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Culture

«Les amants de Fès«
8e épisode: Sur la piste de Jaâfar

Par L'Economiste | Edition N°:2341 Le 16/08/2006 | Partager

Les familles Benabed et Bouzoubaâ ont convenu du mariage de leurs enfants respectifs Mamoun et Assia. Comme pour tous les mariages importants de Fès, la fille aura droit notamment à une esclave offerte par l’époux: c’est l’esclave de dot. L’hadj Mekki et Lalla Meriem s’inquiètent néanmoins pour leur fils Jaâfar, disparu depuis la matinée. Mamoun part à sa recherche.Après le départ de son fils, lalla Mériem essaya de se rendormir mais en vain car elle était anxieuse. Mamoun appela Sellam et lui demanda d’apporter une lanterne. Ce dernier savait qu’il allait accompagner son maître dans une expédition à risques et il aimait ça. Sellam était un esclave noir acheté par l’hadj Mekki pour sa force et sa robustesse pour servir de garde du corps. En quelques minutes, il était prêt et attendait Mamoun devant le portail de la maison.Boubker était l’ami d’enfance de Jaâfar. Ils étaient camarades au m’sid et depuis, ils ne s’étaient plus quittés. Le père de Boubker voulait que son fils fasse de longues études, car il s’était aperçu très tôt qu’il était doué et il rêvait de le voir un jour aâlem. De temps à autre, Jaâfar passait la nuit chez son ami sans inquiéter sa famille. Mais aujourd’hui, c’était différent car, avant de quitter la maison, il s’était disputé avec son grand frère.Après une heure de marche, Mamoun et Sellam arrivèrent devant la maison de Si Driss. La porte mettait du temps à s’ouvrir et Mamoun devenait de plus en plus nerveux. Boubker apparut sur le seuil et l’invita à entrer.- Non, une autre fois, je suis pressé! Aurais-tu vu Jaâfar?, demanda-t-il- Non, pourquoi quelque chose est arrivée?- Non, pas vraiment, mais il faut que je le vois!- As-tu cherché chez Abdeslam?- Je n’y ai pas pensé! Habite-t-il toujours le foundouk de Si Allal?- Oui. Attends-moi une seconde, je viens avec toi!- Ce n’est pas la peine, Sellam est avec moi! Je me débrouillerai, merci et à bientôt! Ah... j’oubliai: si entre-temps tu le vois, dis-lui de regagner rapidement la maison. Au fait, ton père a déjeuné chez nous, j’espère qu’on vous a prévenus. Au revoir!- Oui, nous sommes au courant. Au revoir!Boubker referma la porte sans pour autant être convaincu de ce que lui a raconté Mamoun. Il y avait certainement quelque chose de plus grave, se dit-il.Dehors, la température baissait au fur et à mesure que le soleil déclinait. Mamoun et son domestique déambulaient silencieux dans les venelles de la médina. Ils arrivèrent dans le quartier de la Quaraouine près du foundouk où logeait Abdeslam, un autre ami de Jaâfar. Ce dernier n’ayant pu trouver de chambre dans la médersa où il étudiait, louait dans cette hôtellerie. Cet édifice était utilisé aussi bien comme écurie, entrepôt, unité artisanale et commerciale. Il y avait les bons et les mauvais foundouks. Ces derniers étaient fréquentés par des malfrats, des brigands, des receleurs et des contrebandiers. Les chambres de ce bâtiment qui servaient pour le logement des clients surplombaient les galeries et étaient ordonnancées sur un ou deux étages.Les pièces étaient louées vides et le tenancier de l’hôtellerie procurait à ses clients une natte en jonc tressé, une hidora et une couverture pour dormir, leur laissant le soin d’acheter leur nourriture, de la donner à cuisiner ou de faire leur popote eux-mêmes. Les chambres étaient louées à des voyageurs, à des commerçants, à des étudiants ou à des personnes vivant seules ou qui n’avaient point de famille.La cour des foundouks était dotée d’une fontaine et de latrines et traversée par une eau courante de source à fort débit. En face de la porte d’entrée, une grande balance à plateaux était suspendue pour peser les marchandises entreposées. Les échanges et les communications y étaient facilités et grands et petits projets y étaient élaborés.Arrivé devant le portail du foundouk, Mamoun eut une appréhension. Il était angoissé. Il commençait à faire nuit et froid. Il avança dans la cour animée et bruissante d’un amas confus d’hommes et de bêtes de somme. Dans le foundouk de Si Allal ne s’installaient que les riches commerçants de passage et les étudiants, car le loyer y était élevé. Mamoun chercha des yeux quelque personne susceptible de l’informer sur le lieu où se trouvait Si Allal. Il posa la question au hasard à un jeune homme.- Oui, répondit-il en lui montrant du doigt la rampe d’escalier.Je viens de l’apercevoir là-bas. Mamoun trouva effectivement Si Allal à cet endroit. - Comment vas-tu mon fils et ton père l’hadj Mekki, demanda Si Allal?- Très bien merci.- Y a-t-il quelque chose que je puisse faire?- Je m’excuse de vous déranger à cette heure tardive mais... je suis venu aux nouvelles de mon frère Jaâfar. L’avez-vous vu par hasard? - Oui! Si vous voulez monter au premier, la chambre du fond. Il doit s’y trouver car je ne l’ai pas vu descendre avec son ami Abdeslam.Mamoun avait le cœur serré et appréhendait la rencontre avec son frère. Il remercia Si Allal et demanda à Sellam de l’attendre dans la cour. Il monta les escaliers, longea la balustrade en bois et alla frapper à la porte de la chambre. Quand il ne reçut aucune réponse la première fois, il insista moins timidement. La porte s’ouvrit. La chambre n’était pas éclairée et Mamoun avait peine à voir. Les ronflements le guidèrent vers Jaâfar. Il s’approcha dans une quasi-obscurité. Il s’apprêtait à le réveiller mais dut renoncer car l’haleine de Jaâfar empestait le vin. Mamoun vit une cruche par terre. Surpris par ce spectacle désolant, il redescendit en toute hâte rejoindre Si Allal.- Alors, demanda ce dernier?Après un long soupir, Mamoun répondit désappointé:- Oui il est là, mais dans quel état ! Je n’ai pu lui parler! Vous serez bien aimable de lui dire de rentrer à la maison. Ne lui dites surtout pas que je suis monté le voir ! S’il vous plaît!- Vous pouvez compter sur moi! N’oubliez pas de saluer Si l’hadj de ma part. Au revoir!Mamoun s’était empressé de sortir du foundouk. Il pressa le pas, suivi de Sellam. La nuit était tombée et sa mère devait se morfondre. Quand elle vit son fils, elle alla à sa rencontre et le harcela de questions.- Attendez mère, que je reprenne mon souffle. Je suis exténué et mes pieds sont dans un piteux état, dit-il en ôtant ses babouches. J’aurais dû monter une mule.En revenant à la maison, Mamoun avait déjà échafaudé un mensonge en guise de réponse à ses parents pour couvrir son frère. Pour lui, il n’était pas question de leur raconter ce qu’il avait vu au foundouk. Il dit à sa mère qu’il avait trouvé Jaâfar chez son ami Abdeslam et que ce dernier l’avait retenu pour passer la nuit. Ils devaient travailler ensemble sur un sujet de cours.- Ne t’a-t-il pas dit pourquoi il s’était mis en colère contre toi?- Nous n’allions quand même pas parler de nos querelles de famille devant les étrangers!- Bon, allons prendre le thé avec ta grand-mère, dit lalla Mériem peu convaincue.- Non mère, tu vas m’excuser, mais j’ai envie d’un bon hammam chaud. Je monte préparer mes affaires.- Comme tu veux alors, mais ne tarde pas. Ton père sera de retour d’un moment à l’autre et tu sais qu’il déteste dîner seul!Le hammam public est un bain à vapeur où l’on se lave, se détend, se délasse et se repose. Il est souvent construit attenant à une mosquée ou à proximité de celle-ci. C’est un élément vital de la vie sociale comme le sont la mosquée, le souk et le four. C’est aussi un lieu de rendez-vous et de rencontres. Le passage obligé de toute heureuses circonstance de la vie ( mariage, accouchement, circoncision).Hommes et femmes y vont à des heures différentes de la journée. Le temps réservé aux hommes est du début de la soirée jusqu’au matin. Le bâtiment comprend trois salles: la première tiède, la deuxième chaude et la troisième très chaude. Cette dernière est la salle d’étuve où un bassin maçonné reçoit l’eau froide et chaude que chaque usager mélange selon son désir dans un kob, avant de s’installer pour se laver.Les hommes peuvent demander les services d’un kiyass et les femmes d’une téyaba, qui se chargent d’apporter l’eau et de frotter ou masser les clients qui les récompensent en menue monnaie. Avant d’entrer dans les salles, les femmes se couvrent d’un pagne et chaussent les kbakebs. Dans le hall du hammam, on s’habille, se déshabille, discute, mange des fruits après le bain. Les paquets de vêtements et les balluchons y sont déposés à l’entrée chez la guellassa.De retour à la maison, l’hadj Mekki prit des nouvelles de Jaâfar mais oublia de demander quand allait-il revenir à la maison. Il était encore troublé par l’image de cette femme inoubliable qui s’était arrêtée chez lui le temps d’une averse. Il aurait donné n’importe quoi pour la revoir.Durant le dîner, à peine quelques phrases furent échangées. Lalla Mériem était triste, et l’hadj voulut faire une pointe d’humour en se levant de table. Il tapota sur l’épaule de sa femme.- Allez, laisse-moi passer grand-mère, je veux aller dormir!- Et toi donc, grand-père!Mamoun était amusé par les taquineries de ses parents.- Que Dieu vous garde, s’exclama-t-il .- Et moi, ajouta Saïd qui arriva en retard pour dîner, personne ne pense à moi! J’ai envie de me marier moi aussi, mais j’irai habiter la campagne! Qu’en pensez-vous?L’hadj lui répondit en souriant .- Comme ça tu cessera dès aujourd’hui de faire des trous dans mon jardin. Tu auras, là-bas, tout le loisir et tout l’espace nécessaire pour tes expériences botaniques! Et ici, on aura enfin la paix!Détendu, tout ce petit monde quitta le menzeh pour aller se coucher.«Le foundouk Nejjarine, bâtiment construit au XVIIe siècle, s’est transformé en un musée des arts et métiers du bois où sont exposés des outils traditionnels en bois, des coffres, portes, fenêtres, étagères... Le musée abrite aujourd’hui une galerie d’exposition, une salle d’exposition permanente, une bibliothèque spécialisée ainsi qu’un laboratoire de restauration du bois««Fondée au XIXe siècle par le sultan Moulay Rachid, la «Makina» fut pendant longtemps l’usine de fabrication d’armes de Fès. On y produisait des fusils de fantasia aux crosses en noyer ou en ivoire d’éléphant, des colts et des canons dont le plus imposant pèse 12 tonnes et pouvait envoyer des boulets à plus de 2 km«Jeudi,  9e épisodeLes fruits défendus du foundouk

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