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Chronique

La Turquie d’Erdogan, un modèle pour les révolutions arabes?
Par Michel Fourriques

Par L'Economiste | Edition N°:3625 Le 28/09/2011 | Partager

Michel Fourriques est professeur de fiscalité internationale. Directeur des affaires juridiques et fiscales et des questions géopolitiques MP-Formation (France)

La question se pose de plus en plus de savoir si la Turquie peut jouer un rôle de modèle auprès des pays musulmans, et surtout auprès des pays en pleine transition démocratique (Egypte, Libye et Tunisie).
Une enquête menée en août et septembre 2010 effectuée en Egypte, Arabie saoudite, Liban, Syrie, Irak, Iran et dans les territoires palestiniens, par le cercle de réflexion turc Tesev, établit que, pour 66% des personnes interrogées, la Turquie «représente un exemple de mariage réussi entre islam et démocratie», et peut ainsi devenir un modèle. Selon cette étude, les trois forces de la Turquie sont, dans l’ordre, «sa tradition musulmane», «son économie dynamique» et «son gouvernement démocratique».
En effet, la Turquie, peuplée de 74 millions d’habitants (moyenne d’âge: 28 ans), est un exemple de mariage réussi entre islam et démocratie. Dans un pays où plus de 85 % de la population est musulmane, le parti au pouvoir depuis 2002, l’AKP, se veut être la synthèse réussie de l’islam et de la démocratie (une étude menée par TESEV en 2006 montre une augmentation de la proportion des Turcs qui se considèrent avant tout comme musulmans – 44,6 % – par rapport à celle qui se considère avant tout comme turque – 19,4 % –).
L’économie turque affiche une croissance de 8,9 %, alors qu’elle est dépourvue de ressources pétrolières. En huit ans, le PIB annuel par habitant a plus que triplé (V. K. Barysch, The economics of Turkish accession, Centre for European Reform, 2005). Le pouvoir d’achat des Turcs a doublé depuis 2002. La population est éduquée, les coûts salariaux sont faibles et l’industrie exporte. Le taux de chômage est de 10,6% et la dette ne représente que 40 % du PIB. On parle de miracle économique.
La Turquie est passée en trente ans d’une dictature militaire sanglante à une démocratie encore imparfaite mais solidement ancrée. Le changement démocratique est intervenu en limitant les pouvoirs de l’armée. Le pays a initié sa transition démocratique en 1945.
Il faut cependant ne pas être sourd à ceux qui dénoncent l’inquiétante dérive autoritaire de son chef charismatique, RecepTayyip Erdogan, au pouvoir depuis 2003, et à la censure croissante qu’il impose aux médias. Certains parlent d’une «poutinisation» du régime.
En Turquie, certains pensent que l’AKP souhaite accaparer le pouvoir afin de casser la Constitution laïque du pays (laïcité fondée par Atatürk en 1923 et défendue depuis cinquante ans par l’armée).
D’autres parlent d’une dictature civile qui a supplanté une dictature militaire si l’on se réfère au «musellement de la presse, la transformation de la police en outil de répression et les emprisonnements arbitraires».
Objectivement, il est possible de constater une évolution de plus en plus conservatrice, populiste, et autoritaire ainsi qu’un accroissement de l’emprise des islamistes sur l’appareil d’Etat. Il existe une islamisation rampante de la société (limitation de la vente d’alcool, défense d’une conception rétrograde de la femme…).
L’armée a pris le pouvoir à trois reprises depuis 1960, souvent au nom de la «sécurité nationale». La Turquie kémaliste a été en son temps un modèle laïque bâti autour de son armée. En effet, pendant longtemps l’armée turque a été perçue comme le garant d’une république laïque fondée par Mustafa Kemal.
Ce modèle-là est devenu obsolète. En effet, l’AKP a réussi à remettre l’armée à sa place après une réforme constitutionnelle adoptée par référendum le 12 septembre 2010. En fait, les militaires ont été mis au pas, ainsi que le pouvoir judiciaire. L’influence de l’armée n’a cessé de diminuer depuis une dizaine d’années. Ainsi, par exemple, les réformes de 2003, mises en place par l’AKP, ont relégué le Conseil de sécurité national, organe politique de l’armée au rang d’une simple institution consultative.
La réforme constitutionnelle de septembre 2010 permet dorénavant au gouvernement de nommer les procureurs et les juges jusque-là largement indépendants.
Dans un paysage de régimes autoritaires, la Turquie, qui a, jusqu’à présent, réussi le mariage entre la démocratie et l’islam, montre un visage moderne propre à séduire les peuples arabes en quête d’un modèle; peuples arabes qui, pour l’instant, expriment le rejet de l’autoritarisme et de l’islamisme antimoderne.

Islam politique réconcilié avec le monde

La Turquie est un pays laïc avec au pouvoir un parti conservateur musulman. L’AKP, le Parti de la justice et du développement, qui se présente comme un parti «conservateur démocrate», est l’exemple d’un islam politique réconcilié avec le monde, en phase avec la mondialisation des échanges. Il a été fondé en 2001 sur le schéma de la démocratie chrétienne allemande et est au pouvoir depuis novembre 2002. Le 12 juin dernier, l’AKP a remporté pour la 3e fois consécutive les élections législatives. Ce parti rêve d’une réforme constitutionnelle visant à changer les institutions issues du coup d’Etat militaire du 12 septembre 1980, mais il n’a pas obtenu la majorité des deux tiers nécessaires à la révision de la Constitution. Son but, entre autres, est l’instauration d’un régime présidentiel, projet redouté par ceux qui craignent une montée de l’autoritarisme et l’islamisation de la société. Toutefois, ce parti, arrivé démocratiquement au pouvoir, oscille souvent entre conservatisme religieux et respect des valeurs démocratiques. Notons qu’en février dernier, le parti islamiste tunisien a affirmé prendre pour modèle l’AKP. Le parti des Frères musulmans égyptiens tient le même discours depuis la chute du président Moubarak.

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