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Réforme de l’Education nationale
Les académies plus autonomes, mieux managées

Par L'Economiste | Edition N°:1660 Le 11/12/2003 | Partager

Le “mammouth” se mettrait-il enfin en branle? Difficile de le croire tant l’Education nationale est le domaine du doute par excellence. Pourtant, la détermination du ministère et du ministre semble forte. Habib El Malki convient aisément des difficultés qui le guettent. Il reconnaît les limites de son ministère: trop gros, pas assez réactif, peu informé... La solution est déjà pour lui d’alléger la plus grande administration du pays: 300.000 personnes! Il veut donner plus de prérogatives aux académies, notamment en matière de conception des programmes, mais aussi en matière budgétaire, voire de gestion des ressources humaines: 70% du budget d’investissement sera géré par les académies elles-mêmes. Parallèlement, le ministre veut mener à bon port la restructuration d’un ministère particulièrement budgétivore. Les enseignants restent pourtant sceptiques. Faute d’informations, ils attendent que la machine de la réforme soit bien huilée pour en sentir les vertus. Pour le moment, ils n’en savent pas grand-chose... . L’Economiste: Le ministère de l’Education nationale ressemble à un grand laboratoire où les expériences qui sont les projets de réformes successives n’ont jamais donné de résultats probants. Comment sortir de ce cycle fermé? - Habib El Malki: L’une des issues à la crise permanente qui secoue ce secteur réside dans une restructuration et une réorganisation de son mode de fonctionnement. Continuer à gérer 300.000 enseignants et 6 millions d’élèves d’une manière centralisée condamnera le secteur à la régression. Il faut donc déconcentrer de manière progressive, tout en respectant le rythme que la réforme de notre système éducatif implique. Cette redistribution des rôles est susceptible de remédier à la crise en profondeur. Par ailleurs, notre système est en crise parce que le ministère n’a pas eu le temps de penser la réforme par anticipation. A l’exception de la dernière, nous avons toujours entretenu des réformes sous pression et de manière partielle. C’est la raison pour laquelle nous nous sentons parfois dépassés. . La réforme date déjà de trois ans. Ne pensez-vous pas qu’elle doit subir des changements pour répondre à l’évolution que le secteur de l’éducation a connue depuis? - A partir de 2004 et dans le cadre de son redéploiement, le ministère doit réfléchir aux ajustements stratégiques de la réforme pour préparer celle de 2009-2010. Le processus est permanent, pas question de rester des décennies sur le même système. Qu’il s’agisse de budget, taux de réussite, amélioration de la qualité ou la mise en oeuvre des moyens adéquats, le ministère a aujourd’hui un cadre très clair de réforme. La détermination des objectifs en tenant compte d’indicateurs comme le taux d’abandon et d’échec ou la participation de nouveaux acteurs passeront progressivement au niveau de l’académie. Le fait d’avoir des objectifs chiffrés et des indicateurs permet de faire le suivi des réalisations et d’évaluer le parcours pour rectifier éventuellement le tir. . Votre ministère consomme plus d’un quart du budget global et puisque les élèves mettent plus longtemps qu’il ne le faut pour accomplir les cycles, la pression budgétaire en est renforcée. Pouvez-vous améliorer l’efficacité du budget? - Concernant la scolarisation en milieu rural, si nous réglons le problème du transport et de cantine au niveau du primaire, nous réduirons considérablement le taux de déperdition. Au niveau du collège, nous menons une politique plus dynamique en augmentant le nombre des internats. Ce sont des actions en amont qui permettront au ministère de faire de vraies économies de budget en le rendant plus efficace. Le préscolaire doit aussi être institutionnalisé dans sa formule moderne. La formule traditionnelle reste celle qui est la plus pratiquée. Elle permet à 54% des élèves qui se trouvent dans la tranche d’âge 5-6 ans d’apprendre à lire et à écrire. C’est à peu près 500 à 600.000 élèves sur 1,2 million qui devraient fréquenter le préscolaire. . Le taux d’échec au bac en juin vous a-t-il posé des problèmes pour la rentrée de septembre?- Pour les bacheliers qui ont redoublé, on a demandé aux conseils de discipline de revoir avec une certaine indulgence leurs dossiers. Nous essayons aussi d’étudier avec les responsables de la formation professionnelle la possibilité d’offrir à ces étudiants une formation courte ou de moyenne durée. Une expérience que nous avons commencée timidement. . Beaucoup disent que la réforme a été faite par et pour des “intellos” trop éloignés de la réalité du terrain, mais la loi est là qu’il faut appliquer. Comment allez-vous le faire? - La charte est le fruit d’un très long processus. Une commission royale représentative des différents courants de pensées et de toutes les disciplines y a planché pendant plusieurs mois. Elle s’est concertée avec les partis politiques, les syndicats et les mouvements associatifs. Elle a pris en compte les expériences étrangères. Dans un pays comme le nôtre, il n’est pas facile d’avoir un document de référence qui fait l’objet d’un consensus. C’est la première fois que le Maroc est doté d’une réforme qui est acceptée par tout le monde. Je ne suis pas d’accord quand vous dites qu’elle est éloignée des réalités. Elle exprime une ambition, un code de route pour le système éducatif. Là où nous devons faire preuve d’intelligence, c’est dans la manière de l’appliquer. Il faut introduire les modulations que dicte la conjoncture. Je reconnais qu’il n’y a pas eu une ouverture sur le corps enseignant pour susciter son adhésion à travers une forte campagne d’information. Nous sommes en train de le faire. Je considère que c’est la condition fondamentale pour que cette réforme réussisse. Elle est appelée à descendre au niveau de l’académie et de l’enseignant. Ce sera plus concret. Pour ce faire, nous allons organiser un certain nombre de forums au niveau régional. Une manière d’avoir une évaluation de la première étape qui nous permettra de mieux percevoir comment les enseignants vivent la réforme et comment ils l’appliquent. La réforme ne peut aboutir que si elle fait l’objet de l’adhésion de ceux qui sont censés l’appliquer. . Peu de choses ont avancé sur la restructuration du ministère, pourtant annoncée il y a un an et demi. Pourquoi tout ce temps de latence? - Le texte régissant la restructuration est paru en juillet 2002. Le processus sera mené à son terme ce mois de décembre 2003. La restructuration est étroitement liée à la réforme du système éducatif. Autrement dit, elle dépend des nouvelles attributions accordées aux académies. Notre ministère est celui où la déconcentration est appelée à être la plus avancée. 70% de notre budget d’investissement sera géré par les académies. Cette politique a conduit à réduire de moitié le nombre de directions au niveau central. Le futur rôle du ministère sera de réfléchir sur les grandes orientations stratégiques où la réforme est appelée à être permanente. Pareil pour ce qui est du réajustement des stratégies mises en oeuvre dans le domaine des programmes et de la planification. . Concrètement, quels sont les relais entre vous et les enseignants? par quels canaux ferez-vous passer l’information et la mobilisation en faveur de la réforme? - Le Maroc a fait le choix de la régionalisation qui est une nouvelle gouvernance, naturellement les relais sont là. Bien sûr, les orientations stratégiques resteront du ressort du ministère et de l’Etat, mais tout ce qui est en rapport avec la mise en oeuvre et la gestion administrative et des ressources humaines, les académies devront s’en charger. Concernant les programmes, 30% sont conçus aux niveaux local et régional. La réforme a prévu une marge pour les académies d’imaginer leurs possibilités afin de mieux approcher les établissements dans leur environnement immédiat.. Votre discours est le même que celui de vos prédécesseurs sur la mobilisation des enseignants. La situation n’en est pas pour autant changée… - Cette fois, c’est différent. Pour la première fois, un dossier revendicatif est traité en profondeur. Qu’il s’agisse des modalités de la promotion interne, la retraite, l’assurance-maladie ou l’habitat à travers les actions que mène actuellement la Fondation Mohammed VI des oeuvres sociales, les avancées sont réelles. Nous avons une vision intégrée des revendications. Une paix sociale doit se décréter avec les partenaires sociaux. Il ne s’agit pas de mesurettes qui seront annoncées pour faire plaisir, mais pour donner au dialogue social un contenu et en même temps de nouvelles perspectives de travail avec les syndicats. Ces derniers sont capables de jouer un rôle important pour se mobiliser dans le sens de la réussite de la réforme de l’école. . Où en êtes-vous par rapport aux revendications des enseignants, surtout celles qui sont en rapport avec leur promotion? - Nous sommes en train d’honorer nos engagements. Une enveloppe de 5 milliards de DH a été affectée sur trois ans. 2004 sera la dernière année du processus. Nous allons aussi boucler la mise en oeuvre d’un nouveau statut concernant le personnel enseignant. Il s’agit de tout ce qui est en rapport avec la promotion interne et la réorganisation d’un certain nombre de corps. Nous sommes les seuls au sein de la fonction publique à avoir un nouveau statut. Il est novateur parce qu’il ne fait plus recours au système d’ancienneté pour la promotion. On accède directement à l’échelle 9 et la promotion se fait par des examens professionnels.


Portefeuille douloureux…

Il n’y a pas eu chez les enseignants de rejet de la réforme, pas de grève, pas de protestation comme chez le “mammouth français”. Le corps des instituteurs et de professeurs, qui n’est pas gâté du tout par les rémunérations, demande plutôt de savoir ce qui se passe. Il n’en reste pas moins que la mobilisation des profs passe aussi par des coups de pouce sur les salaires. Le dossier fait mal… au ministre des Finances, qui a le portefeuille douloureux.Propos recueillis par Mouna KADIRI et Mustapha BENTAK

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