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International

Présidentielles américaines
«Aucune rupture en vue dans la politique étrangère»
Entretien exclusif avec Pascal Boniface, président de l’IRIS

Par L'Economiste | Edition N°:1888 Le 02/11/2004 | Partager

Qui de Kerry ou Bush sera le prochain locataire de la Maison-Blanche? Méfiez-vous des sondages, ils ne veulent pas dire grand-chose, prévient Pascal Boniface, président de l’Institut des relations internationales et stratégiques (voir encadré). L’expert français se refuse au moindre pronostic. Il estime cependant que Bush a un avantage sur l’argument sécuritaire, un aspect sur lequel l’Amérique est en total désaccord avec le reste du monde. Mais le président sortant peut trébucher si les électeurs se prononcent en fonction de problèmes économiques.- L’Economiste: L’élection présidentielle aux Etats-Unis n’a jamais été aussi incertaine. Qu’est-ce qui pourrait faire basculer la balance au profit de l’un ou l’autre candidat? La lutte contre le terrorisme ou les préoccupations économiques?- Pascal Boniface: Effectivement, l’élection semble très serrée et les sondages qui donnent la victoire de l’un ou l’autre candidat, ne veulent pas dire grand-chose. Ils sont effectués au niveau national, or, le vote a lieu Etat par Etat. C’est au sein de chaque Etat que l’on déterminera les grands électeurs qui vont voter pour l’un ou l’autre des candidats. Il faut se souvenir qu’en 2000, George Bush avait plus de 500.000 voix de moins au niveau national qu’Al Gore. Et pourtant, il a pu remporter les élections grâce à une différence de 500 voix par ailleurs contestées dans l’Etat de Floride. Qu’est-ce qui pèse le plus dans la décision des électeurs? J’aurais tendance à dire qu’on le verra finalement au résultat. Si ce sont les préoccupations économiques qui l’emportent, les déficits à la fois budgétaires et commerciaux, la dégradation de la situation de l’emploi sous le mandat de George Bush donnerait John Kerry gagnant. Mais si les électeurs se déterminent principalement dans la lutte contre le terrorisme et même si l’on peut penser que George Bush a plus contribué à le nourrir qu’à le combattre, il pourrait alors remporter les élections, car il y a un fossé entre ce que pensent les Américains et ce que pense le reste du monde. Le reste du monde, à l’exception d’Israël, vote largement pour John Kerry. Mais les Américains sont persuadés que Bush est le meilleur rempart contre le terrorisme, tandis que le reste du monde estime plutôt que sa politique a aggravé la situation internationale. - Sur les grands dossiers de politique étrangère, quelles différences voyez-vous entre George Bush et John Kerry? - Il y a bien sûr des différences entre les deux candidats, même s’il ne faut pas se faire trop d’illusions. Les politiques étrangères des Etats subissent rarement des ruptures suite à une élection. Ce sont plutôt des évolutions qui surviennent. La politique étrangère américaine est déterminée par l’histoire américaine, par la conception qu’ont les dirigeants américains de leur puissance nationale. Par ailleurs, même si John Kerry gagne les élections, il n’aura pas un sénat ou une chambre des représentants à sa dévotion. John Kerry sera bien sûr plus multilatéraliste que ne l’était George Bush. Il serait d’ailleurs difficile de l’être moins. Dans les formes, il sera plus ouvert aux autres nations. Mais il serait illusoire de penser qu’il va revenir au multilatéralisme tel qu’on l’avait connu dans les années 60 ou 70. L’unilatéralisme américain n’est pas né avec le 11 septembre ou l’élection de George Bush, mais est bien un phénomène à la fois constant et en progression depuis le début des années 90. Faut-il rappeler que le premier président américain à avoir bombardé l’Irak contre l’avis de l’ONU était Bill Clinton à partir de décembre 1998?- Comment voyez-vous l’évolution de la gestion du dossier irakien dans l’hypothèse de la victoire du candidat démocrate? Pensez-vous que George W. Bush, réélu, apporterait des changements à sa politique actuelle? Si oui, lesquels à votre avis?- Quel que soit le président élu le 2 novembre, sa mission consistera à un repli en bon ordre des soldats américains d’Irak en essayant de ne pas perdre la face. Le maintien d’un dispositif militaire américain de grande ampleur est impossible sur le long terme parce que c’est un échec stratégique et militaire et qu’il a un coup économique que ne pourront pas soutenir longtemps les Américains. Par ailleurs, il risque de se retrouver de plus en plus seul si un terme n’est pas mis à l’occupation. Les quelques pays qui ont participé à la coalition se retirent les uns après les autres, comme la Pologne qui vient d’annoncer qu’elle allait le faire. Même militairement, la situation est compliquée parce que l’armée américaine a du mal à recruter pour envoyer des troupes en Irak.- Que peuvent attendre les pays du monde arabe du prochain président des Etats-Unis concernant le conflit israélo-palestinien?- Il n’est pas anodin que lors du premier débat consacré à la politique étrangère, aucun des deux candidats n’ait abordé la question israélo-palestinienne, comme si ce conflit n’était pas d’un intérêt majeur pour les Etats-Unis et pour le reste du monde. La vérité c’est que dans leur programme, rien ne sépare les deux candidats sur ce point qui se sont tous les deux engagés à empêcher la condamnation d’Israël à l’ONU et ce, quelle que soit l’attitude du gouvernement israélien. On peut craindre qu’aucun des deux n’entende faire pression sur le gouvernement israélien afin de l’amener à mettre réellement en œuvre la «feuille de route». Pour une fois, on peut souhaiter que les candidats ne respectent pas leurs engagements électoraux! - Certains spécialistes ont qualifié la diplomatie de George Bush de diplomatie pétrolière, d’où son rapprochement avec l’Algérie et l’activisme dans les pays pétroliers  en Afrique subsaharienne. Y a-t-il un lien avec les problèmes en Arabie saoudite et donc, la volonté de diversifier les sources d’approvisionnement?- Effectivement, George Bush a une forte image pétrolière. Il vient du Texas, une grande partie de son entourage est issue de l’industrie pétrolière. Mais de toute façon, pour les Etats-Unis, quel que soit le président, le pétrole, énergie abondante et bon marché est un aspect essentiel. Ici comme sur d’autres points, George Bush a accentué une tendance qui existait avant lui. Le contrôle des ressources énergétiques est une constante dans la politique américaine qui explique partiellement sa diplomatie. Il est évident que dans la décision d’entrée en guerre contre l’Irak, la dimension pétrolière n’était pas totalement absente.


Un expert mais aussi un auteur prolifique

Pascal Boniface est l’un des principaux analystes des relations internationales en France. Il est directeur de l’Institut des relations internationales et stratégiques (IRIS) et enseignant à l’Institut d’études européennes de l’Université de Paris 8. Il anime le cycle de formation professionnelle supérieure aux questions internationales et stratégiques de l’Iris ainsi que le diplôme privé d’études supérieures en relations internationales de l’IRIS-IPRIS. Pascal Boniface dirige également «La Revue internationale et stratégique» et «L’Année stratégique».Il a écrit ou participé à la publication d’une quarantaine d’ouvrages ayant pour thème les relations internationales, les questions nucléaires et de désarmement, les rapports de force entre les puissances, ou encore la politique étrangère française ou l’impact du sport dans les relations internationales. Il est membre du Conseil consultatif pour les questions de désarmement de l’ONU, administrateur de l’Institut des Hautes Etudes de la Défense Nationale et membre du Comité de soutien et de réflexion de l’Académie diplomatique africaine (ADA). Il fut également membre du Haut Conseil de la Coopération Internationale (1999-2003). Ses derniers ouvrages sont: «L’année stratégique 2005», IRIS/Challenges/Armand Colin, 2004; Atlas des relations internationales, Hatier, 2003; La France contre l’Empire, Robert Laffont, 2003 et «Est-il permis de critiquer Israël», publié chez Robert Laffont en 2003. Propos recueillis par Abashi SHAMAMBA

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