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    Chronique Militaire

    Les alliances dites «de revers» ne sont plus ce qu’elles étaient!
    Par le colonel Jean-Louis Dufour

    Par L'Economiste | Edition N°:3597 Le 17/08/2011 | Partager

    Notre consultant militaire, Jean-Louis Dufour, est un ancien officier supérieur de l’armée française. Il a servi en qualité d’attaché militaire au Liban, commandé le 1er Régiment d’infanterie de marine et le bataillon français de la Finul. Chargé du suivi de la situation internationale à l’état-major des Armées (EMA-Paris), il s’est ensuite spécialisé dans l’étude des crises et des conflits armés. Ancien rédacteur en chef de la revue «Défense», professeur dans nombre d’universités et instituts francophones, il est l’auteur de plusieurs ouvrages, parmi lesquels «La guerre au 20ème siècle» (Hachette, 2003), «La guerre, la ville et le soldat» (Odile Jacob, 2006), «Un siècle de crises internationales» (André Versaille, 2009)

    Longtemps, la diplomatie française a privilégié les alliances de revers. Aux prises avec l’Empire austro-hongrois, la Prusse, l’Allemagne…la France devait se trouver des alliés susceptibles de menacer ses adversaires sur leurs flancs orientaux. En 1536, François 1er décide un rapprochement géostratégique avec le sultan ottoman, Soliman le Magnifique, afin d’équilibrer la menace que Vienne fait peser sur le royaume de France (encadré). A l’automne 1896, Paris s’allie avec Moscou, Nicolas II vient à Paris poser la première pierre du pont Alexandre III. C’est «la belle et bonne alliance» dont jouera de Gaulle, pendant et après la Seconde Guerre mondiale, pour prémunir la France d’une possible renaissance du militarisme allemand, plus tard pour tenter de faire pièce à la toute puissance américaine.
    Mais la France n’est pas seule à se comporter de la sorte. Les alliances de revers ne sont pas rares: Islamabad cultive l’amitié chinoise contre New Delhi, le Vietnam a longtemps privilégié l’URSS contre l’envahissante proximité de la Chine, la Grèce soigne ses relations avec les Arabes quand la Turquie s’allie (s’alliait) avec Israël, la Syrie s’était ménagée une alliance avec l’Iran au temps de sa brouille avec Saddam Hussein,…
    Ce type d’alliance n’est plus la panacée. Elle perd de ses significations. Car le monde se fait trop compliqué, les Etats sont trop nombreux, leurs associations et regroupements aussi! Egalement trop diversifiés, les intérêts nationaux s’interpénètrent.
    Ainsi l’Iran shiite n’hésite pas à appuyer l’Arménie chrétienne en conflit latent avec Bakou à propos du Haut Karabach. Au pays des ayatollahs, il peut y avoir «avec le ciel, des accommodements»(1)! Récemment, un général iranien dénonçait la coopération militaire d’Israël avec l’Azerbaïdjan. L’intérêt stratégique de l’Etat juif paraît clair. A partir du territoire azerbaïdjanais, Tsahal pourrait s’en aller bombarder les installations nucléaires iraniennes sans avoir à survoler la Syrie et l’Irak ni à se ravitailler en vol… Pour autant la réussite de la diplomatie israélienne est loin d’être assurée. L’affaire, complexe, heurte certains acteurs opposés les uns aux autres. Il faut manœuvrer entre intérêts et amitiés, parfois incompatibles entre eux.
    Mardi 9 août, le chef d’état-major des armées iraniennes, le général Hassan Firouzabadi, dans une interview à l’agence iranienne de presse Mehr, déclare que les autorités azerbaïdjanaises non seulement briment les chiites azéris (15% de la population) mais ouvrent de plus leur territoire aux «sionistes»! Et le général de menacer: «Si cette politique continue, cela finira mal; il sera impossible d’empêcher un soulèvement du peuple d’Aran (Azerbaïdjan); ce peuple a du sang iranien dans les veines».
    L’accusation fait mouche. Les rapports entre Téhéran et Bakou ont toujours été compliqués. Cependant, d’ordinaire, l’Azerbaïdjan se garde de répliquer aux critiques lancées par quelque dignitaire iranien de rang modeste à propos des mauvais usages islamiques en pratique dans le pays. Mais que le général en chef lance pareilles invectives surprend.
    Aussitôt, Bakou a parlé d’ingérence dans ses affaires intérieures tout en essayant de jouer sur les dissensions en cours à Téhéran.
    Car le général Firouzoubadi doit son poste au guide suprême, l’ayatollah Khameni. Or la lutte d’influence entre le président et l’establishment clérical a libéré un espace politique pour les militaires iraniens. Leur chef s’est cru autorisé, ou peut-être l’a-t-il été, à afficher sa préoccupation devant l’irruption d’Israël en Azerbaïdjan, lequel cherche à se rapprocher des Occidentaux.

    L’Iran vraiment menacé

    Téhéran a trois motifs d’inquiétude. Sur instigation ou non d’Israël, Bakou peut vouloir créer des troubles dans le nord de l’Iran où vit une population d’origine azérie, 25% de la population iranienne (voir encadré). Qu’une révolte appuyée par Bakou éclate et Téhéran sera tenté de faire jouer sa propre alliance de revers avec Erevan. L’Iran appuiera l’Arménie dans ses revendications sur le Haut Karabach, avec l’espoir que Bakou, trop occupé par cette menace, n’entretiendra plus la subversion en Iran.
    Deuxième souci pour l’Iran: que les disputes avec son voisin à propos des réserves de gaz et de pétrole de la mer Caspienne s’enveniment à son détriment. Et il y a la menace israélienne. Pour Israël, l’Azerbaïdjan peut servir de poste d’observation avancé aussi bien que de base opérationnelle pour intervenir en Iran. De plus, une bonne partie de ce que sait le Mossad des réalisations nucléaires iraniennes serait le fruit de sa coopération avec les services de Bakou.En échange, Israël fournit à l’Azerbaïdjan une aide à la formation qu’apprécient les services secrets locaux et livre des armes que Bakou acquiert grâce à ses revenus pétroliers. Le budget azéri de la défense devrait atteindre 3 milliards de dollars en 2013 quand celui de l’Arménie, son adversaire historique, est de 380 millions. De façon significative, des investissements israéliens devraient doter l’Azerbaïdjan d’une capacité de fabrication d’équipements de haute technologie, en particulier des drones: de quoi tourmenter l’état-major iranien.
    Cependant la mondialisation étant ce qu’elle est, toute action en un sens a des implications dans un autre. En se ménageant une alliance de revers avec l’Azerbaïdjan, Israël en même temps qu’il menace l’Iran, gêne l’Arménie. Or ce pays, s’il est soutenu par l’Iran, l’est aussi par l’Occident. Aux Etats-Unis, le lobby arménien s’est mis en branle. Autant dire que l’Iran n’a probablement pas intérêt à provoquer l’Azerbaïdjan, au risque de voir Bakou se rapprocher encore un peu plus de l’Ouest. Les accusations du chef d’état-major iranien sont donc minimisées par Téhéran. De son côté, Moscou n’apprécie guère ce renforcement militaire de l’Azerbaïdjan dont les liens accrus avec l’Ouest nuiront aux positions russes dans le Caucase. Toutefois, les relations israélo-russes étant tout sauf simples, Moscou pourrait échanger l’influence grandissante d’Israël à Bakou contre son désengagement en Géorgie.
    Naguère, les alliances de revers, qu’un seul coup d’œil sur la carte suggérait aux Etats, étaient évidentes, simples et logiques. Ce classique outil stratégique devient délicat à gérer. En effet, l’interpénétration des intérêts nationaux est fréquente. Quand «les ennemis de mes amis poursuivent un objectif semblable au mien», tout devient plus compliqué.
    Si l’activisme israélien au Caucase peut être lourd de conséquences, il est plus probable que le refus de l’aventure l’emportera sur la volonté d’en découdre des uns et des autres… Comme si l’intérêt des Etats de la planète était d’abord de s’entendre entre eux…

    La population de l’Iran

    Cette population, très nombreuse, 80 millions de personnes, est hétérogène, tant au plan religieux qu’ethnique. La plupart des Iraniens sont musulmans, dont 89% de chiites et 10% de sunnites. Les minorités non musulmanes sont de moins en moins nombreuses depuis la révolution islamique. Les 100.000 Iraniens juifs seraient aujourd’hui 20.000. Le nombre de zoroastriens, babà’is, chrétiens, a diminué dans les mêmes proportions. Les 8.000 chrétiens assyriens qui relèvent de l’église catholique chaldéenne. Au plan ethnique, les Perses sont 51%, les Azéris 24%, les Gilakis 8%, les Kurdes 7%, les Arabes 3%,…

     

                                                                                                                                                               

     

    L’Alliance franco-turque, une alliance de revers

    Le 11 décembre 2004, Jacques Chirac se faisait l’avocat de l’entrée de la Turquie dans l’Union européenne. En 1963, Charles de Gaulle prônait un rapprochement avec ce pays. C’était la suite d’une histoire, inaugurée cinq cents ans plus tôt, entre la France, «fille aînée de l’Eglise» et la Sublime Porte, «l’infidèle», première alliance seulement géostratégique et non pas idéologique.
    Au début du XVIe siècle, la diplomatie française, pour contrer les Habsbourg, cherche des alliances de revers, à l’est de l’Europe. On a proposé de marier le duc d’Orléans à la fille du roi de Pologne. On se rapproche de la Transylvanie. Puis survient le désastre de Pavie, en Italie, le 24 février 1525. La fine fleur militaire française est anéantie. Les Habsbourg dominent l’Europe. La France est encerclée et humiliée. François 1er est prisonnier de Charles Quint.
    Sa mère, Louise de Savoie, régente, prend contact avec Istanbul. Cette recherche d’alliance est jugée scandaleuse dans la chrétienté. Les Turcs c’était l’Islam, l’ennemi de la foi chrétienne, la destruction de l’Empire byzantin, le joug de l’infidèle sur la Terre sainte… Il n’empêche. Soliman répond favorablement. Il est prêt, écrit-il, «à ceindre son épée». Le 29 août 1526, il attaque et écrase les Hongrois. En février 1536, un traité d’alliance en bonne et due forme est signé entre les deux puissances. L’empire ottoman fait son entrée officielle dans le jeu diplomatique européen. Pour contrer la propagande des Habsbourg qui traite François 1er de bourreau de la chrétienté, le roi de France obtient de Soliman des assurances sur les Lieux saints et la liberté de célébrer le culte, les pèlerins seront protégés…
    D’après René Sartet, « Historia », avril 2005  

     

     

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