×
  • Compétences & RH
  • Société Brèves International Brèves internationales Courrier des Lecteurs Les Grandes Signatures Documents Lois à polémiques Docs de L'Economiste Docs de Qualité Enquête de Satisfaction Chiffres clés Prix de L'Economiste 2019 Prix de L'Economiste 2018 Perspective 7.7 milliards Earth Beats Solutions & Co Impact Journalism Day cop22Spécial Cop22 Communication Financière
    Tribune

    Hassan Zaoual, l’économiste «situé», n’est plus

    Par L'Economiste | Edition N°:3596 Le 16/08/2011 | Partager

    Hassan Zaoual est décédé le mercredi 20 juillet 2011 à Lille, en France, à l’âge de 60 ans. Professeur à l’université du Littoral-Côte d’Opale à Dunkerque, il a enseigné également, de 1980 à 1984, à la Faculté des sciences juridiques, économiques et sociales de l’université Mohammed V à Rabat.
    Hassan Zaoual a laissé de nombreuses publications et une dizaine d’ouvrages dont Développement humain et dynamiques territoriales: vers des savoirs recomposés (L’Harmattan, 2008), Socio-économie de la proximité : du global au local (L’Harmattan, 2005) et Du rôle des croyances dans le développement économique (L’Harmattan, 2003). Dans ce dernier il développa sa «théorie des sites» articulée autour de trois principes: (i) une «boîte noire irrationnelle» faite de valeurs, de singularités, d’idiosyncrasies, de récits, de trajectoires, d’affects; (ii) un mode de développement fondé sur les ressources locales et sur le ressort culturel; (iii) une pragmatique du développement utilisant les techniques locales, le savoir partagé, le know how collectif et le patrimoine communautaire.
    Pour lui, le modèle standard, hyper rationaliste et transcendantal, n’est pas en mesure de capturer les multiples ressources symboliques que recèle, partout dans les pays en voie de développement, la multitude des «sites», c’est-à-dire les villages, les douars, les contrées, les territoires locaux.
    «Sites productifs» d’abord. Il est faux, souligne Hassan Zaoual, de prétendre, comme le font la Banque mondiale et le FMI, que les pays du Sud ne vivent que de l’aide extérieure ou des investissements étrangers et que le développement ne peut être qu’un «développement transposé, participant des «projets économiques globaux» et des «modèles de gestion experts.» Ce sont, au contraire, les activités rhizomiques, les ressources endogènes et les capabilités intrinsèques, mobilisées dans le cadre de réseaux familiaux et communautaires, qui font vivre ou survivre la plupart des territoires pauvres et enclavés. «Sites symboliques» ensuite: à l’Homo oeconomicus Hassan Zaoual oppose l’Homo situs : «Je prétends que l’être humain ne peut fonctionner qu’à partir d’un site symbolique. Le site symbolique, ce sont des croyances, des pratiques, du sens. À l’échelle de la planète, de tels sites, il y en a des milliards! Un village, un quartier, une ville, une région peuvent être des sites symboliques. Une entreprise aussi.» A la fois homme de concepts et homme de terrains, Hassan Zaoual œuvrait à consolider, sur son « site » natal dans le Souss, le Forum Mémoires, territoires et savoirs qui a tenu sa deuxième rencontre en mai dernier.
    Humaniste radical et pratiquant l’économie comme une science morale, ses analyses se placent en congruence, notamment, avec les travaux de Serge Latouche sur le développement.
    Je garde personnellement le souvenir d’un homme qui savait cultiver, selon un enseignement de Spinoza, les affects joyeux comme principe d’action.
    Il y avait au plus profond de lui un côté humain, trop humain.
    Adieu l’artiste. Le «site» continue.

    Noureddine El Aoufi
    Président de l’Association marocaine de sciences économiques (AMSE)

    • SUIVEZ-NOUS:

    • Assabah
    • Atlantic Radio
    • Eco-Medias
    • Ecoprint
    • Esjc