×
  • L'Editorial
  • régions Dossiers Compétences & RH Société Brèves International Brèves internationales Courrier des Lecteurs Les Grandes Signatures Documents Lois à polémiques Docs de L'Economiste prix-de-la-recherche Prix de L'Economiste Perspective 7,7 Milliards by SparkNews Earth Beats Solutions & Co Impact Journalism Day cop22Spécial Cop22 Communication Financière
    Le prix de L’Economiste pour la recherche en économie, gestion et droit
    Chronique

    Moubarak, Ben Ali, Kadhafi, Al Assad,...ces grands malades du pouvoir
    Par Zakya Daoud

    Par L'Economiste | Edition N°:3606 Le 30/08/2011 | Partager

    Zakya Daoud est une grande figure du journalisme et plus encore du militantisme au Maroc. Elle a été pendant 22 ans, de 1966 à 1988, la patronne de la revue Lamalif qu’elle avait fondée avec son époux.
    Elle a d’ailleurs écrit un livre sur cette époque «Les an=nées Lamalif». Le ton particulier de Zakya Daoud est d’être toujours critique jamais négatif.
    Avec d’autres observateurs de la vie politique et sociale, ou seule, elle a écrit de nombreux ouvrages, dont un, très remarqué, sur Abdelkrim et la république du Rif. Un nouveau livre sur les Marocains de l’émigration devrait sortir incessamment

    Spectacle pathétique, et, en même temps, repoussant de Hosni Moubarak, ancien président égyptien, traîné au tribunal sur une civière pour être jugé pour crimes de corruption et répression sanglante des manifestations, aux côtés de deux hommes émaciés, vêtus de blanc, ses fils, qu’il avait préparés pour lui succèder en dépit des avertissements de son entourage, y compris de l’armée égyptienne et des Etats-Unis qui l’ont soutenu sans coup férir pendant trente ans.
    Flash-back: Hosni Moubarak s’époumonnant devant les écrans de la télévision égyptienne, alternant menaces et promesses, sans apparemment comprendre que le peuple égyptien ne voulait plus de lui et que ce rejet étant devenu si foro, ses mentors, internes et externes le laissaient tomber. Après trente ans de pouvoir, il était devenu incapable, totalement incapable, de comprendre cette évidence. C’était comme si la réalité n’avait aucune prise sur lui. Sourd, aveugle, autiste, ridicule sans s’en apercevoir… aux yeux du monde entier qui regardait, incrédule, et sans davantage le comprendre un tel aveuglement, un tel surmoi dérisoire.
    Ce n’était même pas, à y bien regarder, que Hosni Moubarak s’accrochait au pouvoir, de manière à la fois pathétique et scandaleuse, puisque le sang coulait dans les rues du Caire, c’était qu’il était à ce point, à ses propres yeux, le pouvoir en personne, son essence, son émanation, qu’il avait perdu totalement pied avec la réalité.
    Et il n’est pas le seul, rien que dans l’aire arabe, nous avons vu, copié, collé, les mêmes réactions, chez Zine Al Abidine Ben Ali, de Tunisie, tout aussi étonné de ce qui lui arrivait et tout aussi incapable de comprendre que le peuple tunisien ne veuille plus de lui après l’avoir tellement supporté. Lui aussi, jusqu’au dernier moment, jusqu’à ce qu’on le mette de force dans l’avion, comme Moubarak d’ailleurs, a proféré les mêmes menaces et les mêmes promesses, anesthésié par sa propre importance, à ses seuls et uniques yeux et tout à fait incapable d’imaginer que le peuple, non pas le peuple d’ailleurs, “son” peuple, identité encore plus abstraite, pourrait avoir raison contre lui, pourrait lui demander des comptes, pourrait, suprême impossiblité, ne plus vouloir de lui.
    Mêmes réactions chez Mouammar Kadhafi, aujourd’hui disparu dans les souterrains de son bunker détruit et chez Bachar El Assad, qui, ayant des capacités de nuisance plus grandes sont prêts, et le montrent chaque jour, à mettre leur pays à feu et à sang, à déclencher des guerres civiles et à tuer toute leur population plûtot que d’accepter de se remettre en question ou de comprendre qu’on a le droit de les remettre en question.
    Même chose aussi chez Saleh du Yémen, qui, même lorsqu’il a reçu un projectile tribal, s’estime dans son bon droit de vouloir rester au pouvoir après trente ans d’un exercice sans limites et sans freins. Est-ce une maladie? Est-ce une folie? Puisqu’on le sait bien, à la longue et sans limites, le pouvoir rend fou et le pouvoir absolu rend encore plus
    fou.
    En tout cas, c’est une coupure totale d’avec la réalité, et quelque part, le temps et les années aidant, une coupure d’avec l’humanité.
    En vingt mille ans d’existence, l’humanité s’est créée, tant bien que mal quelques limites, quelques freins, qui, d’ailleurs obéissent à des principes de base de physique qui sont qu’il faut toujours un contraire pour maintenir un minimum d’équilibre. Les dictateurs, aveuglés par le pouvoir, par l’inflation du moi qu’il opère sur leur propre psychologie et sur celle de leur entourage, ont perdu ces freins élémentaires. Ils se croient et donc ils sont, au-dessus de tous et donc les égaux, quelque part, de Dieu. Comment, alors, pourrait-on les accuser de faire tirer sur la foule? “On tue un homme, on est un assassin, on tue des millions d’hommes, on est un conquérant, on les tue tous, on est un Dieu”, a écrit Jean Rostand.
    Mais, alors, si on tue son peuple, on n’a plus de peuple et donc plus de pouvoir, théoriquement, si on détruit son pays à coups de bombes, de frappes aériennes, de chars et de canons, on n’a plus de pays; et donc, théoriquement, dans ces deux cas qui ne sont pas d’école mais que l’on voit jour après jour devant nos yeux, sans peuple et sans pays, où est donc le pouvoir et sur qui et où? Sans doute sont-ce là encore des évidences trop simples pour que les dictateurs soient en mesure de les appréhender…
    Cette folie est d’ailleurs suicidaire. Si Moubarak avait accepté de négocier après les premiers “dégage”, après avoir cherché et obtenu une analyse réelle de la situation de son pays et de son pouvoir, et s’il avait entendu, ne serait-ce qu’entendu, les avertissements et les conseils de plus en plus précis de ses sponsors, s’il avait négocié son départ au moment où, apparemment on lui en offrait les garanties, il serait, peut-être, parti avec des honneurs et des remerciements et on ne lui chercherait pas des poux dans la tête pour les millions qu’il aurait ramassés… En tout cas, il ne serait pas sur une civière devant un tribunal... Et Ben Ali ne serait pas réfugié dans une Arabie saoudite dont apparemment encore il ne pourra jamais sortir… et Mouammar Kadhafi ne serait pas en train de chercher désespérement des refuges, si tant est qu’il puisse encore les obtenir, et Bachar Al Assad n’aurait pas créé avec le peuple syrien un tel fossé de sang qu’il est devenu, aujourd’hui, infranchissable.
    Mais qu’a donc le pouvoir pour que ceux qui l’exercent en arrivent à de telles extrémités, pathologiques? On dit et on l’a redit encore plus ces derniers temps, que le pouvoir était un aphrodisiaque… un puissant aphrodisiaque, une drogue, un lieu sinistré en tout cas où les pulsions tiennent lieu de raisonnement. Il est sûrement plus encore pour que ceux qui le visent, l’entourent et l’exercent, perdent à ce point le sens de la réalité et le sens de l’humanité…
    En tout cas, grâce à ces cas d’écoles qui seront peut-être un jour étudiés dans les facultés de psychologie, le printemps arabe a pris quelques rides… pauvre printemps d’ailleurs, devenu un été brûlant et mortifère entre les tergiversations et les hésitations des uns, les trahisons des autres, et les attaques qu’il subit partout, celles des dictateurs déchus, celles des géopoliticiens et celles de ses ennemis, qui, comme le pouvoir israélien et les marchés mondiaux, le combattent depuis les premiers jours et ont été des freins constants à la réussite de politiques plus progressistes.

     

    La chute de Mouammar Kadhafi

    Les évènements se sont précipités en Libye alors que Kadhafi et son clan paradaient encore devant les écrans de télévision. Le bunker de la famille a été investi par ceux que l’on appelle encore les “rebelles”, désormais reçus avec honneur à l’Elysée. Des survivants des époques précédentes comme le commandant Jalloud, exfiltrés, ont été montrés, hébétés, les ralliements de dernière minute se multiplient. Le pouvoir de Kadhafi est désormais tombé, mais le dictateur, aveuglé par un pouvoir de quarante-deux ans sans interruption reste encore introuvable, des millions étant promis pour sa capture comme dans un western. Il aura fallu six mois de guerre civile, de frappes aériennes, de combats fratricides, pour en venir à bout et un pays complètement détruit. L’après-Kadhafi commence, mais la Libye est à reconstruire.

     

     

    Syrie: un massacre sous les yeux du monde entier
    Trente-quatre personnes sont mortes le week-end dernier en Syrie, chaque tour des Syriens disparaissent. Depuis mars, c’est entre dix et quarante personnes qui meurent chaque jour dans ce pays, spécialement les vendredis. Ces massacres n’épargnent même pas les enfants (l’Unicef vient de lancer un cri d’alarme à propos de la situation des enfants syriens dont trente ont été tués et d’autres, comme le petit Hamza, treize ans, torturés et battus à mort). Non plus que les femmes d’ailleurs.
    Le samedi 20 août sur les écrans de la télévision, on pouvait voir un policier syrien envoyer un coup de pied dans le visage d’une femme agenouillée et prostrée. Ce n’est plus en vain que, comme HRW ou encore comme le Haut Commissariat de l’ONU aux droits de l’homme, on peut parler de crimes contre l’humanité. Pour autant, le silence autour de ces crimes est assourdissant.
    Ce n’est pas qu’en ces temps troublés on puisse appeler de ses voeux des interventions dont on a pu mesurer ailleurs les effets négatifs, ni manipuler des droits d’ingérence qui se sont avérés désastreux; mais enfin, ce qui se passe en Syrie n’est pas du tout acceptable encore une fois au plan de l’humanité. On comprend bien que la position géostratégique de ce malheureux pays gêne toutes les interventions mais ce que les dirigeants du monde entier laissent ainsi faire, en toute connaissance de cause, ne pourra pas ne pas, un jour, se retourner contre tous les autistes de la terre...

     

    • SUIVEZ-NOUS:

    • Assabah
    • Atlantic Radio
    • Eco-Medias
    • Ecoprint
    • Esjc