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France: Le Conseil musulman se divise à nouveau

Par L'Economiste | Edition N°:1861 Le 24/09/2004 | Partager

. L’embellie venue de la crise des otages n’aura pas duré quinze jours. Un Franco-Marocain à l’origine du retour en arrière. L’institutionnalisation sera-t-elle remise en cause?LA crise des otages français en Irak a permis au Conseil français du culte musulman d’acquérir une grande visibilité dans le monde et principalement le monde arabo-musulman. L’union de façade que ce conseil a montrée à cette occasion, n’a pas pu résister au-delà de deux semaines. Il a suffi d’un peu de zèle de la part de l’énigmatique Mohamed Bechari, président de la Fédération nationale des musulmans de France (attitré proche du Maroc) pour que les fortes dissensions internes et les enjeux du pouvoir soient de nouveau mis à jour.En rendant visite à Abassi Madani, le leader du FIS algérien, le Franco-Marocain Mohamed Bechari a soulevé de vives protestations de la part de la Mosquée de Paris. Les délégués nationaux de cette dernière, réunis le 15 septembre 2004 en conseil extraordinaire, ont profité de cet incident pour mettre à jour la menace de geler leur participation à l’organisation des prochaines élections du CFCM si le dispositif électoral n’est pas revu. Ceci démontre que ce conseil est encore loin d’un islam français gallican souhaité par de nombreux universitaires. Les rivalités nationales jouent un grand rôle dans le fonctionnement de l’actuel CFCM. Depuis 2003, le culte musulman de France a une structure nationale: le Conseil français du culte musulman, le CFCM, présidé par le recteur de la Mosquée de Paris, le Dr Dalil Boubakeur, et accompagné de structures régionales, les Conseils régionaux du culte musulman, les CRCM. Ces derniers sont dotés d’une personnalité juridique et d’une autonomie d’action, ils sont les interlocuteurs régionaux des pouvoirs publics. Plus de 4.032 délégués représentant 995 mosquées sur les 1.316 sollicitées, ont élu en avril 2003 les instances décisionnelles du CFCM. Le “miraculé de la République”, l’ancien ministre de l’Intérieur Jean-Pierre Chevènement, a lancé, fin 1999, le chantier de l’institutionnalisation de l’islam de France. Il a pris en considération les différentes expériences de ces prédécesseurs: Pierre Joxe avec le Conseil de réflexion sur l’islam, CORIF (1989-1993) et Charles Pasqua qui a privilégié l’Institut musulman de la Mosquée de Paris, cette dernière présentant le 10 janvier 1995 la charte du culte musulman et créant le Conseil représentatif des musulmans de France. L’organisation de ce conseil devait se baser sur les grandes mosquées régionales et sur les muftis de régions d’où les titres portés par certains (grand mufti de Marseille par exemple). Pour le financer, Charles Pasqua offrira l’exclusivité du contrôle de la viande halal à la Mosquée de Paris; l’exclusivité sera élargie en 1996 avec Jean-Louis Debré aux deux Mosquées d’Evry et de Lyon.Le 21 octobre 1999, J.-P. Chevènement propose à cinq fédérations, six mosquées indépendantes et six personnalités dites “qualifiées” l’adhésion à la Consultation des musulmans de France. Cette adhésion a été subordonnée à la signature d’un texte intitulé “Principes et fondements juridiques régissant les rapports entre les pouvoirs publics et le culte musulman en France”. Ce document reprend en préambule les principes juridiques français et européens et rappelle les principales règles édictées dans la législation et la jurisprudence française. Des protestations sur l’ingérence de l’Etat dans l’organisation de l’islam verront le jour, portées principalement par des mouvements de jeunes n’étant pas impliqués dans la gestion des mosquées et salles de prière. Toutes les institutions et personnes invitées à participer à la consultation finiront par y adhérer, excepté la Mosquée Adda’wa à Paris. La signature du texte préparé au sein du cabinet de Chevènement visait à mettre à niveau le statut juridique du culte musulman et d’affirmer d’une façon solennelle la supériorité de la juridiction de l’Etat sur les cultes. Une polémique naîtra d’un article sur la liberté de changer de religion. Des organisations musulmanes exigeront la suppression de ce passage ou l’inscription en entier de l’article en référence. . Fort taux de participationL’Etat optera pour la suppression pure et simple de l’écriture de l’article mais en le faisant apparaître par sa référence. Pendant deux ans de travail au sein de 8 commissions spécialisées dont une réservée à l’organisation, l’Etat accompagnera les membres de la consultation qui arriveront à établir un mode d’organisation du culte musulman basé sur la superficie des salles de prière destinées au culte. Les élections devaient avoir lieu avant les élections présidentielles de 2002. La Mosquée de Paris privilégiera la tenue de ce scrutin après les élections présidentielles.Le CFCM a été officialisé le 3 mai 2003. Les élections qui ont conduit à la création du CFCM ont eu lieu les 6 et 16 avril 2003. 995 lieux de culte sur les 1.316 sollicités ont désigné 4.032 électeurs qui allaient choisir les membres constituant les Conseils régionaux du culte musulman (CRCM) et les 3/4 de l’assemblée générale du CFCM. Le taux de participation a atteint 86%.Le 3 mai 2003, l’assemblée générale constitutive du CFCM composée de 150 membres élus et de 50 personnes désignées, adoptera à l’unanimité les statuts du CFCM. Le 4 mai, les 63 membres du conseil d’administration (2/3 élus dans les régions, 1/3 désignés dont 5 personnalités dites cooptées) désigneront les membres du bureau du CFCM suivant en cela la proposition de la Consultation des musulmans de France (COMOR) arrêtée lors du séminaire de Nainville les Roches les 19 et 20 décembre 2002. Le 15 juin 2003, la désignation des bureaux des Conseils régionaux du culte musulman sera achevée. Des mouvements dits musulmans laïcs tenteront de créer des structures similaires au CRIF (conseil représentatif des israélites de France). Ils subiront l’échec le lendemain de leurs proclamations à cause de leur faible représentativité et les visées politiques qui animaient les initiateurs parfois habités par une aversion envers la religion.. Le dopage des fédérationsPour les élections des CRCM, nous pouvons constater qu’elles ont donné lieu à un dopage des fédérations en défaveur des mosquées indépendantes et des salles de prière très nombreuses qui reflètent l’islam populaire et principalement subsaharien et confrérique. La cause de ce dopage fut une construction d’alliances, dans lesquelles chacun avait sa stratégie. L’UOIF n’a pas été à la tête des listes afin de ratisser plus large, puis après les élections, elle s’activera pour avoir la responsabilité des CRCM. La FNMF ralliera vers elles les mosquées et personnalités d’origine marocaine désirant garder leur autonomie et ne désirant pas s’allier avec l’UOIF. Les autorités marocaines, à travers les consulats, étaient très actives afin de ne pas perdre la main sur le religieux en France et cela en l’absence de tout soutien financier ou politique de consolidation des lieux de culte musulmans dirigés par des Marocains. Ces derniers, à l’inverse des mosquées sous l’influence de l’Algérie, ne profitent d’aucun soutien ni financier ni cultuel, à l’exception de l’envoi de quelques imams pendant le mois de Ramadan. La Mosquée de Paris comptait principalement sur l’alliance avec la FNMF pour conquérir certaines régions. Mais les dysfonctionnements au sein de la Mosquée de Paris n’ont pas permis à cette alliance d’aller plus loin. Les prochaines élections du CFCM sont prévues en avril 2005. Leur approche met en convulsion les principales fédérations. Ces dernières ne sont pas sûres de sauvegarder les résultats de 2003. En effet, les lieux de culte musulmans sont mieux informés sur le processus de représentation, les modalités des élections et les enjeux qui se cachent derrière. Les structures fédératives actuelles n’on pas su accompagner l’évolution de ces lieux de culte, qui tendent de plus en plus à l’autonomie et à dépolitiser l’activité religieuse. C’est pour cela et c’est dans l’intérêt des différents protagonistes de retarder les élections afin de se restructurer et de tisser les alliances nécessaires pour une meilleure représentativité.L’émergence d’un pôle autonome qui se réclame d’un islam de France loin des influences de l’islam politique et des pays d’origine ne verra pas le jour avec les prochaines élections. Le processus est assez récent pour permettre l’émergence d’autres forces, les nouvelles générations ne s’intéressent pas assez, pour le moment, à la gestion cultuelle. Nous sommes plus dans une restructuration des pôles déjà existants.L’absence d’une politique générale claire et transparente du CFCM, ajoute de la confusion. Le CFCM devra répondre à la question: est-il une instance religieuse, culturelle ou politique? Selon la ou les réponses données, le champ d’action du CFCM sera déterminé et clarifié.


Trois pôles sont en train de se structurer

1 - Un islam proche de l’Algérie regroupant la Grande mosquée de Paris et la Fédération nationale qui lui est liée, le Comité de coordination des musulmans turcs de France (CCMTF) sous tutelle de la Diyanat, organe officiel turc, des représentants de l’islam confrérique et quelques salles de prière situées dans les foyers des travailleurs immigrés.2 - Un islam politique militant représenté par l’UOIF, qui est entrée dans une phase de création de lieux de culte, il attirera quelques associations politisées de la FNMF et certaines mosquées indépendantes ainsi que la dynamique organisation turque Milligurush proche de Nejmeddine Arbakan. Il faudra noter qu’au sein de ce pole, on retrouvera en plus des lieux de prière dirigés par des Marocains, des mosquées dirigées par des Tunisiens ou des Algériens proches des mouvements des frères musulmans. Certaines tendances de l’islam subsaharien non confrérique pourront également être un soutien à cette tendance.3- Un islam proche du Maroc (majoritaire), encore mal défini autour de la FNMF, qui reste incertain dans son mode d’organisation. Sa fragilité structurelle le prive d’une cohésion interne solide. Elle pourra constituer un troisième pôle regroupant des lieux de culte indépendants politisés représentant les tendances islamiques marocaines (principalement le MUR, le positionnement du mouvement présence et spiritualité proche du Cheikh Abdessalam Yassine, n’est pas encore clarifié), les tablighs, les salafis et un islam marocain officiel basé sur les anciennes amicales il reflétera en grande partie l’évolution de la situation religieuse au Maroc. D’où la prudence des autorités marocaines de tutelle de s’afficher clairement avec la FNMF. Une première réunion de réflexion a eu lieu en août à Rabat, sous la tutelle de Ahmed Tawfiq, ministre des Affaires religieuses, et en présence de Nezha Chekrouni, secrétaire d’Etat aux MRE. Etaient présentes à cette réunion informelle des figures religieuses marocaines en Europe. Il est à noter l’absence du président de la FNMF à cette réunion. Les liens que le Maroc a avec certaines confréries subsahariennes pourront lui apporter un soutien conséquent, cependant, dans la cacophonie qui caractérise aujourd’hui la FNMF, ces confréries sont plus sur le sentier de la mouvance algérienne de la Mosquée de Paris. -La porte de sortie d’un islam attitré de Marocains peut être la constitution d’une fondation des Habous, regroupant les mosquées à affinité marocaine (l’Algérie et la Turquie ont les leurs), l’idée est mise en chantier. Hakim EL GHISSASSI

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