. Ce peuple n’aime pas son voisin et n’admet pas volontiers que l’Egypte entretienne de bonnes relations avec lui jusqu’à lui vendre son gaz à des conditions jugées trop favorables. Le ressentiment va croissant. La mort des six policiers égyptiens tués le 18 août lors du raid de Tsahal(2) dans le Sinaï n’a rien arrangé. L’attaque, le 9 septembre, de l’ambassade d’Israël au Caire, a montré jusqu’à quelles extrémités ce ressentiment pouvait conduire. Si de puissantes manifestations palestiniennes de colère enflamment demain les Territoires, elles seront suivies de mouvements du même ordre en Egypte. Alors le risque pour le CSFA de voir les islamistes égyptiens s’associer aux non-islamistes pour se débarrasser des généraux deviendrait très grand. Ce n’est pas là sans doute ce que Mahmoud Abbas attendait de sa demande officielle de souveraineté. Le président palestinien n’est pas un révolutionnaire. Ce défaut, si c’en est un, ne l’a nullement empêché de s’affirmer à New York, sur les bords de l’Hudson, comme un chef d’Etat capable de prendre des risques. Son parti, le Fatah, et la cause palestinienne en général, ont marqué des points, en particulier au détriment du Hamas. L’accueil triomphal qu’il a reçu dans les Territoires a dû le conforter dans son entreprise.
Très isolés, les Etats-Unis sont en chute libre dans l’opinion mondiale. Leur politique arabe est en lambeaux. Quant à leur allié, Israël, sa mentalité de forteresse assiégée ne va pas inciter les électeurs à renvoyer leur premier ministre et son Likoud. La plus grande inconnue demeure le futur proche de l’Egypte. Fruit non désiré d’une démarche palestinienne plutôt symbolique, une nouvelle guerre au Moyen-Orient n’est pas inimaginable. Si la question palestinienne devait s’en trouver enfin résolue, ce ne serait peut-être pas trop cher payé.

Le Quartet pour le Moyen-Orient

Ce Quartet diplomatique, créé en 2002, composé des Nations unies, de l’Europe, de la Russie et des Etats-Unis, a immédiatement réagi au discours de Mahmoud Abbas. Il a déclaré «prendre note de cette candidature», et affirmé «sa détermination à rechercher activement et énergiquement une résolution globale du conflit israélo-arabe», sur la base des résolutions du Conseil de sécurité, les principes de Madrid, y compris l’échange de la terre, la feuille de route et les accords d’Oslo notamment, et réitéré un «appel pressant aux parties pour surmonter les obstacles actuels et reprendre les négociations bilatérales directes israélo-palestiniennes, sans délai ni conditions préalables». Considérant cependant que cette réunion ne sera pas suffisante, en soi, ne sera pas de nature à rétablir la confiance nécessaire pour qu’une telle négociation puisse réussir, le quartet a proposé un plan d’action en six points, qui déroule un agenda jusqu’à fin 2012. Cet agenda comprend une réunion préparatoire dans un mois, un recueil des propositions et des engagements des parties, une conférence des donateurs, la reconnaissance par le uartet des réalisations de l’Autorité palestinienne pour préparer l’indépendance, des réunions régulières de manière à intensifier la coopération entre les parties et les envoyés du Quartet.

 

(1) En anglais: «Peace will not come through statements and resolutions at the United Nations».
(2) Initiales en hébreu de «Force de défense d’Israël».

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