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Economie

Réforme de l’Education nationale
Les professeurs «out»

Par L'Economiste | Edition N°:1660 Le 11/12/2003 | Partager

. Le corps enseignant se sent exclu de l’actuelle réforme. Le ministère de l’Education nationale promet une vaste campagne de communication pour 2004. Des manuels truffés d’erreurs suscitent l’indignation des professeursLes parents attendent une amélioration de la qualité de l’enseignement et surtout un système qui donne une garantie que le sort de leurs enfants sera meilleur que le leur. Après une série d’échecs, la constitution de la Cosef et ses travaux avaient donné un espoir raisonnable que l’enseignement devienne plus efficace. De leur côté, les professeurs s’attendaient à être immédiatement impliqués dans cette réforme majeure. Aujourd’hui, ils se sentent «out» et le disent. Le ministre de l’Education nationale le reconnaît sans difficulté: «Le corps enseignant ne s’est pas encore approprié cette réforme». Les professeurs dénoncent tout bonnement «l’inefficacité d’une réforme» entamée depuis trois ans déjà. Nouveaux manuels, nouvelles méthodes, décentralisation des décisions… L’initiative est boudée par des professeurs déconcertés, déconnectés, embarrassés de ne pas trop savoir ce qui se passe. Ils se plaignent surtout des manuels: près de 200 fautes dans l’un des nouveaux livres de français destinés à des élèves de 10 ans! Des références et des images incohérentes dans un manuel d’arabe pour des élèves de 6 ans! Les enseignants seront-ils tous capables de corriger ces fautes en classe? Plus complexe: comment vont-ils gérer, face à une classe qui peut être nombreuse et remuante, la remise en cause du sacro-saint manuel? Auront-ils tous assez de prestige ou d’autorité aux yeux de leurs élèves et des parents pour surmonter le doute que leur instrument de travail plein d’erreurs introduit forcément dans l’esprit de tous? La réforme voulait aussi rompre avec le «bourrage de crâne» mais il est toujours là, même si au passage de la réforme, il a changé de nom. Trop d’enfants dans les classes pour se passer du bourrage de crâne? Faux! les classes surchargées, image d’Epinal de l’enseignement, ne sont pas la règle générale. L’enseignement marocain est comme l’enseignement français rebelle aux réformes parce que les enseignants sont trop syndiqués? Encore faux: Le ministre Habid El Malki lui-même souligne que les syndicats sont «dans leur majorité demandeurs de la réforme». Il est un fait que ni lui, ni ses prédécesseurs n’ont eu à essuyer de grève ou de protestation contre la réforme. Les mouvements sociaux qui ont eu lieu dans l’enseignement concernaient la situation matérielle des enseignants ou des rivalités politiques qui transitaient par les syndicats.«Le professeur reste un technicien, qui doit appliquer des méthodes précises. Il n’a pas l’autonomie nécessaire pour développer l’analyse et la synthèse chez l’élève comme le lui recommande la réforme», explique un instituteur de français.La réforme lancée par Feu Hassan II a été victime d’une succession d’événements politiques: le gouvernement d’alternance a mis du temps à la reconnaître comme un processus fondamental tandis que le changement de règne a introduit un délai supplémentaire. Résultat: alors que les promoteurs de la réforme indiquaient constamment qu’elle n’avait de chance de s’enraciner que si le corps des enseignants la faisait sienne, la communication est restée au niveau zéro. Sans communication massive et active, le niveau d’implication des professeurs est resté très bas. Pendant ce temps, par tranche la réforme s’applique et donne l’impression à ceux qui l’appliquent que les choses se passent dans l’impréparation et la précipitation. Ce qui a le don d’amplifier l’exacerbation du corps enseignant qui nourrit un vif sentiment d’exclusion. Le ministère parle de «programme sérieux de communication» mais ne l’a pas encore mis en chantier. «Ce sera pour l’année 2004», promettent El Malki et son équipe qui, à la rentrée 2003, se sont attaqués à réhabiliter l’image de l’Education nationale. On ne sait pas aujourd’hui dans quelle mesure l’opération a fonctionné.Ce que les quelque 300.000 professeurs de l’enseignement public attendent vraiment, c’est de dialoguer sur la manière dont ils doivent travailler avec leurs élèves pour être dans la ligne de cette réforme. Les réactions des professeurs sont dans l’ensemble les mêmes. La dizaine d’enseignants contactés par L’Economiste ont tous l’air démotivés, fatigués de ressasser les mêmes complaintes. Ils ne croient plus à une réforme qui s’applique de manière brouillonne… Ils ne comprennent pas pourquoi des heures ont été enlevées sans que le programme correspondant n’ait été allégé, ou inversement que des heures soient ajoutées à une matière sans que le programme correspondant change. En un mot, ils ne voient pas où cette réforme veut en venir. En tout cas pas celle qu’on leur présente à travers un guide, des nouveaux manuels, des heures en plus, des heures en moins… Ils n’en intègrent pas encore la portée. «C’est clair que c’est un long chemin que doivent emprunter tous les acteurs» indique le ministre. Les relais entre les décideurs et les enseignants fonctionnent très mal, comme si ces relais avaient intérêt à ne pas changer leur propre manière de travailler ou bien comme si le corps était décidément trop gros pour absorber le changement sans en perdre l’essentiel en cours de route. Le ministère insiste: il «mettra un point d’honneur à rétablir ces relais». Il pense que la clef est la réorganisation et que la régionalisation est l’axe fort de la réforme. Le ministre du MEN est clair: «Le ministère n’a pas les moyens de gérer au niveau central tout l’appareil du système éducatif». Aujourd’hui, la machine se met en branle, avec pas mal de cafouillages et en générant un sentiment d’incertitude chez les professeurs. Il reste à savoir si le mouvement finira par entraîner l’adhésion.


Combien gagnent les profs?

La rémunération mensuelle des enseignants varie selon les échelles, lesquelles sont fonction du diplôme et de l’ancienneté. - échelle 7 le salaire net varie de 2.367 à 2.964 DH, - échelle 8, de 2.646 à 3.297 DH, - échelle 9, de 2.877 à 3.674 DH, - échelle 10, de 3.661 à 5.174 DH, - échelle 11, de 5.311 à 8.382 DH- hors échelle, de 10.062 à 10.520 DH.Les salaires sont donc faibles en regard de ce qui existe dans le reste de l’économie marocaine. Le dilemme de l’enseignement est l’effet de masse: une augmentation de 200 DH/mois pour chaque professeur, ce qui n’est pas énorme, se traduirait par une dépense de 960 millions de DH sur l’année dans le budget de l’Etat! Les enseignants ont donc l’impression qu’on se moque d’eux à chaque augmentation, alors que pour l’Etat, c’est un engagement qu’il n’arrive pas à tenir, même quand il en fait la promesse.Sur les trente dernières années, les salaires des enseignants n’ont pas suivi l’évolution générale du pays. Dans les années 70, un instituteur était souvent propriétaire d’une voiture et avait un niveau de vie qui faisait de lui un quasi-notable dans les petites villes et un vrai notable dans les zones rurales. Un professeur était considéré comme un «bon parti» par les jeunes filles à marier. Le corps enseignant fournissait le gros de la couche moyenne. Aujourd’hui, cela a complètement disparu. Un instituteur est un quasi-pauvre, qui a bien peu de chances d’acquérir une voiture. La dégradation du niveau de vie engendre ou conforte la perte du respect que les élèves et les familles portent aux enseignants. Exclu de son statut de maître, matériellement dévalorisé, méprisé par ses propres élèves, aujourd’hui, il est plus proche du paria que de l’aura de celui «qui a failli être prophète», comme le dit encore l’adage populaire.


Sureffectif

Le sureffectif existe, mais ce il n’est pas général. Dans le cycle primaire, seuls 4% des classes sont réellement en sureffectif. Une moyenne de 50 enfants par classe. Dans le secondaire, le problème est plus sérieux: 14%. des classes sont en sureffectif. La question est plus compliquée qu’il n’y parait. L’implantation scolaire est directement liée à l’aménagement du territoire, aux mouvements de population (dont on sait qu’ils iront en s’amplifiant à cause de l’exode rural) et au comportement démographique des Marocains, lequel connaît une véritable révolution depuis une dizaine d’années. Dans le cadre de la réforme, l’enjeu devrait être un peu simplifié puisque ce sont les directeurs d’académie qui auront à juger avec les partenaires locaux des programmes d’équipement à mettre en place. Ceci signifie, par exemple, que la construction d’un internat à Boujdour ne se fera au détriemnt de celui de Oujda. La décision se prendra dans le cadre de la région en relation plus directe avec les possibilités et les besoins locaux.


Payer pour l’école?

Dans un premier temps, la réforme voulait rendre payant, sous une forme ou sous une autre, une partie de l’enseignement. Immédiatement après son intronisation, SM Mohammed VI n’a pas accepté cette idée. Ce choix rejoignait les avertissements lancés par les ONG et selon lesquels, les fournitures scolaires, aussi bon marché soient-elles, étaient déjà un frein pour les familles pauvres et souvent nombreuses. Les ONG étaient unanimes pour dire qu’un paiement, même minime, serait un facteur de déscolarisation. L’option de la gratuité a évidemment rendu plus difficile le financement de la réforme, qui reste entièrement à la charge des contribuables (à l’exception de l’enseignement privé, qui devra à terme prendre en charge 20% des élèves). Avec le recul de quelques années, il faut reconnaître que l’option de l’école avec droits à payer n’est plus aussi pressante: la grosse vague du baby-booum s’efface lentement dans les classes (mais on la retrouve dans le chômage des jeunes!) alors que la croissance économique globale réduit le poids relatif de l’enseignement dans les budgets publics. A la fin des années 80, l’éducation absorbait près de 30% du budget, sa part n’est plus que de 24% aujourd’hui et ce, même si en valeur absolue, le montant a considérablement augmenté. Mouna KADIRI

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