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    Economie

    Université d’été «Un monde libre»
    Crise: Pourquoi aucun plan de relance n’a marché
    Entretien avec Emmanuel Martin, directeur du monde libre

    Par L'Economiste | Edition N°:3594 Le 12/08/2011 | Partager

    Pour Emmanuel Martin, l’idée d’une agence de notation européenne n’est pas sérieuse

    Emmanuel Martin, Docteur en économie et directeur du think tank «Un monde libre», est l’organisateur de l’université libérale d’été consacrée à l’Afrique qui s’est tenue dernièrement au Maroc. Pour lui, l’Etat de droit, le droit de propriété… sont autant d’institutions fondamentales pour le développement économique. Sur le dossier de la crise, l’erreur, selon lui, a été de croire que celle de 2008 était uniquement celle du libre marché. La 2e erreur a résidé dans l’idée de sauver les économies, avec l’intervention de l’Etat. Dans son entretien, il ne manque pas non plus d’attirer l’attention sur l’urgence d’une réforme des agences de notation

    L’Economiste: Vous avez organisé dernièrement l’université d’été libérale sous le thème : Afrique et liberté. Que vouliez-vous dire par le slogan «Partageons la liberté»?
    Emmanuel Martin: Nous avons envie de partager le débat et de convaincre. Les peuples africains ne sont pas libres ou pas assez libres. Le Maroc est dans la catégorie «pas assez libres». Plus au Sud, des pays comme le Gabon ou le Congo Brazzaville ne sont pas libres. L’idée est de réfléchir sur les institutions comme l’Etat de droit, le droit de propriété ou les contrats. Ce sont autant de règles qui nous permettent d’être véritablement libres et de profiter des opportunités de développement. Dans beaucoup de pays, on pousse les gens dans l’informel et finalement on leur nie le droit au développement. C’est malheureux. On se bat pour que cela cesse. Sur le plan des idées, ce n’est pas facile de faire passer ce message. Localement, sur le plan des intérêts, des personnes profitent du statu quo de manque de liberté en s’opposant à l’ouverture. Je pense à un pays comme l’Algérie. Le régime des généraux n’a pas intérêt à l’ouverture. C’est un frein à la constitution d’un Maghreb unifié économiquement.

    Dans des pays qui prônent le protectionnisme, la liberté n’est pas très présente. Qu’en pensez-vous?
    La liberté suppose des institutions qui la protègent et qui la promeuvent. Les droits de propriété, définis et sécurisés, permettent de donner au citoyen la dignité d’homme et l’envie d’investir. Si l’Etat ne joue pas son rôle de garantie de la propriété, j’aurai beaucoup moins d’incitations à mettre en valeur toutes les connaissances d’opportunités que j’ai. Si je suis empêché de faire du commerce, c’est le protectionnisme et cela limitera la liberté et réduira la taille du marché. Ce qui impactera les opportunités de spécialisation et donc de croissance et de développement. L’ouverture des échanges n’est pas uniquement une histoire d’avantages comparatifs à la David Ricardo. C’est aussi avoir une taille de marché plus importante, et donc plus d’opportunités d’échange et de potentiels de croissance.

    Vous avez annoncé la fin du retour de l’Etat et du keynésianisme triomphant. Voulez-vous être plus clair?
    L’erreur faite est de croire que la crise de 2008 était uniquement celle du libre marché. Dans une grande proportion, les erreurs commises sont dues à la politique monétaire, à celle du logement social abordable aux USA et à une certaine réglementation des banques, mal faite et qu’elles ont pu contourner.
    La 2e erreur a résidé dans l’idée de sauver les économies de la crise, avec l’intervention de l’Etat. Cela a fait dans un contexte de récession, d’endettement et de déficits importants. C’est un retour du keynésianisme triomphant, mais qui n’a pas duré longtemps, pour la simple raison que nous étions face au mur de la dette. On le voit très bien, depuis un an en Europe et quelques mois aux USA, on est dans une situation inextricable. Les plans de relance n’ont pas marché ni aux USA ni dans d’autres pays, comme la Chine. Le plan de relance chinois est en train d’être payé avec de l’inflation et du mal investissement dans des villes entières construites pour rien. C’est pour cela que je pense que c’est la fin du keynésianisme triomphant. A cause de la double erreur de diagnostic des origines de la crise et des remèdes à apporter.

     Les agences de notation en prennent pour leur grade. Pourquoi?
    Elles ont eu un rôle important comme facteur déclenchant la crise. Elles avaient un conflit d’intérêts du côté de la vente ou de l’achat. Plusieurs économistes, comme Charles Calomiris en Amérique, pensent que ce sont les acheteurs de titres notés par ces agences qui mettaient la pression pour avoir une bonne note. Un acheteur d’un bon noté AA peut le mettre dans son bilan à l’actif. Cela permet à une banque d’avoir moins de capitaux propres à aligner en face.
    Ces agences profitent d’une espèce d’oligopole. C’est la réglementation financière internationale, issue de Bâle 1, Bâle 2 et maintenant Bâle 3, qui sous traite l’évaluation du risque à ces agences de notation. L’idée est de dire qu’il faut se séparer d’un seul standard appliqué à tout le monde. Je pense qu’il faut s’en éloigner pour prendre en compte le mark to market, une évaluation historique et une autre prospective. Ainsi, les investisseurs ont des critères plus larges et plus diversifiés pour évaluer la valeur d’une entreprise. C’est important de mettre en concurrence ces différents standards. Un cafouillage peut se produire au début mais le meilleur standard finira par émerger. Je pense qu’il faut casser le monopole, mais l’idée d’avoir une agence de notation européenne publique, qui fera plaisir aux Etats, est de la rigolade. Elle ne sera pas indépendante.

     A votre avis, comment faut-il faire pour sortir les banques de la crise en Europe?
    Les banques américaines et européennes ne sont pas libres de fixer le taux d’intérêt, les prix par rapport à leurs offres... à cause du système de la banque centrale. Le 2e aspect de cette infantilisation du système bancaire est l’assurance des dépôts. Les clients sont confiants et ne feront pas de pression pour améliorer la gestion de la banque. Idem pour les créanciers. A chaque fois qu’une banque a un problème, le sauvetage se fait via l’argent public ou en mettant en place des mariages comme pour Bernstein. Les créanciers ne prennent plus de risques à cause du manque d’incitation à faire attention à la bonne gouvernance de la banque. Du coup, les banquiers risquent de se comporter de manière irresponsable.
    Si on regarde de très près, les banques familiales, où la responsabilité est très forte, n’ont pas eu de problème pendant la crise. Elles ont correctement évalué leur risque. En jouant avec leur argent, elles font attention aux investissements. Ce n’est pas le cas pour les autres banques américaines. L’idée est d’injecter plus de responsabilité au sein des banques.

    Propos recueillis par Mohamed CHAOUI

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