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Economie

11 Septembre, 3 ans après
Entre hégémonie américaine et folie des islamistes

Par L'Economiste | Edition N°:1851 Le 10/09/2004 | Partager

. Le monde musulman et la communauté internationale piégés. Intensification de l’interventionnisme américain A quoi, à qui a-t-on affaire aujourd’hui? Quel monde allons-nous laisser à nos enfants? Ces questions, loin d’être basiques, se posent avec acuité plus que jamais en cette période de grande vague de prises d’otages. Les changements depuis la fin de la seconde guerre mondiale censée marquer l’instauration d’un ordre de paix entre les nations sont multiples. L’écroulement des deux tours ce 11 septembre 2001, voilà trois ans, a contribué à marquer ce nouvel ordre. Mais Ben Laden, ce «héros» préfabriqué, n’est plus qu’une pièce du puzzle. Entre 2001 et 2004, les réseaux extrémistes et revendicatifs se sont énormément manifestés.Les attaques du 11 septembre et l’ensemble des attentats qui ont suivi ont favorisé l’accélération de la projection mondiale des Etats-Unis, explique Aymeric Chauprade lors de son intervention en marge du salon de la sécurité qui a eu lieu hier (cf. Edition du 09 septembre 2003). La stratégie globale des Etats-Unis, c’est-à-dire le maintien de son hégémonie, sa prévention contre le réveil de la puissance chinoise, est restée la même. «Mais après ces attentats, force est de constater que l’interventionnisme américain s’est accéléré: l’implantation en Afghanistan des Etats-Unis est une prise de pied aux portes de la Russie et de la Chine. Le démontage du régime irakien, l’intensification de la présence américaine en Asie pacifique, notamment aux Philippines pour la lutte antiterroriste (alors que la présence américaine tendait à diminuer depuis quelques années)». Ainsi, selon l’expert de la géopolitique, les islamistes ont permis d’accélérer l’implantation américaine dans les zones stratégiques, en contre-réaction et pour consolider leurs intérêts. Un paradoxe relevé par Chauprade, «auquel les islamistes devraient s’intéresser». Mais dans cette double guerre sans nom, le monde musulman se retrouve piégé entre les amalgames occidentaux et la radicalisation d’un mouvement qui renie sa diversité. Le fameux choc des civilisations, ce «discours huttingtonien» est dans toutes les têtes. «Du dialogue des civilisations, on est passé à une logique de blocs», précise l’expert. La stratégie de prises d’otages indifférenciée nourrit bien évidemment cette thèse. L’Administration Bush, par ses mensonges sur les raisons de l’intervention en Irak, n’a, à aucun moment de ce sombre gouffre de l’Histoire, mesuré les conséquences de son intervention. Saddam régnait sur une poudrière. Saddam est parti, d’autres sont venus. Etait-ce donc cela son arme de destruction massive? Celle qu’il ne pouvait actionner parce qu’elle aurait couru à sa propre perte? Car, comme le dit Chauprade, la seule capacité qu’ont ces réseaux est celle de détruire, non pas de construire. Il est impossible de concevoir l’atteinte de leurs objectifs, c’est-à-dire instaurer un bloc islamique unifié dans le monde: près de 90% de la puissance militaire se concentre en Occident et en Asie. A aucun moment, cette Amérique ne s’est rendu compte de la mesure de son arrogance (prison d’Abu Ghraieb) qui a donné à boire et à manger à ces mouvements, les a ralliés, a déchaîné cette caste de fous furieux prêts à détruire. Et voilà la communauté internationale, les pays arabes, l’Islam, les peuples, piégés: comment être contre la politique américaine dévastatrice et maladroite sans cautionner les terroristes. Comment être ni occidental, ni extrémiste. Comment arrêter cette course à l’horreur sans sombrer dans une atmosphère de répression généralisée, en protégeant les libertés individuelles, est, non pas une priorité mais une nécessité absolue. Les moyens au niveau international sont nécessaires, mais insuffisants. Il faudra compter sur la force des peuples.


Le dur réveil des peuples

La réaction des peuples français, espagnol, italien, russe, etc., se démarque peu à peu du mouvement la carte politique. Aux Etats-Unis, une grande partie des électeurs ne veut voter ni pour Bush, ni pour Kerry. En France, dans l’épreuve de la prise d’otage de deux journalistes, son peuple n’a fait qu’un. La jeune Française voilée d’origine maghrébine qui a menacé d’ôter son voile pour ne pas se sentir piégée par la barbarie de ces actes (qui a fait le tour des rédactions françaises) a permis d’apporter un nouveau regard et atténuer ces amalgames entretenus. Voilée n’est pas égale à extrémiste. L’on peut considérer cela comme un pas en avant dans la chasse à l’amalgame.En Espagne, la voix du peuple a été la plus forte. Les Italiens, Népalais, Coréens… ont été brutalement secoués par cette réalité sortie de leur petit écran et crevant leurs propres chairs. Ainsi, le voile se lève peu à peu sur la conscience des peuples: il n’y a pas de blocs mais des nations et des peuples. Cela pourrait bien être le début d’un mouvement salvateur. Car enfin, les moyens dont dispose le monde pour lutter contre le terrorisme, bien que matériellement impressionnants, sont limités. L’expérience de la coordination difficile de tous les pays européens dans la lutte antiterroriste en est un exemple. Ces «organisations criminelles transnationales terroristes» (OCTT) se nourrissent des foyers de tensions un peu partout dans le monde. Et tant qu’il existera des personnes influentes dont les intérêts coïncident avec ces organisations, la lutte sera très difficile. Le géopoliticien français Aymeric Chauprade, comme beaucoup d’analystes, estime qu’il faut se concentrer sur les liens des réseaux transnationaux avec les mouvements intra-étatiques.


«A qui profite le crime?»

Ce qui a aussi changé depuis ce 11 septembre c’est la création de nouveaux marchés pour les secteurs stratégiques comme la chimie, la biotechnologie, les nouvelles technologies de l’information. «Ainsi la menace d’une guerre chimique et bactériologique a permis de débloquer des subventions importantes pour les sociétés en faveur de la recherche», note l’expert. Ainsi, le maintien de cette menace favorise les intérêts de multinationales fortes dans les NTI, la défense, l’énergie, la biotechnologie, la pharmacie. L’économie de guerre soutient la concurrence occidentale devenue structurellement faible par rapport à l’Asie et la Chine en particulier, relève Chauprade. Et ces forces-là sont représentées dans les structures politiques de l’Etat. «Mais cela ne nous dit pas qui est le criminel», précise l’expert.Mouna KADIRI

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