×L'Editorialjustice régions Dossiers Compétences & RH Société Brèves International Brèves internationales Courrier des Lecteurs LE CERCLE DES EXPERTS Documents Lois à polémiques Docs de L'Economiste prix-de-la-recherche Prix de L'Economiste Perspective 7,7 Milliards by SparkNews Earth Beats Solutions & Co Impact Journalism Day cop22Spécial Cop22 Communication Financière
eleconomiste

Culture

«Nass El Ghiwane, une aventure humaine«
Entretien avec Omar Sayed

Par L'Economiste | Edition N°:2276 Le 16/05/2006 | Partager

Nass El Ghiwane, groupe culte, vont se produire le 19 mai à Casablanca. Dans un entretien exclusif, Omar Sayed, l’un des piliers de la formation de Hay Mohammadi, se livre à L’Economiste. - L’Economiste: Plus de trente ans de carrière, quelles impressions avez-vous aujourd’hui? - Omar Sayed: Nass El Ghiwane est plus qu’un groupe de musique, c’est une aventure humaine et artistique. La force de Nass El Ghiwane émane de leur fragilité. Notre histoire a été marquée par la disparition et le départ de certains de nos membres. Je pense à Boujmiî, à Larbi Batma et à Paco bien sûr. La mort pousse à réfléchir aux choses qui comptent dans la vie. Ce n’est ni de la mélancolie ni de la tristesse. Mais une manière de grandir et surtout d’avancer. En route, jeter un coup d’œil au rétroviseur n’empêche pas pour autant de tracer sa voie. J’ai l’impression que nous avons laissé un semblant de trace. Aussi, une relation intime nous lie au public. «Hbab El Ghiwane», comme on les appelle entre nous. C’est une chance peut-être, mais au Maroc on n’a pas de star-système. On nous a demandé, lors d’un festival, de faire notre entrée sur scène en limousine, accompagnés de Nancy Ajram. Chose qu’on n’a pas faite bien sûr. Ce n’est pas par arrogance, mais parce que ce n’est pas notre style d’agir de la sorte. Certes, le revers de la médaille existe. La notoriété d’un artiste ne va pas forcément avec cachets. L’argent compte, surtout lorsque l’on fait de belles choses avec. J’aurais souhaité par exemple aider des associations. Mais je reste optimiste quant à l’avenir de l’artiste marocain. Disons que, d’une manière générale, je crois au destin du Maroc. . Certains pensent que Nass El Ghiwane ne sont plus les mêmes après la disparition de Boujmiî, de Larbi Batma et le départ de Paco…- En trente ans, le Maroc a bien changé. Pourquoi pas Nass El Ghiwane? The Show must go on, comme disait le groupe anglais Queen. D’ailleurs, El Ghiwane eux-mêmes dans l’une de leurs chansons disaient «qu’il est impossible que les temps restent les mêmes». Nous avons toujours conçu notre formation comme un édifice. Chacun a apporté sa pierre. Les nouveaux membres du groupe s’inscrivent dans cette philosophie. Ils ne sont d’ailleurs que les frères de Feu Larbi Batma. Natifs de Hay Mohammadi, ils sont imprégnés par l’ambiance qui a vu naître El Ghiwane. Rachid Batma, en plus d’être un excellent musicien, est aussi un manager d’une grande efficacité. Je ne comprends pas pourquoi ils sont marginalisés et rejetés par la presse? Pourtant, ils ont apporté du sang neuf à Nass El Ghiwane. Dans votre journal par exemple, il y a eu des journalistes qui sont partis et d’autres qui sont venus. Pourtant, le journal continue d’exister car la vie est dans le mouvement. . Comment définissez-vous le son de Nass El Ghiwane?Le texte est aussi important que la musique et vice-versa. Notre approche privilégie l’aspect expérimental. Le patrimoine marocain constitue un fonds de recherche inépuisable. Nass El Ghiwane ont essayé en quelque sorte de remettre à jour une culture populaire longtemps ignorée et parfois marginalisée. Nous nous sommes inspirés du malhoune, de la musique gnaouie et berbère… L’idée était de faire un brassage harmonieux entre ces différentes sonorités. On ne s’était pas dit qu’il fallait créer un son «Ghiwani». Notre musique a pris forme spontanément. Le fait que chacun de nous venait d’une région différente du Maroc a favorisé cette alchimie. Les paroles de nos chansons sont aussi indissociables de notre identité musicale. Certains de nos textes sont l’œuvre d’anciens poètes marocains méconnus. Ils sont écrits en «darija» et traitent de sujets forts comme l’injustice par exemple. On chante avec un dialecte qui est accessible à toutes les tranches sociales. La poésie des textes n’a pas été pour autant sacrifiée. Celle-ci a été renforcée par une certaine subtilité des paroles. Les Marocains ont le goût de l’implicite. On s’est imprégné de la sagesse populaire: révéler les choses sans vraiment les dire. Souvent, des personnes nous ont dit avoir redécouvert la «darija» en écoutant nos chansons. C’est le plus beau compliment qu’on puisse avoir.. Que pensez vous des nouveaux groupes de rap et de fusion comme H-Kayn, Tarik Batma ou Darga?Je ne les connais pas tous, mais j’en ai eu quelques échos. La scène marocaine a évolué de façon fulgurante ces dix dernières années. Certes, les moyens peinent à accompagner cette mouvance. Mais la créativité est là. Je pense que ce n’est que le début de la vague. C’est formidable d’écouter des jeunes musiciens chanter du rap à la sauce marocaine. J’ai l’impression que le milieu musical est en pleine effervescence. Les festivals ont par ailleurs accéléré la tendance. L’essentiel est de capitaliser sur ces différentes expériences artistiques. La diversité des styles musicaux démocratise les goûts. Il faut éviter d’avoir des préjugés sur tel ou tel chanteur. Ce n’est pas parce qu’on chante du Rai qu’on est forcément mauvais. Des artistes comme Khaled ou Mami, par exemple, ont beaucoup de mérite.


Ghiwane Story: «El Hâl»

La pratique des Ghiwane est une coutume ancestrale qui accordait à des gens connus pour leur probité et leur modestie la faculté de décrire la vie quotidienne par le chant et la parole. Le réalisateur américain Martin Scorsese a décrit Nass El Ghiwane comme «les Rolling Stones de l’Afrique». Au début des années 60, à Hay Mohammadi à Casablanca, cinq garçons vont révolutionner le champ artistique marocain. Ils ont débuté leur carrière dans la maison des jeunes du Hay Mohammadi, non loin du café Essaâda. Larbi Batma évoque ce lieu comme le fief de la formation dans son autobiographie «Arrahil». Ils rejoignent ensuite la troupe de Tayeb Saddiki et introduisent dans son répertoire dramatique des chansons, telle la mythique «Qittati essaghira». L’idée de créer un groupe a germé dans l’esprit de Larbi Batma et de Boujmiî lors d’une tournée théâtrale en France. Mais la consécration aura lieu au théâtre Mohammed V à Rabat en 1971. Le public a senti cette opposition symbolique entre deux genres de chansons: l’un est conventionnel et statique tandis que l’autre est militant. Dans le champ culturel, le groupe a adopté un rapport innovateur avec la tradition. C’est la raison pour laquelle il a eu un public spécifique (Ghiwani) au-delà des fans au sens classique du terme. Il a fait la synthèse musicale entre le style «shikhat», «malhoune» et «gnawi» d’Abderrahman Kirouj (dit Paco). Nass El Ghiwane retrouvent ainsi le chemin du mysticisme tragique et révolté. Ils ont développé le souvenir et forcé l’inspiration à partir de la hadra et du hâl (transe). Un hâl désacralisé et porté en dehors de la zaouia (confrérie religieuse) vers la scène afin d’embrasser d’autres thèmes sociaux et politiques.Propos recueillis par Faiçal FAQUIHI

  • SUIVEZ-NOUS:

  1. CONTACT

    +212 522 95 36 00
    [email protected]
    [email protected]
    [email protected]
    [email protected]
    [email protected]

    70, Bd Al Massira Khadra
    Casablanca, Maroc

  • Assabah
  • Atlantic Radio
  • Eco-Medias
  • Ecoprint
  • Esjc