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30 avril: Un modèle social est né… ne boudons pas notre plaisir!
Par Jamal Belahrach*

Par L'Economiste | Edition N°:1618 Le 08/10/2003 | Partager

Pourquoi avons-nous du mal à apprécier les événements à leur juste mesure! Cela fait des années que le code du travail était en négociation sans voir le jour, des années que l'on parle de l'AMO, de l'indemnité pour perte d'emploi, de la barémisation des licenciements, etc.. Un ouf de soulagementPoussons un ouf de soulagement. Non pas qu'il faille crier victoire, mais enfin, ce 30 avril restera dans les annales de l'histoire sociale et économique du Maroc. Sachons apprécier cet événement qu'est la naissance d'un modèle social adapté à notre pays pour affronter les déficits sociaux qui pénalisent notre développement.Notre pays a fait un choix: l'arrimage à l'économie de marché, que personne ne discute aujourd'hui et c'est tant mieux. Cependant, nous devons mesurer les conséquences de ce choix. Et en accepter aussi bien les avantages que les inconvénients.Pour ma part, je n'y vois que des avantages. Grâce à cette compétition nouvelle, notre pays est acculé à une mise à niveau (expression galvaudée) irréversible pour que notre compétitivité ne soit plus factice (prix de revient seulement) et que la population active n'en paie plus seule le principal tribut.Notre manière de penser et d'agir doit évoluer. Les chefs d'entreprise, les partenaires sociaux, les salariés et l'Etat doivent partager une vision commune: le progrès social du pays passe par le succès et le développement de l'entreprise. Plus nos entreprises seront fortes, plus il y aura de la croissance et donc de la richesse à distribuer. C'est tellement simple que beaucoup ont du mal à l'accepter et «l'avaler».. Réinvestir sur la liberté d'actionLa liberté d'entreprendre est la seule garantie d'une croissance soutenue et de création d'emplois durables. La dynamique sociale est une condition pour remplir la première.Pour réussir à lutter contre notre sous-développement structurel, nous devons adopter un modèle tenant compte de notre situation actuelle. Ce modèle pourrait être une orientation plutôt libérale et sociale.S'agissant des opérateurs économiques, ils doivent réinvestir le champ de l'action. Depuis vingt-cinq ans qu'ils demandent ce code du travail, il leur faut agir aujourd'hui en conséquence. Appliquer ce code du travail et ne plus continuer à contourner le système en versant dans la délinquance sociale. Soyons plus citoyens, remplissons nos obligations légales et considérons nos collaborateurs comme un capital et non comme un outil de production.Ce modèle social nouveau a pour objectif, me semble-t-il, de redonner aux salariés une confiance perdue envers le chef d'entreprise souvent perçu comme un esclavagiste (à raison d'ailleurs) et de les mobiliser pour un nouveau projet d'entreprise. Pour cela, il faudra davantage communiquer avec eux afin de ré-instaurer cette confiance perdue.Ce travail de remobilisation est à faire essentiellement dans les deux derniers tiers du tissu économique. En effet, le premier tiers est très bien structuré (multinationales et certains groupes nationaux...) et n'a pas eu à attendre ce code du travail pour bâtir et mettre en oeuvre une dynamique sociale.. Le développement était un otageEn revanche, le deuxième tiers, celui des PME qui ont initié une mise à niveau de l'outil, doit agir efficacement pour le volet social. Enfin, le dernier tiers continuera à dire que le code n'est pas adapté, qu'il a besoin de protection douanière et de subventions…Quant aux partenaires sociaux, ils ont enfin compris qu'ils avaient pris en otage le développement de notre économie et ont également freiné l'arrivée de nouveaux investisseurs, qui n'avaient pas de visibilité sur notre pays en matière de législation du travail.En effet, si l'objectif des partenaires sociaux était l'intérêt des salariés, on peut considérer qu'ils les ont très mal servis depuis vingt ans. Car négocier avec quelqu'un signifie établir des compromis pour pouvoir avancer et servir l'intérêt général. En l'occurrence, il s'agit de l'avenir de l'économie nationale. Aujourd'hui, ne boudons pas notre plaisir et disons-leur bravo et merci pour cette avancée historique. . La compétitivité n'est pas que financièreNéanmoins, n'oublions pas que ces avancées sont dues à la volonté d'hommes et de femmes du moment et que leurs missions seront de préparer les compétences au sein de leurs confédérations respectives pour accompagner cette dynamique de changement. Nos partenaires sociaux ont besoin d'une réelle mise à niveau comme l'entreprise aujourd'hui. Ils doivent séduire les salariés pour en faire de véritables militants et non une armée pour servir les grèves.Pour ma part, je suis convaincu qu'une entreprise a besoin de partenaires sociaux forts. Mais cette conviction est fondée sur un préalable indispensable: des partenaires sociaux formés, soucieux de la réussite économique de l'entreprise et intellectuellement partenaires.Mesurer la compétitivité d'une entreprise uniquement sur la base de ratios économiques serait une erreur. La dynamique sociale et la dynamique sociétale sont des éléments à prendre en considération si nous voulons une entreprise performante dans la durée.Ce modèle social nouveau qui se dessine pour nous engage également les salariés dans une relation plus partenariale avec l'entreprise dans laquelle ils s'investissent.La confiance, l'intégrité et la mobilisation pour le succès de cette entreprise ne doivent plus être conditionnées par une relation mercantile avec le chef d'entreprise. L'entreprise est un lieu de vie professionnelle où doivent être réunies un certain nombre de conditions de travail pour s'épanouir et réussir son projet de vie.Mais l'entreprise ne peut se substituer à l'Etat, ni régler les problèmes personnels. Le schéma de l'entreprise familiale ne peut plus être la référence dans une économie mondialisée. . La Justice doit être irréprochableDe même que la responsabilité des opérateurs économiques est encadrée par le législateur, celle du salarié doit se développer par sa prise de conscience du respect des règles (les devoirs du salarié).Pour éviter les dérapages, les humiliations, les injustices, il faut que nous soyons dotés d'une justice irréprochable, ce qui est loin d'être le cas aujourd'hui. Avec ce code du travail, a priori, nous ne devrions plus assister aux dérapages de certains jugements qui sont rendus de manière totalement absurde et irrationnelle.En effet, la barémisation des indemnités de licenciement est désormais encadrée. Lutter contre cette délinquance judiciaire est la priorité des priorités. Nous avons les moyens de nous doter d'un système fiable. Des présidents de tribunaux, des procureurs, des juges ou des avocats intègres et loyaux, il en existe: je les ai rencontrés. Il faut promouvoir ces personnes, les montrer en exemple car elles ont toutes un point commun: elles aiment leur pays et ont envie de le servir, pas de se servir.Dès lors, il nous revient à tous, quel que soit le champ de nos responsabilités et notre cercle d'influence, de transformer ces accords en une réalité quotidienne.Nous devons prendre conscience définitivement que nous ne pourrons assurer un développement économique sans développement social. Le 16 mai 2003 nous a bien montré ce que l'indifférence et le développement économique sauvage sans règles (hors celle de l'argent) pouvaient produire.La mise en place de ce modèle social sera certes difficile et complexe pour beaucoup, mais elle est obligatoire pour un avenir meilleur pour tous. ------------------------------------* PDG de Manpower-Maroc, ancien président du Centre des jeunes dirigeants.

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