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Chronique d’Hier et d’Aujourd’hui

Au sujet de l’affluent hébraïque de l’identité marocaine…
Par Mouna Hachim

Par L'Economiste | Edition N°:3591 Le 09/08/2011 | Partager

Mouna Hachim est titulaire d’un DEA en littérature comparée. Depuis 1992, elle a éprouvé sa plume dans les métiers de la communication et de la presse écrite.
Passionnée d’histoire, elle a publié en 2004 «Les Enfants de la Chaouia», un roman historique et social, suivi en 2007 d’un travail d’érudition, le «Dictionnaire des noms de famille du Maroc»

Parmi les points marquants de la nouvelle Constitution, celui se rapportant, depuis le préambule, à l’identité nationale et à la consécration de toutes ses composantes arabes, amazighes, saharo-hassanies, ainsi que ses affluents africain, andalou, hébraïque et méditerranéen dans le cadre d’un Etat musulman souverain.
Assez significative pour s’y arrêter dans un contexte mondial de tous les clivages: la reconnaissance de l’affluent hébraïque comme élément constitutif de cette diversité.
Cela nous amène à nous intéresser autant à l’influence mutuelle entre les communautés qu’à l’apport de la composante juive de manière plus spécifique.
Nous faisons alors nôtre, cette question lue sur le site du Musée du judaïsme marocain: «Dans quelle mesure peut-on parler d’apport spécifique des communautés juives à la culture marocaine, le terme de culture étant pris ici dans son acception la plus large? Le mode de vie et de pensée des juifs, leurs langues, habitat et coutumes ont été dans leurs grands traits jusqu’à la colonisation ceux du pays en général, et de la région en particulier. La spécificité religieuse est la cause des particularités qui se sont affirmées au cours du processus historique sans aboutir pour autant à la juxtaposition de deux cultures différentes: il s’agit plutôt de variantes juives de la culture ambiante…».
Faut-il rappeler avec l’historien Haïm Zafrani que le judaïsme maghrébin, tout en entretenant des liens avec la pensée juive universelle est le «produit du terroir maghrébin où il est né, où il s’est fécondé et où il a vécu, durant près de deux millénaires…».
Nous ne résistons pas alors à l’envie d’évoquer ces mythes des origines qui font remonter l’installation des premières communautés hébraïques au règne du roi Salomon.
Un hypothétique manuscrit du Dadès du XI Ie siècle (censé être perdu en 1931), de même que des traditions juives populaires rapportent le peuplement de la région du Moyen-Draâ par les Juifs depuis le règne du roi Salomon. Selon cette même légende, les Juifs auraient exercé une forte hégémonie dans la région, remplaçant en cela les noirs chrétiens, fondateurs de Zagora qui prirent par la suite le statut subalterne de harratins. Marquant leur prééminence sur les populations berbères autochtones qui formèrent un royaume chrétien prospère, les Juifs auraient finalement succombé devant la pression des Sahariens almoravides musulmans au XIe siècle.
Cela nous amène en toute logique à cette délicate et controversée question, de savoir si la majorité des Juifs marocains est formée de Berbères judaïsés ou s’ils constituent des descendants du royaume de David.
Cette deuxième option est remise en question par l’historien israélien Shlomo Sand dans son livre «Comment le peuple juif fut inventé» où il réfute la réalité historique d’un exil de Palestine sous la Rome impériale, privilégiant la thèse des conversions au judaïsme.
Pour des raisons idéologiques évidentes, certains intellectuels, férus de génétique, tentent de lier racialement, toute trace de judaïsme aux Dix tribus perdues du mythique royaume.
De son côté, le linguiste Paul Wexler basé sur des données linguistiques et ethnographiques affirme que la majorité des Juifs sépharades descendraient d’habitants d’Afrique du Nord convertis au judaïsme et installés en Espagne.
Les plus anciens témoignages archéologiques se rapportant à la présence juive au Maroc sont des inscriptions funéraires en hébreu, découvertes à Volubilis au IIe siècle av. J. -C.
S’il est entendu qu’il y eut installation de colonies juives arrivées d’Orient dans la mouvance des Phéniciens d’origine cananéenne, aucun document épigraphique ou témoignage ne vient l’étayer.
Les chroniques anciennes affirment pour leur part, qu’à l’avènement d’Idris Ier à la fin du VIIe siècle, des foyers zoroastriens et païens étaient légion, tandis qu’un bon nombre de tribus pratiquaient le judaïsme.
Il s’agit notamment des Zénètes, venues de l’Est, depuis le désert égyptien et libyen, notamment dans le sillage de la Conquête arabe. Ils participent alors à la conquête en Andalousie, se convertissent au cours des siècles à l’Islam ou restent dans la foi mosaïque jusqu’à nos jours.
Parmi les principales ramifications des Zenata pratiquant le judaïsme pour certains de leurs groupes: les Mediouna, Bahloula, Jarawa, Jarmouna… dont quelques ethniques sont encore arborés par des familles sépharades.
De son côté, la confédération des agriculteurs sédentaires Masmouda était connue pour son adoption de quelques hérésies avec l’avènement de l’Islam, constituant une sorte de syncrétisme religieux entre monothéismes et paganisme, ainsi qu’une réminiscence de pratiques juives, comme c’est le cas chez les fameux Berghouata qui ont formé une principauté indépendante du VIIIe au XIIe siècle entre les deux fleuves-frontières Oum-Rebiî et Bouregreg.
Plus tard, aux communautés juives autochtones se sont joints les exilés d’Andalousie depuis les premières persécutions consécutives à la Reconquista en 1391 et surtout à l’édit de 1492 des Rois Catholiques, Isabelle de Castille et Ferdinand d’Aragon décrétant le judaïsme, «un crime grave et détestable» laissant trois mois aux juifs pour choisir entre le baptême ou l’expulsion sous peine de mort et de confiscation de leurs biens.
Afin de distinguer les Juifs autochtones des expulsés d’Espagne, il était d’usage de se désigner par les termes respectifs de «Toshavim» et de «Megorachim».
L’historien et bibliothécaire français Charles de La Roncière n’a pas hésité à évoquer, une «ère juive» au Moyen Âge avec notamment quelques vingt-deux Mellah au Tafilalet…
Que ce soit dans les centres urbains policés ou dans le monde rural, en zone arabe ou amazighe, dans les montagnes du Rif et de l’Atlas ou dans les confins du Sahara, les Juifs formaient une composante essentielle de la population et une communauté de culture.
Comme témoignages de cette symbiose: l’usage de langues communes, arabe ou berbère (l’hébreu étant réservé au domaine cultuel), la correspondance des créations littéraires et artistiques, la similitude des manifestations de la vie quotidienne, des costumes, des métiers, des rites, des cérémonies, des coutumes, des traditions comme le culte des saints, particularité maghrébine avec ses pèlerinages dits Hilloula, autour de saints hommes, parfois vénérés communément par les juifs et par les musulmans… C’est le cas notamment de Sidi Ayache dans le Haut-Atlas oriental dominant la ville de Midelt.
Le mellah qui ne constitue pas stricto sensu, un ghetto, n’empêche pas la cohabitation quotidienne encouragée par le commerce et par les conversions à l’islam. Le cas des Beldiyin (musulmans d’ancienne confession hébraïque) de la ville de Fès est à ce titre significatif. Difficile de ne pas se rappeler, dans ce sillage, la polémique aux mobiles économiques inavoués qui avait agité la cité et à laquelle avait pris part le grand érudit, Mhammed ben Ahmed Miyara (m. 1072/1662). Celui-ci est auteur de la célèbre «Nassīĥat al-moughtarīn» où il prend position en faveur de l’installation des Beldiyin dans la Qisariya, en soutenant la thèse de la non-discrimination.
Rappelons aussi dans ce cadre, le rang occupé par les Juifs à travers l’histoire en tant que conseillers des sultans, ambassadeurs, financiers et riches négociants, proclamés «Commerçants du Roi» (Toujar Soltane) notamment du temps où Essaouira était un florissant port international.
Les Juifs jouissaient également de la protection privilégiée de puissantes zaouïas comme celle de Dila au Moyen-Atlas ou celle des Cherqaoua de Boujaâd ainsi que le rapporte lors de son passage à Tadla, Charles de Foucault dans le cadre de sa «Reconnaissance du Maroc».
Ainsi se sont dessinées à travers les siècles d’amples voies de passage favorisant influences et emprunts et autant d’espaces de convergences, forgeant une identité attachée autant à sa diversité qu’à son unité.

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