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Politique Internationale

«Si nous n'établissons pas un plan d'urgence, les conséquences risquent d'être catastrophiques»

Mohammed El Achâari, ministre de la Culture

Par L'Economiste | Edition N°:668 Le 27/12/1999 | Partager



· Les projets sont nombreux mais la réalisation des objectifs bute sur l'équation du financement
· Le besoin en institutions culturelles est estimé à 4.000

- L'Economiste: Quel bilan faites-vous depuis que vous êtes à la tête de ce département?
- M. El Achâari:
C'est encore trop tôt pour le faire. Dans le domaine culturel, les résultats des actions que nous menons ne sont perceptibles que dans le moyen ou le court terme. Nous avons commencé à travailler sur les dossiers urgents. Nos travaux ont ciblé le domaine de la production culturelle, le théâtre, la musique et les arts. Un plan d'action concernant les monuments historiques et les sites archéologiques a également été établi. Un autre plan a porté sur les espaces de lecture publique, les maisons de culture et aussi sur les manifestations culturelles. Concernant ce dernier point, nous avons progressé. Nous avons une politique claire dans ce domaine. Une action concrète se fait.

- Quelles sont à votre avis les actions prioritaires?

- Elles sont multiples. D'abord, nous avons un patrimoine très important qu'il faut préserver, réhabiliter et refaire vivre. C'est une priorité tant sur le plan culturel que sur le plan économique. Il y a des régions qui ne pourront décoller qu'à travers cela. Alors qu'il est question de globalisation c'est un produit qui pourrait donner au Maroc une grande possibilité de s'introduire sur l'échelle internationale. C'est aussi un moyen de développement à l'échelle locale. Ce que nous perdons aujourd'hui est irrécupérable. Il faut absolument agir et sauvegarder ce patrimoine. Nous avons établi un plan de priorité. Nous avons un important patrimoine. Si nous n'établissons pas un plan d'urgence, les conséquences risquent d'être catastrophiques.

- Concrètement, cela devrait se traduire comment?

- Ce plan fait l'inventaire des monuments historiques et des sites archéologiques qui nécessitent une action prioritaire. Il y a plusieurs démarches. D'abord, des études et des montages financiers qui ne portent pas uniquement sur le Budget de l'Etat, mais également sur la participation des communes, du privé et du mécénat. Là aussi, nous avons réalisé beaucoup de choses. La production culturelle figure également parmi nos priorités. Nous sommes un pays jeune pour lequel la production artistique est un phénomène assez nouveau. Nous avons des problèmes qui nous handicapent. Pour le théâtre, nous considérons que c'est urgent. Il existe de jeunes talents qui ne trouvent pas de structures d'accueil qui les encouragent à produire. Nous avons créé un fonds de soutien à la production théâtrale, et un fonds de soutien de sa commercialisation. Nous sommes à notre première édition cette année. Cette expérience permettra de doter le pays d'un système de production théâtrale assez conséquent. Chaque troupe doit soutenir un minimum de 10 représentations par an.

- Quelle place accorde votre département au livre?
- Il existe un grand problème au niveau de la production d'abord mais aussi de la lecture. Nous sommes un pays jeune et pourtant le best- seller chez nous ne dépasse pas 3.000 exemplaires. Les ventes ne dépassent pas 2.000 livres sur deux ans. C'est une grande lacune. Il faut donc s'attaquer à ce problème. Et c'est pour cela que nous avons choisi d'en faire une priorité, notamment sur le plan du système de production du livre. Un programme a été mis en place dans le domaine de l'édition. Il faut également multiplier les espaces de lecture publique. Le livre doit être introduit partout. Autre point qui est souvent oublié: l'encadrement culturel. Pendant 40 ans, nous n'avons pu offrir au pays plus de 240 institutions culturelles. C'est un vide immense. Nous estimons le manque actuel à 4.000 institutions culturelles. Nous pensons que, pour chaque commune, il faut au moins deux ou trois maisons de cultures.

- Pourtant, l'accès aux livres bute aussi sur la contrainte des prix qui restent chers?
- C'est exactement pour cette raison que nous essayons d'agir sur le prix du livre. Nous soutenons la production du livre chez l'éditeur à hauteur de 50% de son prix de publication, mais en contrepartie l'éditeur doit baisser les prix de 50%. Pour les enfants, nous avons créé une série de publications au Ministère de la Culture, nous vendons à 5 DH l'exemplaire, alors que son coût dépasse largement 12 DH. Pour couvrir la différence, nous avons eu recourt au sponsoring. Ce qui nous a permis de mettre sur le marché un produit fait dans les règles de l'art et à un prix pratiquement dérisoire. Toutefois, nous estimons que ce n'est pas suffisant. Même si nous mettons sur le marché des livres à bon marché le problème de la lecture n'est pas résolu pour autant.

- Des programmes de création de maisons de culture sont-ils envisagés?
- Avec l'Union Européenne, nous avons pu avoir un financement conséquent pour créer une vingtaine de maisons sur tout le territoire. Le montant du projet est de l'ordre de 50 millions de DH. C'est un programme qui va durer trois ans. Ce programme porte surtout sur les régions où il n'y avait pas d'établissements culturels jusqu'à présent. Il faudrait également faire un effort de coordination avec les communes qui oeuvrent dans ce domaine. Nous voulons professionnaliser le secteur culturel pour qu'il devienne structuré et bien géré. Nous voulons doter ce secteur d'établissements gérés d'une manière moderne et d'un marché intérieur qui permet aux gens de vivre de leur art. Ce qui n'est pas le cas en ce moment. Or, la professionnalisation de ce secteur va nous permettre d'imposer nos produits dans d'autres marchés. C'est un objectif qu'il faut garder à l'esprit.

- Quels sont les problèmes des éditeurs?
- Le phénomène de l'écriture et de l'édition est nouveau chez nous. Nous avons un problème sur le plan de la régularité et de la périodicité de l'édition au Maroc. Nous avons de nombreuses maisons d'éditions qui avaient bien commencé mais qui se sont arrêtées en milieu de parcours et ce, parce que le marché n'était pas porteur. Nous avons eu durant ces dernières années une production très irrégulière. Ce qui n'a pas permis l'accumulation de l'expérience, du savoir-faire et l'élargissement du marché intérieur. Il y a tout un travail à faire. Il faut des mesures d'incitation sur les plans juridique et fiscal. Nous avons la chance d'être un pays très actif dans le domaine de la production des livres littéraires et dans le domaine de la technique de la pensée en général. Mais ce n'est pas proportionnel aux nombreuses qualités dont recèle notre pays. Nous avons 13 universités, plus de 260.000 étudiants, et 8.000 étudiants-chercheurs. Les potentialités existantes dépassent de loin ce qu'on réalise dans le domaine de l'édition et de la circulation du livre.


Et le financement?


- Le budget du Ministère était très mince, et il le reste, quoiqu'il soit en nette progression. Mais ce n'est pas suffisant et je n'arrête pas de le dire. Je crois que le premier volet de notre action c'est d'amener le budget public à faire un effort dans ce domaine.
Les lacunes que nous avons cumulées au cours de ces dernières années ne peuvent être dépassées sans un effort public conséquent. Il faut que l'Etat donne l'exemple, si nous voulons drainer des fonds et des financements nouveaux pour le secteur culturel. Pour certains projets, nous n'imaginons pas un autre financement que celui de l'Etat. Nous ne pouvons nous contenter de financement d'appoint si nous voulons créer une bibliothèque nationale, un grand musée de civilisation, un musée d'art et un grand théâtre pour Casablanca. Si l'Etat ne commence pas au moins par la réalisation de ces travaux, nous ne pouvons pas demander des financements sur le plan de la coopération internationale ou sur celui du mécénat. Nous pouvons recourir à des financements d'appoints pour ces projets, mais l'essentiel doit être fait par l'Etat. Nous avons plus de 15.000 sites archéologiques et historiques au Maroc. Tout cela ne peut pas être à la charge du Budget national uniquement. Il faut trouver d'autres moyens.

Propos recueillis
par Khadija MASMOUDI

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