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Politique

Une voie entre Dakar et Fès appelée tijanisme

Par L'Economiste | Edition N°:1665 Le 18/12/2003 | Partager

. Cette confrérie est très puissante au Sénégal. Comment les tariqas influencent économie et politiqueOusmane Ahmady finit d’égrener son chapelet, lève les mains au ciel et termine en invoquant la clémence du Tout-Puissant. Après un moment de profonde méditation, il reprend son chapelet et psalmodie des versets du Coran. Des prières comme ça, ce Dakarois, ancien employé dans une agence d’Air France, aujourd’hui à la retraite, ne sait pas combien il en fait par jour: 1.000, 2.000, 3.000… L’important, c’est qu’il lise le maximum de versets.C’est que Ousmane est un tijane. Cette tariqa (confrérie islamique), profondément ancrée dans la société sénégalaise, lie le salut de ses disciples à la prière à longueur de journée, en égrenant le chapelet, pilier de la confrérie. Le tijanisme constitue un des liens séculaires entre le Maroc et le Sénégal. Son fondateur, Ahmed Tijani (1737-1815), est enterré à Fès au quartier Blida, près de l’Université Al Qaraouiyine. Et sa zaouiya est un lieu de pèlerinage pour des milliers de Sénégalais, surtout pendant les fêtes du Gamou (Mouloud).Accomplir les 5 prières par jour, lire le wird (ensemble de prières et de chants soufis exprimant la gratitude au Créateur) et lire “salat Al Fatihi” sont les trois obligations religieuses d’un bon tijane. Salat Al Fatihi, une partie intégrante de la tariqa, est un ensemble d’oraisons sur l’âme du prophète. “La tariqa est un escalier pour atteindre la perle de la perfection. La marche vers Dieu commence par la purification de l’âme”, explique Ahmed Tijani, membre de l’Institut islamique de Dakar. Le quartier général des tijanes est situé dans la mosquée de leur cheikh Hadj Malicksy, celui qui a implanté la tariqa au Sénégal, après avoir été initié par Ahmed Tijani. Cette mosquée, rue Lamine Gueye, se remplit particulièrement la nuit du jeudi; les disciples font le “dikr”, priant et chantant toute la nuit des kassayds, louages au prophète.Le tijanisme est concurrencé par une autre tariqa, purement sénégalaise et plus influente: le mouridisme (dont le guide est Amadou Bamba). “Cette année, par exemple, il y a eu deux Aïd-El-Fitr au Sénégal. Chaque tariqa a ses critères pour localiser la lune”, fait remarquer Aboubacar, journaliste sénégalais.Chaque coin à Dakar rappelle particulièrement ces deux confréries (alors qu’il en existe d’autres). Les photos des deux cheikhs, enturbannés et vêtus de blanc, peuplent les commerces. On les trouve même dans les taxis et les bus. De telle sorte que dès l’entrée des boutiques ou des maisons, en fonction de la photo accrochée, on peut savoir si le propriétaire est mouride ou tijane. Les mourides (qui ont leur site Internet! www.htcom.sn) et les tijanes vivent en symbiose, car à l’origine, les deux guides spirituels Amadou Bamba et Hadj Malicksy sont des cousins. Mais le contenu de leurs prêches diffère. Les mourides se distinguent aussi par la vénération du travail.Importante communauté religieuse, ils accaparent le commerce informel qui fait vivre une masse impressionnante de Sénégalais. D’ailleurs, le poids de ce commerce est tel que Dakar ressemble à un grand marché où tout se vend et tout s’achète. Il est difficile de connaître le nombre des confréristes. Mais les fêtes religieuses témoignent de leur importance quantitative. Pendant le Magal, fête célébrant l’exil d’Amadou Bamba au Gabon par le colonisateur français, les boutiques du marché Sandaga, plaque tournante du commerce à Dakar, sont fermées. Leur poids financier s’affirme lors des cérémonies de collecte de dons. “En une nuit, ils leur arrivent de réunir des milliards de CFA (650 CFA=1 euro) et de refuser des dons lorsque la somme escomptée est dépassée”, affirme Sophie, secrétaire dans une entreprise informatique et mariée à un tijane non pratiquant. Le pouvoir économique des mourides leur confère une position de force au niveau politique. Au Sénégal, les confréries mêlent soufisme, économie, politique et Etat. Elles entretiennent des relations ambiguës avec le pouvoir central qui les courtise pour leurs assises électorales. Si la religion musulmane veut que les sujets soient en contact direct avec Dieu, les sociétés de l’Afrique de l’Ouest considèrent que ce lien avec le Créateur doit être incarné par un marabout, dont le pouvoir se transmet d’une façon héréditaire. Après la mort de Bamba en 1927, ses fils ont pris la relève. Le plus âgé est désigné calife. Il est le chef des mourides qui lui obéissent sans condition. Actuellement, le calife des mourides est Serigne Saliou M’Backé, cinquième dans la lignée de Bamba. Et il réside à Touba (en arabe, Touba veut dire repentir), sanctuaire des mourides. Initialement, c’était un petit village. Mais, en raison de la forte affluence des fidèles, c’est devenu une ville de plus de 300.000 habitants. L’importance du pèlerinage à Touba rappelle le “Madagh” de la Zaouiya Boutchichia près de Berkane, où des milliers de boutchichis viennent rencontrer cheikh Hamza. Autre écart par rapport aux fondements de l’islam, la “prophétisation” du guide. Il est courant d’entendre un mouride dire à un autre: “Que Dieu fasse que tu rencontres Amadou Bamba dans l’Au-Delà”. Le concept du pèlerinage, uniquement relié à La Mecque, a été aussi modifié par les croyances maraboutiques. Mohamed, jeune commerçant ambulant, préfère faire le pèlerinage à Touba, village du cheikh. “Je vais à Touba pendant le Magal pour invoquer Dieu et recevoir la bénédiction du cheikh”, dit-il avec fierté. Pourquoi il est mouride? “Quelle question! Je l’ai hérité de mon père”, répond-il. Comme la khilafa des confréries, l’appartenance à un marabout se transmet de génération en génération.


Ces grigris qui protègent du mauvais oeil…
AU Sénégal, l’islam confrériste est également mêlé à la magie noire, très répandue en Afrique subsaharienne. Les Sénégalais portent pour la plupart des grigris (amulettes). Abib, un commerçant au marché Sandaga, âgé de 30 ans, a un bracelet autour de l’avant-bras. “Je suis tijane. Je prie 5 fois par jour. Et ce grigri me protège du mauvais oeil”, explique-t-il. Son frère Merlan est un mouride et il a une autre amulette autour du cou avec la photo du cheikh Amadou Bamba, le “protecteur”.Nadia LAMLILI
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