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    Tribune

    L’avenir de la croissance économique n’est plus chez les riches
    Par Dani RODRIK

    Par L'Economiste | Edition N°:3596 Le 16/08/2011 | Partager

    Dani Rodrik, professeur en économie politique internationale à l’Université de Harvard, est l’auteur de The Globalization Paradox: Democracy and the Future of the World Economy (Le Paradoxe de la globalisation: démocratie et avenir de l’économie mondiale, ndt)

    Pour la première fois peut-être dans l’histoire moderne, l’avenir de l’économie globale est entre les mains des pays pauvres et émergents.
    Les pays en développement sont-ils cependant réellement en mesure de porter l’économie mondiale? Une grande part de l’optimisme concernant leurs perspectives économiques résulte d’extrapolations. La décennie qui a précédé la crise financière globale a été, en plusieurs points, la meilleure que le monde en développement n’ait jamais connue.
    La croissance s’est propagée bien au-delà des quelques pays d’Asie, et, pour la première fois depuis les années 50, la grande majorité des pays pauvres ont connu ce que les économistes appellent la convergence, c’est-à-dire un rétrécissement des disparités de revenus avec les pays riches.

    Une phase unique

     

    Mais cette période, unique en son genre, est caractérisée par de forts vents économiques arrière. Les prix élevés des matières premières ont bénéficié en particulier aux pays africains et latino-américains, et les financements externes bon marché ont abondé. En outre, de nombreux pays africains ont rebondi après avoir touché le fond suite à de longues périodes de guerre civile et de déclin économique.
    Et bien sûr, la croissance rapide des pays avancés a généralement entraîné une augmentation des volumes d’échanges commerciaux mondiaux jusqu’à atteindre des niveaux records.
    La croissance réduite qui suit la crise dans les pays avancés ne doit en principe pas entraver les performances économiques des pays pauvres (voir encadré).
    La croissance dépend en fin de compte de facteurs d’approvisionnements – investissements et acquisitions de nouvelles technologies – et les réserves de technologies susceptibles d’être adoptées par les pays pauvres ne disparaissent pas lorsque la croissance des pays avancés est léthargique.
    Le potentiel des économies à la traîne est donc déterminé par leur capacité à réduire le fossé qui les sépare de la frontière technologique – et non par la vitesse de progression de cette frontière.
    La mauvaise nouvelle est que nous manquons encore d’éléments pour bien comprendre quand se produit cette convergence, ou quels types de mesures génèrent une croissance auto-entretenue. Certains cas de réussite sans ambiguïté ont fait l’objet d’interprétations conflictuelles.
    Certains attribuent le miracle économique asiatique à des marchés plus libres, tandis que d’autres estiment qu’il est dû à l’intervention de l’Etat. Et trop d’accélérations de croissance se sont finalement essoufflées.
    Les optimistes pensent effectivement que cette fois, c’est différent. Ils estiment que les réformes des années 90 – une meilleure politique macroéconomique, plus d’ouverture, et plus de démocratie – ont mis le monde en développement sur le bon cap pour une croissance soutenue. Un récent rapport de Citigroup prévoit par exemple que la croissance sera facile pour les pays pauvres avec une population jeune.
    Ma lecture des faits me rend plus réservé. Il y a certainement des raisons de se réjouir de l’abandon des politiques inflationnistes comme de l’instauration d’une meilleure gouvernance dans une grande partie du monde en développement. Globalement, ces développements renforcent la résilience d’une économie aux chocs et préviennent l’effondrement économique.
    La grande question pour l’économie mondiale est de savoir si les pays avancés en détresse économique seront capables de faire plus de place aux pays en développement à la croissance plus rapide, et dont les performances dépendront largement de leur capacité à faire des incursions dans les industries manufacturières et de services, secteurs dans lesquels les pays riches sont traditionnellement dominants.
    Les effets sur l’emploi dans les pays avancés seraient problématiques, surtout compte tenu de l’actuelle pénurie d’emplois à hauts revenus. De considérables conflits sociaux pourraient devenir inévitables, ce qui fragiliserait le soutien politique en faveur de l’ouverture économique.
    A terme, il semble inévitable que l’économie globale d’après crise connaisse une plus grande convergence. Mais une inversion majeure dans le cours des destins des pays riches et pauvres ne semble ni probable économiquement ni plausible politiquement.

    Les nouvelles conditions de la croissance

    Entamer et maintenir une croissance rapide requiert un peu plus qu’une bonne gouvernance, plus d’ouverture, plus de démocratie et que le maintien des grands équilibre financiers. Il lui faut des politiques visant à stimuler la production ce qui encourage un processus constant de changements structurels et génèrent de l’emploi dans les nouvelles activités économiques. Une croissance fondée sur les afflux de capitaux ou un boom des matières premières ne dure jamais longtemps. Une croissance durable requiert des incitations innovantes pour encourager l’investissement du secteur privé dans les nouvelles industries – avec le moins de corruption possible et des compétences appropriées. Si l’on s’en tient à l’histoire, l’éventail des pays susceptibles d’y parvenir sera réduit. Donc, même s’il y a moins d’effondrements économiques du fait d’une meilleure gestion macroéconomique, la croissance forte risque de préserver son caractère épisodique et exceptionnel. Les performances pourraient en moyenne s’avérer meilleures que par le passé, mais certainement pas aussi extraordinaires que l’envisagent les optimistes.

     

    Copyright: Project Syndicate, 2011.
    Traduit de l’anglais par Frédérique Destribats

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