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Affaires

Maroc-France/intégration
Il n’y a pas que le couscous du club de foot!
Rencontre avec Catherine Vautrin, secrétaire d’Etat française à l’Intégration

Par L'Economiste | Edition N°:1854 Le 15/09/2004 | Partager

. Une politique en deux directions. Gros financements pour les villesDans un entretien exclusif, Catherine Vautrin, secrétaire d’Etat à l’Intégration dans le gouvernement de Raffarin, pose d’une manière nouvelle les questions de l’égalité des chances et la politique de la ville pour les immigrants, de première mais aussi de deuxième et troisième générations. Pour elle, l’école est la clef de tout, comme elle l’avait été sous la Troisième République, quand la France avait commencé à intégrer ses ruraux, lesquels, parfois, ne parlaient pas le français. La secrétaire d’Etat participa au séminaire de Rabat sur l’intégration (voir supra).- L’Economiste: Le mot intégration irrite de plus en plus les populations des quartiers dits sensibles, qu’entendez-vous avec intégration?- Catherine Vautrin: Deux approches dans le contrat de l’intégration. La première est de faciliter les liens du nouvel arrivant avec la terre sur laquelle il va demeurer. Le contrat d’intégration est de dire qu’on vient vivre en France, on connaît les règles, on sait qu’on a des droits et des devoirs, d’où la nécessité d’apprendre le français. Deuxièmement: en direction de toutes ces familles qui sont arrivées pour travailler. Leurs conditions d’accueil n’ont pas été forcement celles qu’on pouvait espérer. Nous constatons que trente ans après, nous avons encore des femmes qui ne parlent pas un mot de français, j’ai en tête ces femmes qu’on ne sait aller chercher que les jours où il faut faire le couscous du club de foot.- Les quartiers sensibles sont aujourd’hui des quartiers déshumanisés. Comment les rendre plus humains?- Du constat de 2003 on est passé à l’action, un projet de loi de cohésion sociale sera discuté au Sénat le 20 octobre et à l’assemblé le 20 novembre. Nous espérons qu’en janvier, la loi sera adoptée. Il y a un investissement énorme qui va se faire : 6 milliards d’euros (NDLR : 60 milliards de DH, presque le budget de fonctionnement du Maroc) pour reconstruire 200 000 logements et rénover 200.000, au total 400.000 logements nouveaux seront remis dans 5 ans. Notre cible c’est les 150 quartiers les plus dégradés de France. Nous allons repenser l’urbanisme de ces quartiers conçus selon les concepts des années 60/70 et qui donnent l’aspect de ghettos fermés. Il faudra aérer, ouvrir, construire des logements de petite taille, ou raser complètement dans certains cas. Ce que l’on voit c’est qu’on peut changer très vite et durablement les choses. - Il y a un grand turn-over dans ces quartiers, les populations qui arrivent à s’en sortir quittent ces quartiers, ce qui les rend de plus en plus précaires et pauvres.- La plupart du temps, les villes qui ont ces quartiers, ont de véritables difficultés financières. Je propose, dans le plan de la cohésion sociale avec Jean-Louis Borloo, une réforme durable: c’est la réforme de la dotation de solidarité urbaine, l’idée, est de travailler sur l’égalité entre les villes riches et pauvres. Les collectivités vivent avec pour recette la dotation globale de fonctionnement, en France aujourd’hui ce sont 25 milliards d’euros (250 milliards de DH). La dotation de solidarité urbaine représente 630 millions d’euros et aujourd’hui elle est distribuée en fonction du potentiel fiscal des communes. J’ai travaillé sur cette réforme pour que, d’abord, le montant distribué soit plus élevé, nous passerons à 1,2 milliard. Ensuite, par un biais de “coefficientage”, la loi donnera plus aux villes qui ont des quartiers, afin qu’elles puissent avoir les moyens pour une politique humaine autour de la rénovation urbaine.La rénovation des quartiers se fera si les habitants arrivent à s’approprier cette rénovation. La première étape c’est reconstruire le quartier en accord avec les habitants en faisant le travail de mémoire, travailler sur l’activité économique en développant les zones franches, aujourd’hui nous en avons 85. Notre volonté est d’aider les habitants des quartiers à s’autonomiser.- Quels sont les projets en direction des jeunes ?- Par l’intermédiaire du plan de la cohésion sociale, la volonté est tout faire pour réactiver les quartiers. Il y a le programme des 800.000 jeunes en apprentissage sous les cinq ans.C’est par l’emploi que les gens retrouvent une raison d’être, il y a toute l’approche que nous avons sur les espaces de réussites éducatives destinés aux enfants, notamment des écoles primaire qui auraient des difficultés scolaires pour éviter les décrochages scolaires, premier indice d’un pas vers la délinquance. C’est un travail d’épanouissement, d’accompagnement des enfants, c’est l’égalité des chances qui sera accompagnée par une démarche de promotion des quartiers. - Qu’est-ce que vous pouvez apporter au Maroc ?- Je vais voir le travail fait pour la modernisation des textes de lois, ainsi que le travail remarquable sur le statut de la femme. Le problème des foyers des travailleurs immigrants, c’est un sujet dont j’ai la responsabilité, la question est de voir comment faire évoluer ces foyers pour que les Marocains ayant choisi de rester vivre en France aient une retraite dans des conditions qui soient le plus dignes possibles. Parallèlement à cela nous allons travailler à renouveler la convention de partenariat de développement entre le Maroc et la direction interministérielle à la ville afin d’aider le Maroc dans la démarche qui est assez proche de celle qu’on a pu avoir en matière de politique de la ville et du développement.- Avez-vous des projets pour ces travailleurs immigrants en retraite ?- Aujourd’hui, quand ils sont encore dans les foyers, ils sont dans des chambres de 4e. Le projet est comment on peut avoir des cités proches des maisons de retraite, comment rendre les lieux où ils logent des lieux plus accueillants, plus agréables.- Devant la montée du racisme et de l’antisémitisme, comment construire le vivre ensemble ?- Nous allons monter un partenariat avec l’association convergence pour mettre ensemble une formation sur les principales religions et expliquer les particularités de chacune et la possibilité qu’offre la France pour une coexistence harmonieuse.


Les images, la formation et l’ambition

Pour améliorer l’image des quartiers difficiles, il faut mettre en avant la réussite en relançant les talents de cités, les réussites des zones franches, propose la secrétaire d’Etat, Catherine Vautrin. “A Roubaix, par exemple, les habitants ont redynamisé le centre de la ville par la zone franche”. Par la rénovation urbaine, par l’apport économique en montrant qu’il y a des réussites de l’entreprise, par l’attrait des jeunes avec des formations, par la charte de diversité dans les entreprises pour que “les entreprises aient des stratégies d’embauche qui correspondent au bassin d’emplois sur lequel elles sont implantées”. La réforme de dotation de solidarité urbaine va changer durablement la donne, espère-t-elle. Dans la loi de Finances, l’article 40 permet de distribuer une sorte de subvention de solidarité aux communes les plus en difficulté. “C’est un effort massif en direction de ces quartiers.On se rend compte aujourd’hui que la mixité est d’autant plus difficile, que pratiquement tous les gens qui vivent dans certains quartiers sont d’origine étrangère”. Il n’y a plus de contact avec les Français de souche parce que ces derniers n’habitent plus dans ces quartiers, constatent les pouvoirs publics français. “Notre action est d’aider les habitants des quartiers, quelles que soient les origines. L’égalité des chances, c’est les faire sortir des quartiers grâce à l’école, la formation et l’emploi”, explique Catherine Vautrin.Pour les jeunes, poursuit-elle, “nous allons étendre le dispositif mis en place avec l’ESEC (NDLR :“une prépa: pourquoi pas moi?”), le mettre en place avec l’ensemble des écoles de commerce de France”. C’est à ses yeux, un “très bon moyen” de proposer aux jeunes des quartiers, “un accompagnement scolaire de la seconde à la terminale qui permet de les préparer aux concours”. “Ce qui m’intéresse, analyse-t-elle, ce n’est pas la réussite aux concours mais l’ouverture de l’esprit et la capacité de comprendre qu’on peut faire autre chose”. Propos recueillis par Hakim El Ghissassi

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