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7e Salon International du Livre de Tanger
Steiner: Nous sommes au bord de l'abîme, ferons-nous un pas en avant?

Par L'Economiste | Edition N°:1441 Le 21/01/2003 | Partager

Quel énorme ennui s'il n'y avait plus l'histoire». George Steiner se tisse lui-même d'histoire (qu'il aime raconter avec des histoires). Et pourtant, c'est effrayant: il a toujours l'air d'être au bord de quelque chose d'énorme, d'irréversible, capable d'engloutir l'homme... pour peu que l'Histoire fasse un pas de plus. Qui sait si dans ces néants qu'il côtoie, vous n'y tomberez pas, parce que l'Histoire aura fait un pas de travers?Le plus simple serait de dire que son érudition débridée l'entraîne à réordonner son savoir de manière non scientifique. Ainsi, peut-on renvoyer les néants qu'il invoque dans les marges irrationnelles. Là-bas, le philosophe peut librement y devenir théologien. Nul ne devra lui demander des comptes de rationalité ou d'épistémologie. Il est même libre de se tromper, si cela l'amuse.Mais ce n'est pas facile de se débarrasser de Steiner. Même si vous avez oublié jusqu'à son nom, ses histoires sont là, à l'ouverture du journal télévisé, à la Une du quotidien. Et si vous faites mine de ne pas le voir, ses histoires s'invitent dans un conseil de classe, parce qu'un professeur aura parlé de l'enseignement des langues étrangères. Elles sont capables encore de s'inviter toutes seules dans la rue, quand deux passants en colère s'insultent….Que dit-il ce diable d'homme pour vous coller ainsi aux neurones?Des choses très simples, des évidences mais qu'on aurait tant aimé laisser tranquilles.Cela devait arriver et si ce n'est pas encore tout à fait arrivé, cela ne tardera plus guère: on peut cloner l'homme. Le monde entier proteste, condamne. Le monde entier dit qu'il va se hâter de légiférer pour limiter, peut-être interdire. Donc, il faudra brider en même temps la liberté et la science. Autrement dit, excusez du peu, il faudra casser en même temps deux des principaux totems de l'humanité contemporaine. C'est cela côtoyer le néant. Sur ce chapitre de la génétique, Steiner est un habitué. Il y a 20 ans qu'il nous demande si la société et l'esprit humain sont capables de gérer ce que la science est capable de produire. Quand il posait cette question, c'est à peine si on arrivait à concevoir qu'un jour, on serait capable de déchiffrer le génome humain. Et si jamais, disait-il, on trouve des secrets génétiques dont la portée morale ou politique nous dépasse, que ferons-nous? Arrêterons-nous la génétique ou changerons-nous la morale et la politique, comme l'ont fait… les nazis, par exemple? La science n'est pas qu'une marche vers la lumière, le bien-être. L'apocalypse est plus efficace quand elle est technologique. Les peuples battus, bombardés… le savent bien, et d'autres vont encore l'apprendre. Et pourtant, ces mêmes peuples savent aussi le confort, la sécurité de la technologie. Ils en savent aussi le bonheur quand presque tous les bébés qui naissent vivront et ce, plus longtemps que leurs ancêtres.Si la science est si pleine de pièges, l'art est-il plus tranquille? Que nenni, répond George Steiner, qui aligne les tortionnaires mélomanes tout en disant que la musique lui donne l'idée d'une transcendance divine. A moins de prendre Dieu en otage, il ne peut quand même pas vouloir la perte de ses créatures! Naturellement, son histoire personnelle explique beaucoup: enfant dans la Vienne des années 30, il a entendu monter les horreurs, au milieu de ce qui était l'une des sociétés les plus cultivées du monde. Steiner, un sceptique provocateur, un professionnel du doute et pour dire les choses franchement, un casse-pieds? Même pas, il serait plutôt «fleur bleue«: «Jusque dans les pires heures, je suis incapable de renoncer à la conviction que l'amour et l'invention du temps futur sont les deux prodiges qui font la valeur de l'existence mortelle«.De plus, il n'est pas méchant, ce diable d'homme, il est seulement incorrigible: après nous avoir si fort perturbés et parodié Heidegger («qui pense grandement doit errer grandement«), Steiner nous laisse sur «ceux qui pensent petit peuvent aussi errer grandement; telle est la démocratie de la grâce, ou de la damnation«. Si au moins on pouvait dire que le dernier mot n'a été rajouté que pour nous faire peur, mais, reconnaissons-le, surtout en terre d'islam, il y a beaucoup trop de vrais risques dans ce dernier mot.N. S.

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