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«Les amants de Fès«
26e épisode: Un coeur noble

Par L'Economiste | Edition N°:2359 Le 12/09/2006 | Partager

Résumé : Soussane a hérité de son grand-père, François Duvet, d’une maison à Lyon. C’est Jaâfar, installé à Tanger pour ses études, qui apprend la nouvelle de son ami Abdallah. Invité à déjeuner chez ce dernier, Jaâfar ne manqua pas de remarquer le joli minois de l’esclave Yacout. Jaâfar se tapa le front de la paume de sa main. Et Si Abdallah de reprendre:- Nous avons même écrit à une adresse à Tanger, mais en vain. Nous étions en train de nous demander ce qu’on allait pouvoir faire pour retrouver la trace de cette personne.- Mais quelle adresse à Tanger?- Chez un certain Mekki Benabed! Alors, est-elle de votre famille? répéta Si Abdallah.Jaâfar s’assit et fit une moue avant de répondre.- Si je la connais, bien sûr, Mekki Benabed est mon père et Soussane Benabed est ma tante. Certes, c’est une tante dont on ignorait l’existence jusqu’il y a environ trois ans et ça, c’est une longue histoire. Si vous avez du temps je vous la raconterai.Si Abdallah resta debout, la feuille entre les doigts, silencieux et attentif aux paroles de Jaâfar. Il oublia même de s’asseoir tant le récit était émouvant et captivant.- Je voulais m’entretenir avec vous au sujet de monsieur Duvet, ajouta-t-il, mais je pensais que nous le ferions à l’occasion. Alors si je m’attendais que ce soit vous qui m’en parliez! Quant à la lettre, nous ne l’avons pas reçue.- Cela ne fait rien. Vous êtes au courant maintenant et c’est ce qui compte. D’après votre récit, je vois que le destin de cette femme était bien lié au vôtre. Dieu fait bien les choses.Ils continuaient de bavarder quand soudain le gardien de la légation fit irruption dans le bureau de Si Abdallah.- Ah c’est vous Paul, s’exclama Si Abdallah - Oui monsieur! Heureusement qu’on m’avait prévenu que vous étiez encore là, sinon je vous aurais enfermé ici jusqu’à demain matin, dit-il en souriant.- Nous n’avons pas vu le temps passer, excusez-nous- Boff Si vous.. vous voulez rester encore un peu...- Non, nous partons tout de suite!Ils quittèrent la légation et se rendirent ensemble chez Si Abdallah. Chemin faisant, ils discutèrent encore de Soussane et des formalités dont elle devrait s’acquitter afin de prendre possession de sa maison à Lyon.Il va falloir la mettre au courant rapidement, dit Si Abdallah. Nous avons assez perdu de temps.- Comptez sur moi pour informer mon père et Soussane. Je connais un caravanier qui ferait le voyage, rien que pour cela. Ils seront au courant inchae Allah, dans les prochains jours!Soussane n’était pas au bout de ses peines. Elle, qui espérait revoir un jour son grand-père pour lui parler de sa mère Sophie et de sa famille maternelle, allait voir son rêve s’effondrer. Certes, elle avait retrouvé sa famille paternelle, mais l’amour de ses parents lui faisait cruellement défaut. Une heure plus tard, Si Abdallah arrivait chez lui en compagnie de son élève.- Voilà nous y sommes. C’est ici que j’habite, s’exclama-t-il en frappant à la petite porte ogivale d’une maison. Entrons, aujourd’hui nous ne ferons pas de cours, mais nous boirons un thé à notre amitié.- Merci beaucoup Si Abdallah, je vous prierai de m’excuser mais ça sera pour la prochaine fois, car je suis un peu fatigué.- Alors, je n’insisterai pas. Saurez-vous retrouver le chemin tout seul? Nous nous retrouverons comme prévu tous les jours après la prière de l’aâsr, sauf le vendredi et le samedi.Jaâfar était éprouvé par la nouvelle de la journée. Il ne savait pas s’il devait se réjouir pour Soussane parce qu’elle venait de retrouver la trace de son grand-père, ou s’il devait la plaindre pour l’avoir en même temps perdu à jamais. Arrivé chez lui, il alla directement se coucher sans prendre la peine de dîner.Deux jours plus tard, Si Rami rendit visite à Jaâfar. Il a accouru dès qu’il a reçu le message.- Je suis très heureux de vous revoir. Je suis venu dès que j’ai pu. Je serais aussi très heureux de vous accueillir chez moi, si vous vouliez me faire l’honneur d’accepter mon invitation. Je vous présenterais ainsi les frères de Soussane. - Merci d’être venu et merci pour l’invitation. Je viendrai, c’est promis, mais je t’ai appelé parce que j’ai appris une mauvaise nouvelle. Le grand-père de Soussane est décédé. Je l’ai appris à la légation française. Il lui a laissé en héritage sa maison en France, à Lyon.- Ina lillah oua inna ilaïhi rajioune, dit Si Rami. La pauvre Soussane! Et durant tout ce temps, il n’avait jamais cherché à la revoir. Je ne comprends pas! Mais de quoi était-elle coupable?- Je ne comprends pas non plus. Il devait certainement avoir des remords à la fin de sa vie. C’est pourquoi il s’est manifesté par ce geste.- Oui Sidi! C’est cela, tu as sûrement raison.- Maintenant je compte sur toi pour faire un voyage à Fès rapidement afin de les prévenir- Tu peux me faire confiance. Mais, je m’aperçois que je suis l’homme des mauvaises nouvelles. J’espère que ça sera la dernière.- Que Dieu nous en garde, dit-il avec un sourire las.. PlaisanterieL’hadj Mekki était content de revoir Si Abdelmalek après deux longues années d’absence.- Assieds-toi, là, devant moi pour que je puisse bien te regarder. Alors? Nous ne t’avons pas manqués? Et Soussane non plus?- Oh si l’hadj, plus que jamais!- Alors?- Sincèrement je n’osais pas vous déranger à chaque fois que je venais à Fès.- Nous déranger, mais comment? Je te l’avais bien dit l’autre fois! Tu es le bienvenu à toute heure! Ah, j’allais oublier, tu sais que Soussane est devenue maman d’une superbe petite fille- Oui je suis au courant, Sidi Jaâfar me l’a dit. Félicitations- Jaâfar, tu l’as vu, dit-il, les yeux pétillants de joie? Comment va-t-il? Il nous manque. La maison est vide sans lui- Rassurez-vous si l’hadj, il va très bien et il vous transmet ses salutations. Mais il m’a chargé de vous dire aussi...- J’espère que c’est une bonne nouvelle. Aurais-je cette fois un frère que je ne connaîtrais pas encore? Allez-y racontez!Si Rami ria de la plaisanterie et avec beaucoup de délicatesse lui annonça la mauvaise nouvelle.- Mon Dieu, s’exclama l’hadj, elle va être très déçue. Je suis sûr que l’espoir de revoir un jour son grand-père était toujours présent, même si elle n’en parlait pas avec nous. Nous sommes à Dieu et à Lui nous retournons.- Je compte sur vous, reprit Si Rami, pour l’informer. Moi je n’oserais pas- D’accord, mais vous n’allez pas partir comme ça, sans la voir.- Non, je ne pourrais pas. Je reviendrai vous voir dans deux ou trois jours, avant de reprendre la route.- Bon, comme vous voudrez, je n’insisterai pas.Si Rami prit congé de I’hadj, laissant ce dernier remuer dans sa tête les mots dont il devait user, pour faire part à sa sœur des récents événements. Elle était encore jeune, se disait-il, et sa vie a été bouleversée. Elle en sera marquée à jamais.Le lendemain matin, quand l’hadj Mekki prit la main de Soussane pour lui annoncer la triste nouvelle, un frisson parcourra son corps. Elle resta de glace, les yeux rivés sur son mari.L’hadj rompit le silence.- C’est la volonté de Dieu et il faut l’accepter.- Et qui vous a averti, demanda Boubker- C’est Jaâfar par l’intermédiaire de Si Abdelmatek.- Jaâfar! s’exclama-t-elle. Je ne le remercierais jamais assez. Il m’avait promis de faire l’impossible pour retrouver les traces de mon grand-père. Mais maintenant à quoi bon! Elle se tut.- Pour que tu puisses recevoir ton héritage, reprit l’hadj, tu pourrais établir une procuration à quelqu’un qui s’occuperait de le recevoir à ta place.. Distribuer son argent- Héritage? Procuration? demanda-t-elle d’une voix douce. Elle était encore sous le choc et ne comprenait pas ce que ces mots voulaient dire.Boubker prit la parole.- La procuration est une délégation de pouvoirs devant les adouls, donnant droit à une personne d’agir à ta place pour s’occuper de recueillir ton héritage, c’est-à-dire le ou les biens que ton grand-père t’aurait transmis par succession.- Ma fille, ajouta l’hadj, ton grand-père t’aurait légué sa maison en France.Soussane fondit en larmes. Elle prit son courage à deux mains et se défendit farouchement.- Ce n’est pas en me léguant une maison qu’il aura réparé son erreur. C’était de son amour, et de sa reconnaissance dont j’avais besoin. Pourquoi m’avait-il abandonnée et où était-il durant toutes ces années sans s’enquérir de sa petite fille?Elle éclata en sanglots.- Pleure ma petite, pleure, cela te fera du bien, dit l’hadj en la serrant dans ses bras.Elle pleura à chaudes larmes pendant un instant puis s’adressa à l’hadj Mekki calmement après s’être essuyé les yeux avec le pan de sa mansouria.- Je ne veux rien de lui. Je vous prie de vendre cette maison et de distribuer son argent- Mais ma fille...- Non, je n’ai besoin de rien grâce à Dieu. Ma richesse c’est vous maintenant.- C’est une action très noble, avoua l’hadj surpris. Mais tu ne devrais pas tout donner. Réfléchis ma petite, tu es très jeune et peut-être aura-tu besoin de cet argent un jour ou l’autre.Boubker enchaîna, souhaitant du fond de son cœur que sa femme ne regrette pas sa décision :- Soussane, prends tout ton temps et penses-y calmement.- C’est tout réfléchi, je ne voudrais pas un centime de cet argent. Il serait plus utile à des personnes qui en auraient vraiment besoin. Après un silence elle ajouta:- Mon oncle Si Abdemalek serait très heureux d’acheter un commerce à Tanger pour gagner sa vie. Cela lui éviterait de courir des risques sur ces routes dangereuses.- Si c’est ce que tu souhaites, reprit Boubker, nous pourrions aussi en faire bénéficier des étudiants qui demandent des bourses pour poursuivre leurs études. J’en connais au moins un qui a des difficultés en ce moment, pensant ainsi à son ami Abdeslam.L’hadj Mekki et boubker étaient fiers de cette noblesse de cœur, de cette générosité. Si fiers qu’ils n’avaient pas assez de mots pour l’exprimer. Mercredi, 27e et dernier épisode Une union désavouée

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