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3.340 instits payés à… chômer!

Par L'Economiste | Edition N°:2735 Le 14/03/2008 | Partager

. Ils ne disposent pas de classes. Pendant ce temps, de nombreuses écoles en manquent. Flagrante sous-utilisation des effectifs Le dispatching du corps enseignant a de quoi donner le vertige au plus brillant des comptables. Alors prenez vos calculettes et essayez de comprendre comment il se fait que 3.340 enseignants du primaire n’ont pas de tableau de service (ndlr, pas de classe) et qu’en même temps les écoles du Royaume souffrent d’un déficit de 1.390 instituteurs!Une contradiction qui, selon un rapport du Conseil supérieur de l’enseignement (CSE), s’explique par la rigidité de la gestion des ressources humaines. En plus clair, cela veut dire qu’il y a une mauvaise gestion des affectations des lauréats des Centres de formation des instituteurs (CFI). Dans certaines régions ou zones, un déficit en enseignants est constaté, alors que dans d’autres, c’est plutôt le contraire. Les affectations ne se font donc pas selon les besoins, mais selon des critères pour le moins obscures. Un problème auquel le CSE et le département de l’Education nationale doivent impérativement trouver une solution. Le rapport révèle également que la croissance annuelle moyenne des effectifs s’est établie, depuis 1999-2000, à seulement 0,84% (de 122.000 enseignants en cette année-là à 129.000 en 2006-2007). Une progression qui a, à peine, suivie celle de la demande en scolarisation. C’est ce qui s’est traduit négativement sur le taux d’encadrement puisqu’il stagne encore à 28 élèves par enseignant. A titre d’exemple, en Tunisie, ce taux est de 21 élèves par enseignant. En plus, 59% des enseignants du primaire exercent en milieu rural. Cela s’explique par la forte demande sur l’école publique dans ce milieu où les établissements privés sont pratiquement inexistants.Côté enseignement secondaire collégial, la question se pose autrement. En effet, le rapport du CSE révèle que seulement 37,5% des enseignants accomplissent la charge horaire légale de 24 heures hebdomadaires. Une sous-utilisation d’effectifs (encore une) due, selon le rapport, à la faible taille des collèges ruraux et à l’inachèvement des structures pédagogiques des collèges nouvellement construits. Force donc est de constater qu’il y a là aussi dysfonctionnement qui ne peut s’expliquer que par l’absence d’une planification adaptée aux besoins dans l’espace et le temps. Même topo dans l’enseignement secondaire qualifiant, mais en plus accentué. En effet, il a été constaté que seulement 15,7% des enseignants remplissent la charge horaire légale de 21 heures de cours par semaine. Selon le rapport, cela s’explique par la spécialisation des enseignants de ce cycle et qui ne permet pas une gestion optimale des ressources. Toutefois, il faut signaler que c’est dans ce cycle que l’on enregistre le meilleur taux d’encadrement: 18 élèves par enseignant. Dans l’enseignement supérieur, l’effectif du corps professoral stagne depuis la rentrée universitaire 1999-2000 pour s’établir à 9.870 enseignants en 2006-2007. C’est une conséquence directe de l’opération «départs volontaires» de 2005. Mais il n’y a pas que cette seule raison, relève le rapport. En effet, le niveau de recrutement ne suit pas la cadence des nombreux départs à la retraite qui, note-t-on au passage, ne cessent de croître. Cependant, le déficit est beaucoup plus prononcé dans certaines disciplines que dans d’autres. Situation qui a poussé le département de tutelle à procéder au recrutement de quelque 1.140 enseignants entre 2000 et 2007. Mais, malgré cela, le déficit n’a pas été pour autant comblé. Conséquence, le taux d’encadrement atteint 85 étudiants par enseignant surtout au niveau des facultés de droit et des lettres. Difficile donc dans cette situation de dispenser un enseignement de qualité . Capacités d’accueilSur le volet construction d’établissements scolaires dans le primaire, on peut dire que les pouvoirs publics ont consenti d’importants efforts. En effet, le nombre d’écoles est passé de 5.940 en 2000 à 6.990 en 2007. Soit donc près de 100.000 classes au lieu de 81.000 en 1999-2000. Un accroissement trois fois supérieur à celui des effectifs qui a atteint en 2007 près de 4 millions d’élèves. Cette évolution s’est répercutée positivement sur le ratio nombre d’élèves par classe. Celui-ci est passé de 43 élèves par salle en 2000 à 40 élèves par classe en 2007, avec toutefois des disparités entre milieux urbain et rural et aussi entre établissements. Concernant l’enseignement secondaire collégial, l’effort est encore plus soutenu. Le rythme de construction de collèges a atteint entre 1999-2000 et 2006-2007, la construction de 60 nouveaux collèges par an. Le Maroc compte actuellement pas moins de 1.381 collèges. Les nouvelles constructions ont surtout profité au milieu rural où le taux de couvertures des communes rurales en établissements d’enseignement secondaire collégial a atteint 46,3% alors qu’il n’était que de l’ordre de 28,27% en 2000. Cependant, le rythme de construction de nouvelles salles de cours (3,3% par an) ne permet pas encore de faire face à la demande de plus en plus croissante (5% annuellement). Un déséquilibre qui maintient élevé le ratio nombre d’élèves par salle (45 élèves). On s’en doute, un tel nombre se traduit inéluctablement par des effets négatifs sur la qualité des apprentissages dispensés.Dans l’enseignement secondaire qualifiant, on ne fait guère mieux. Le ratio de nombre d’élèves par classe a même périclité. Il est passé en moyenne de 33,7 élèves en 2000 à 39,4 élèves actuellement. Une situation que l’on doit, selon le rapport du CSE, à la forte progression de la demande (5,5% par an). En fait, l’on est passé de 483.720 élèves en 2001 à 681.369 en 2007. Cependant, à peine 23% des inscrits en première année du primaire arrivent en dernière année du secondaire qualifiant (avec redoublement). Plus inquiétant encore: seulement 13% de cette cohorte arrivent à décrocher le bac. Sans redoublement, ils ne sont que 5% à arriver au terme du parcours et seulement 3% passent avec succès le baccalauréat. Reste l’enseignement supérieur où de nombreux dysfonctionnements ont été relevés. A commencer par une structure par établissement et par filière fortement déséquilibrée. La plus forte concentration d’étudiants (50% d’un effectif de 370.000) se trouve dans les villes de Rabat, Casablanca, Fès et Marrakech. Cependant, le taux net de scolarisation universitaire pour la tranche d’âge des 19-23 ans ne dépasse pas les 12%. A titre comparatif, ce taux est de 45% en Jordanie et 80% en Corée du Sud. A noter que l’enseignement supérieur compte une quinzaine d’universités et 91 établissements d’enseignement supérieur qui offrent une capacité d’accueil de 304.000 places.


Inefficace

Ils sont 24,4% de bacheliers à se retrouver au chômage. Les techniciens et lauréats de la formation sont dans la même situation. Ils représentent respectivement des moyennes de l’ordre de 32,22 et 43,3%. Ils sont tous titulaires de diplômes supérieurs. Cependant, les écoles et instituts supérieurs où l’accès est sélectif sont moins touchés par le phénomène des diplômés chômeurs (seulement 2,1% contre 41,3% pour les lauréats des facultés). Le rapport du CSE reconnaît qu’une telle situation atteste de l’inefficacité externe du système d’éducation et de formation. En fait, jusqu’aux années 80, l’Etat embauchait une bonne partie des diplômés. Ce qui n’est plus le cas aujourd’hui. En outre, la structure de la formation universitaire produit actuellement une majorité de diplômés des disciplines littéraires et juridiques (76% du total des lauréats en 2006).Jamal Eddine HERRADI

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