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    Chronique Militaire

    Les pays arabes et Israël: la guerre qui vient!
    Par le colonel Jean-Louis Dufour

    Par L'Economiste | Edition N°:3606 Le 30/08/2011 | Partager

    Notre consultant militaire, Jean-Louis Dufour, est un ancien officier supérieur de l’armée française. Il a servi en qualité d’attaché militaire au Liban, commandé le 1er Régiment d’infanterie de marine et le bataillon français de la Finul. Chargé du suivi de la situation internationale à l’état-major des Armées (EMA-Paris), il s’est ensuite spécialisé dans l’étude des crises et des conflits armés. Ancien rédacteur en chef de la revue «Défense», professeur dans nombre d’universités et instituts francophones, il est l’auteur de plusieurs ouvrages, parmi lesquels «La guerre au 20ème siècle» (Hachette, 2003), «La guerre, la ville et le soldat» (Odile Jacob, 2006), «Un siècle de crises internationales» (André Versaille, 2009)

    Chacun a pu le remarquer: les acteurs du «Printemps arabe» ont largement ignoré la question palestinienne. Comme s’ils avaient d’autres chats à fouetter! Toutefois, ce désintérêt apparent pourrait cesser bientôt.
    Ce mois de septembre, l’Assemblée générale des Nations unies doit décider d’admettre la Palestine parmi la communauté des Etats. Rien d’extraordinaire à cela! Les Palestiniens constituent clairement une nation et toute nation a droit à un Etat, même si toutes les nations n’en ont pas un(1).
    Pour autant, l’indépendance de la Palestine sera confrontée à des réalités politiques et historiques de taille. Proclamer un Etat palestinien est une chose, le créer en est une autre. Il ne sera pas facile d’unir des Palestiniens divisés quant à la nature de leur futur Etat. Le vote interviendra, de surcroît, au moment où le chaos règne en Syrie, et où la mise en place en Egypte d’un nouveau régime s’avère laborieuse. Si l’on ajoute à cela le retrait américain d’Irak et l’activisme de l’Iran, l’émergence d’un Etat palestinien ne va pas contribuer à stabiliser une région du monde toujours troublée.
    Les Palestiniens sont divisés: le Fatah (encadré), marqué par l’héritage panarabe, règne sur la rive occidentale du Jourdain, le Hamas (encadré) contrôle Gaza avec le sentiment d’être la seule force islamiste au sein du peuple.
    Le panarabisme est moribond. Après avoir été une menace pour les monarchies arabes, il se trouve en grand danger. Moubarak, El Assad, Kadhafi représentaient le panarabisme triomphant des années 60, perdu depuis dans des idéologies brouillonnes. En se disant séculier, le Fatah se met à dos les intégristes tout en continuant d’attiser la méfiance des monarques de la région. Ce qui ne l’empêche pas d’être à la tête de l’Autorité palestinienne. Le Hamas, lui, mouvement à la mode islamiste, jouit d’une popularité certaine, sans probablement être majoritaire dans l’opinion.
    Il n’est pas rare de voir un Etat aux prises avec les divisions de son peuple. Cependant les Palestiniens sont divisés sur l’essentiel, leur identité et aussi Israël. Le Fatah admet son existence et la nécessité pour les Palestiniens de s’en accommoder, le Hamas, non!
    La proclamation de l’Etat palestinien peut donc entraîner un conflit pour s’en assurer le contrôle. La trêve incertaine existant entre les deux factions n’est pas assurée de durer. L’Occident soutient le Fatah que l’Arabie saoudite préfère au Hamas. Quant aux amitiés des maîtres de Gaza, Iran, Syrie, elles sont compromettantes. Cependant un tel rapport de force n’est pas de nature à prémunir d’une explosion même si celle-ci aurait des difficultés à se déployer. Pas facile pour deux entités séparées par Israël de s’affronter par les armes!
     

     

    Un embrasement possible

    L’Egypte aussi est concernée. Le Hamas espère voir les Frères musulmans y tenir une grande place. Cela n’est pas le plus probable. Les militaires veillent, même si le système qu’ils tentent de mettre en place demeure vulnérable. Pour une fois unis, les opposants égyptiens condamnent la politique israélienne de leur pays, celle de Moubarak comme celle de leurs généraux qui n’y ont quasiment rien changé. Le blocus de Gaza a été maintenu. Peut-être convient-il d’interpréter les récents attentats anti-israéliens survenus sur la route d’Eilat comme étant l’œuvre d’un mouvement islamiste, peut-être à la solde du Hamas, désireux de mettre de l’huile sur le feu. Des tensions accrues, ou même des combats, entre le Hamas et Israël, placeraient en effet le Fatah – et aussi l’Egypte – sur la défensive et donc dans une position inconfortable. Une puissante riposte israélienne, dont Tel-Aviv, pour l’heure, s’est bien gardé de lancer, ferait de l’organisation islamiste, maîtresse de Gaza, une victime de l’agresseur israélien, accroissant sa popularité chez les Palestiniens et aussi en Egypte: tortueux mais possible et, dans ce cas, lourd de conséquences!
    Le Hamas, toutefois, pour important qu’il soit, est un acteur secondaire. La Syrie compte davantage. L’Iran le sait bien qui a besoin de Damas pour assister le Hezbollah, lequel, comme Téhéran, souhaite la survie d’El Assad qu’une guerre contre Israël pourrait sauver.
    Dès lors, deux hypothèses. Le Hezbollah s’engage dans une confrontation armée avec Israël dans laquelle le Hamas est impliqué. La question palestinienne revient au premier plan. En Syrie, les opposants au régime alaouite sont contraints de suspendre leur révolte pour ne pas être accusés de trahison. Deuxième hypothèse, la guerre contre Israël, menée par le Hamas et le Hezbollah, ne permet pas de sauver la dictature syrienne. Sa chute permet tout de même au Hezbollah de se libérer de la tutelle syrienne, tandis que le Fatah n’a pas d’autre choix que de se joindre au conflit en organisant un soulèvement dans les territoires.
    Face à ces éventualités, Israël a convoqué ses réservistes pour septembre. Une telle annonce est rare. D’ordinaire, les convocations sont plus discrètes.
    Cette fois, l’Etat hébreu affiche sa résolution. Il lui en faudra s’il doit demain de se battre sur trois fronts, Gaza, Rive occidentale, frontière libanaise… Fâcheuse situation qu’Israël pourrait éviter s’il prenait l’initiative d’écraser le Hamas, avant de se retourner contre le Hezbollah tout en veillant à contrôler toute nouvelle Intifada dans les territoires.
    Ces perspectives sont dramatiques! Pour tenter de s’en prémunir, Israël s’est montré conciliant avec l’Egypte, allant jusqu’à lui présenter des excuses pour avoir malencontreusement tué quatre policiers égyptiens.
    La prudence a également prévalu quand Tsahal a lancé quelques ripostes ciblées à l’encontre de membres des Comités de la résistance palestinienne, une organisation clandestine liée au Hamas. Celui-ci, en revanche, a clairement fait savoir que, pour lui, la trêve de facto avec Israël était terminée. Certains acteurs sont tentés d’intervenir pour éviter le pire.
    Le souverain saoudien peut vouloir inciter le Hamas à cesser les actions anti-israéliennes. Riyad souhaite la chute d’Assad et ne veut pas d’un pouvoir extrémiste en Egypte. Plus que tout, les Saoudiens sont hostiles à l’Iran.
    Beaucoup repose sur le Hamas. Le mouvement risque de ne pas se sentir lié par les conseils de Riyad ni par les injonctions du Caire. Il est aussi capable de tout, même au prix d’un conflit généralisé, pour prendre le dessus sur ses frères ennemis du Fatah et accéder au pouvoir dans cet Etat palestinien sur le point de naître.

    Le Hamas

    Le Hamas a été créé en 1987 par trois Frères musulmans. Ce «Mouvement de résistance islamique» est un groupement politique et religieux palestinien se revendiquant de la résistance. Son programme, tel qu’il figure sur sa charte, est la destruction d’Israël et l’instauration d’un Etat islamique palestinien sur toute la terre de l’ancienne Palestine, c’est-à-dire incluant l’Etat d’Israël, la Cisjordanie et la bande de Gaza.

    Le Fatah

    Le Fatah est une organisation politique et militaire palestinienne fondée par Yasser Arafat au Koweït en 1959. Ce sigle, acronyme en arabe de «Mouvement national palestinien de libération», tient sont origine du FLN algérien, ou Front national de libération. Après la guerre perdue de 1948, les milieux palestiniens, en particulier étudiants, étaient convaincus que les moyens les plus efficaces pour défendre les aspirations nationalistes palestiniennes étaient d’organiser une résistance armée sous la forme d’un mouvement national révolutionnaire autonome, indépendant des pays arabes et de toute autre puissance étrangère.Dès sa création clandestine en 1959, le Fatah appelle à la lutte contre l’Etat d’Israël avec pour objectif de libérer tout le territoire palestinien de l’entité sioniste.

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