×
  • L'Editorial
  • Compétences & RH Société Brèves International Brèves internationales Courrier des Lecteurs Les Grandes Signatures Documents Lois à polémiques Docs de L'Economiste Docs de Qualité Enquête de Satisfaction Chiffres clés Prix de L'Economiste 2020 Prix de L'Economiste 2019 Perspective 7.7 milliards Earth Beats Solutions & Co Impact Journalism Day cop22Spécial Cop22 Communication Financière
    Les Cahiers de l'Émergence

    Le plan d’urgence a introduit une véritable programmation
    Entretien avec Wail Benjelloun, président de l’Université Mohammed V Agdal-Rabat

    Par L'Economiste | Edition N°:3616 Le 15/09/2011 | Partager
    Le nombre des nouveaux inscrits grimpe de 48% cette année
    Le plan d’urgence a permis la créativité dans les programmes d’accompagnement des étudiants

    Wail Benjelloun: «L’augmentation du nombre de bacheliers est le fait le plus marquant cette année. Cela est très important, parce que nous restons tout de même au-dessous du niveau auquel nous devons être en termes d’étudiants inscrits à l’université»

    Ex-doyen de la faculté des sciences de Rabat, le professeur Wail Benjelloun occupe le poste de président de l’Université Mohammed V Agdal-Rabat depuis décembre 2010. Il a à son actif un long parcours dans la recherche et l’enseignement. Diplômé de l’université de New York (Binghamton) en 1976, Benjelloun porte un ambitieux projet pour l’université de Agdal. Il veut agir d’abord sur l’unicité et créer davantage d’espaces multidisciplinaires. Entretien.

    - L’Economiste: Sur quoi vous vous êtes engagé dans votre projet?
    - Wail Benjelloun: D’abord, c’est sur l’unicité de l’université, c’est-à-dire le fait de constituer un ensemble cohérent d’établissements et d’essayer de faire travailler toutes les structures pour le bien de toute l’université. Pour ce faire, il faudra profiter davantage de ce que nous avons comme savoirs, compétences et matériels en ayant pour objectif la création de laboratoires multidisciplinaires. Des laboratoires qui touchent non seulement un établissement mais plusieurs à la fois parce que le savoir est devenu de plus en plus pluridisciplinaire. Nous ne pouvons pas travailler, par exemple, dans le domaine des mathématiques financières sans avoir des notions dans les mathématiques, le business et la gestion. Nous avons déjà un centre de langues à la faculté des lettres qui profite à toute l’université. Aujourd’hui, nous sommes en train de réfléchir à un centre d’informatique et un centre de culture saharienne qui bénéficieront à tous les établissements de l’université. Et c’est justement ce genre de programmes d’enseignement communs dont nous avons besoin.

    - Quel bilan faites-vous aujourd’hui du plan d’urgence?
    - C’est positif. Pour la première fois, nous avons la possibilité de planifier nos dépenses sur quatre ans. Cela n’a pas été toujours le cas. Mais, aujourd’hui, cela nous permet d’être inventif et créatif en ce qui concerne les différents programmes de l’université que soit les programmes d’accompagnement de l’étudiant ou les programmes de révision des filières et de l’enseignement en général. Cela nous a aussi encouragé en matière de structuration de la recherche parce que ces budgets exceptionnels nous ont permis d’équiper en commun des plateformes de recherche qui serviront à plusieurs laboratoires.

    - Quelles sont les grandes nouveautés de la rentrée universitaire 2011-2012?
    - L’augmentation du nombre de bacheliers est le fait le plus marquant cette année. Cela est très important et surtout positif pour notre pays, parce que nous restons tout de même au-dessous du niveau auquel nous devons être en termes d’étudiants inscrits à l’université. Ce qui fait que cette évolution, chiffrée à présent à 48%, est très avantageuse. Les inscriptions ne sont pas encore closes, mais nous estimons que nous allons passer d’une université de 22.000 à 25.000 étudiants. Maintenant, il faut agir et faire le nécessaire pour garder l’équilibre. Nous avons commencé, il y a déjà deux ans, par quelques programmes de préparation des étudiants parce qu’on savait qu’avec l’augmentation du nombre d’étudiants, il y aurait des difficultés à accéder aux grandes écoles. Pour la pharmacie, par exemple, c’est la deuxième année que nous avons des étudiants du Deug qui reçoivent une préparation supplémentaire pour pouvoir passer le concours de pharmacie. Et cette année, 39 ont réussi le concours et les 24 premiers sur le classement sont les nôtres. En mathématiques, et sur les 83 places disponibles à l’échelle nationale pour l’accès aux grandes écoles, 20 sont issues de l’Université Mohammed V-Agdal. Ce sont des programmes pilotes que nous voulons généraliser dans les autres établissements. D’autre part, nous avons procédé à la professionnalisation de plusieurs filières. Nous avons, à ce jour, 109 filières différentes dans les licences, masters, et doctorats.

    - Les diplômés de l’université ont toujours du mal à trouver un emploi…
    - C’est presque normal. L’obtention d’un emploi est fonction de la préparation à l’université, je vous l’accorde, mais elle est aussi option du marché et de son absorption. Nous pensons maintenant à orienter les étudiants vers des créneaux demandeurs à l’échelle nationale, comme l’ingénierie. Là où il y a le besoin, aujourd’hui, c’est au niveau des licences, c’est-à-dire les cadres moyens et les techniciens. Souvent l’étudiant veut aller au-delà de la licence et obtenir son master et je vous assure qu’il trouve rapidement de l’emploi.

    - Presque toutes les universités du Royaume ont des difficultés pour la relève du corps enseignant? Qu’en est-il chez vous?
    - Plus que les autres. Parce que nous avons une université plus ancienne. Le corps enseignant passe de plus en plus à la retraite. Malheureusement, nous avons des décès. Donc, pour nous, effectivement, la question de la relève est posée. Aujourd’hui, un étudiant avec un master sort souvent sur le marché du travail et c’est très difficile, dans les conditions actuelles, de le garder à l’université pour avoir son doctorat et prétendre à un poste d’enseignant. Puisqu’il s’arrête facilement, il faut réfléchir sur des mécanismes pour le garder, soit des contrats, soit des embauches. Il faut qu’on trouve les formules pour assurer la relève. Et pour ceux qui disent que les marchés ne recrutent pas, je vous donne cela comme exemple. Je pense qu’il y a beaucoup de réflexions à l’échelle nationale. On veut établir un système cohérent et logique, mais qui ne nous met pas dans une dynamique d’embauche automatique.

    - Les intitulés des masters sont souvent très attrayants mais leur contenu ne suit pas…
    - A l’Université Mohammed V-Agdal, les diplômés en masters spécialisés trouvent facilement du travail. Pour la recherche, nos étudiants optent, dans la plupart des cas, pour le doctorat. Notre université a une longue tradition. D’ailleurs, la preuve, nous avons des étudiants même de l’étranger. Je ne parle pas seulement des étudiants qui viennent de l’Afrique, mais aussi ceux de l’Europe, notamment ceux de l’école militaire française qui viennent pour apprendre la sécurité informatique. Nous avons 143 thèses en cours en cotutelle avec des universités internationales. C’est aussi une marque de confiance.

    - Quel est le taux d’abandon?
    - Pour être honnête, je ne peux pas vous donner un chiffre exact, mais je pense qu’on est passé, à l’échelle nationale, d’un taux de 40 à environ 20%. Parce que, aujourd’hui, l’étudiant avance à son propre rythme dans le domaine qui l’intéresse. Et c’est un système beaucoup plus souple qui permet des opportunités de réussite. On ne rate pas toute l’année, mais on rate un module.

    Propos recueillis par Bouchra SABIB

    • SUIVEZ-NOUS:

    • Assabah
    • Atlantic Radio
    • Eco-Medias
    • Ecoprint
    • Esjc