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«Les amants de Fès«
10e épisode: Les larmes de Rihane

Par L'Economiste | Edition N°:2343 Le 18/08/2006 | Partager

Jaâfar regrette de s’être emporté avec Mamoun. Son frère aîné, qui va épouser Assia, ne pouvait pas savoir que lui aussi la convoitait. Il décide de réparer les dégâts. Alors qu’il s’apprête à quitter le foundouk où il avait décidé de passer la nuit, il croise une belle esclave qu’il aperçoit à travers une porte entrouverte. Il est troublé par sa beauté. Il veut coûte que coûte l’acheter.- Voilà, dit-il à Jaâfar, le compte y est!Si Abbas reçut l’argent et félicita son client.- Vous venez d’acquérir une perle rare et une belle petite vierge, ajouta-t-il.Fort de sa victoire, ce dernier sourit et poussa un grand soupir de soulagement. Enfin, elle était bien à lui. Il avait emprunté certes une grosse somme d’argent, mais elle en valait la peine. Maintenant, il fallait quitter immédiatement les lieux. Le marchand demanda à Jaâfar de venir avec lui pour faire les présentations.Arrivés au premier, Si Abbas se fit annoncer. Après quelques instants, ils pénétrèrent tous deux dans la chambre. Les deux femmes s’étaient voilées et l’une d’entre elles reçut l’ordre de sortir.- Viens Rihane approche, enlève ton voile et n’aie pas peur! Voici ton nouveau maître: Si Jaâfar.La jeune fille, obéit sur-le-champ, les yeux baissés et ôta gracieusement son voile qui tomba sur le sol, sous les yeux admiratifs de Jaâfar. Elle semblait d’emblée lui accorder sa sympathie. Il s’approcha et lui releva le menton de sa main tremblante.Ses yeux bleus étaient remplis de larmes qui commencèrent à ruisseler sur ses petites joues rondes. Jaâfar était heureux et triste à la fois. L’ironie du sort voulait qu’il acheta la femme dont il s’est follement épris. Lui qui haïssait le commerce d’esclaves malheureusement florissant à cette époque. Les seigneurs avaient besoin de main-d’oeuvre en ville et à la campagne. Des marchés clandestins avaient proliféré à côté des marchés publics légalement ouverts. Les ravisseurs et les bandits coupaient les routes et faisaient usage de la violence pour s’emparer d’hommes, de femmes, d’enfants et de butins. Jaâfar avait toujours réprouvé ces manipulations.. Rembourser Si AllalSi Abbas voulut prendre congé, mais Jaâfar lui demanda de lui accorder quelques minutes encore. La transaction s’était faite sans encombre mais il réalisait qu’il s’était embarqué dans une drôle de galère. Peu importe, le jeu en valait la chandelle. Il voulait encore quelques précisions sur la jeune fille. Comment était-elle tombée dans ses rets? D’où venait-elle? Avait-elle de la famille?Jaâfar demanda à Rihane de l’attendre dans la chambre. Il invita Si Abbas à sortir. Il s’accoudèrent sur la balustrade pour reprendre la discussion.. KidnappéeJaâfar était impatient de connaître l’histoire de cette pauvre jeune fille.- Racontez-moi, tout- Ecoutez Si Jaâfar, vous me demandez l’impossible! Je n’ai pas d’informations susceptibles de t’aider en quoi que ce soit. Mais je peux vous dire qu’elle se trouvait dans une caravane qui venait du nord du pays et que cette dernière fut attaquée. Vous savez que ce genre de chose est courant sur nos routes non gardées.- Oui je sais, malheureusement!- C’est un receleur qui me l’a vendue. Elle n’a rien voulu dire. Vous savez, dans ce genre de situation... je la comprends! Donnez-lui un peu de temps. Vous saurez tout si elle vous fait confiance...Elle est résignée la pauvre! Vous savez, passer de main en main… quel destin! Maintenant, excusez-moi, je dois partir. Transmettez mes salutations à votre père. Au revoir!- Ah, mon père! Que dirait-il s’il me voyait revenir à la maison, après deux journées d’absence, une fille et une lourde dette sur les bras. Non! pensait-il. Il était hors de question de l’emmener chez lui. Dans un premier temps, il fallait chercher où la loger temporairement et trouver ensuite l’argent pour rembourser Si Allal.Soudain lui vint l’idée salvatrice. Il la laisserait quelques jours chez sa tante lalla Neftaha. Entre eux deux, il y avait toujours eu une certaine complicité. Elle l’aidera sûrement à régler son problème, du moins momentanément.Jaâfar rejoignit Rihane et lui demanda de le suivre dans la chambre de son ami Abdeslam. Avant de quitter le foundouk, il voulait entendre sa version des faits. Peut-être lui ferait-t-elle confiance rapidement et lui raconterait-t-elle son histoire? Il lui demanda de poser son baluchon, de découvrir son visage et de s’asseoir auprès de lui.- Allons, Rihane, tu peux me parler en toute sécurité. Raconte-moi tout. Je serais ton confident. Prends tout ton temps. Je sais que tu as été kidnappée, mais je ne sais ni qui tu es, ni d’où tu viens.. Soussane DoumiElle commença hésitante, avec une toute petite voix, mais prenait de l’assurance au fur et à mesure qu’elle parlait. Jaâfar l’avait mise en confiance. Elle s’était dit qu’elle n’avait rien à craindre, qu’il fallait raconter toute la vérité à cet homme.- Je vivais, dit-elle, à Tanger, avec ma mère et mes quatre frères. Nous étions pauvres, mais nous n’avions jamais manqué de rien. Mon père avait quitté ma mère sans crier gare. Je ne l’ai jamais connu. Ma mère travaillait alors comme téyaba dans un hammam du quartier et moi je l’aidais dans les travaux domestiques. Je n’avais pas le droit de sortir, même pour aller au bain où elle travaillait. Elle disait que les filles ne devaient quitter leur domicile que pour celle de leurs maris.Elle s’arrêta de parler un moment pour se moucher avec le pan de son haïk et essuyer d’une main une larme qui coulait sur son visage. Elle était très émue et n’arrivait pas à continuer. Jaâfar avait la gorge serrée. Il lui laissa le temps de se ressaisir et reprendre doucement. Il ne voulait surtout pas la brusquer même s’il avait intérêt à quitter la chambre de Abdeslam au plus vite, car il prenait trop de risques en restant au foundouk.Elle continua:- Il y a quelques mois, ma mère décéda après une longue maladie et mon oncle maternel s’empressa de nous prendre chez lui, mes frères et moi. Il me proposa par la suite d’aller travailler chez une famille respectable de Fès pour l’aider à subvenir à nos besoins. Ce que j’acceptais difficilement puisqu’il fallait quitter ma ville et ma famille. J’aurais préféré travailler à Tanger. J’avais peur de ce voyage. J’étais angoissée car je ne savais pas ce qui m’attendait là-bas. Hélas, je n’avais pas le choix.Nous entreprîmes de faire le voyage au plus tôt. Mon oncle me prit dans sa caravane, car, il était guide de voyages.Elle s’arrêta une nouvelle fois pour reprendre son souffle.- Chaque fois, et ce pendant dix jours, nous levions le camp le matin et nous le dressions le soir. Mais à mi-chemin, une chose horrible nous est arrivée. Nous fûmes attaqués par des bandits. Je fus enlevée et mon oncle, je ne sais quel sort lui a été réservé. Je ne l’ai plus revu depuis ce maudit jour.- Essuie tes larmes Rihane, maintenant tu es en sécurité avec moi!Jaâfar était si ému et si retourné qu’il en avait les larmes aux yeux.- Continue Rihane, je t’écoute!Il y eut un silence, puis elle reprit.- Que Sidi me pardonne, je voulais vous dire que ces bandits m’avaient surnommée Rihane. Mais si Sidi préfère continuer à m’appeler ainsi.- Non! Et quel est ton vrai prénom?- Soussane Sidi, je m’appelle Soussane Doumi.- Continue Soussane!- Merci Sidi, dit-elle en se jetant sur ses pieds pour les embrasser.- Astaghfiroullah, s’exclama-t-il en l’écartant. Puis il la prit par le bras pendant un moment pour la regarder dans le fond de ses yeux.Il reprit:- Comment s’appelle ton oncle?- Il s’appelle Abdelmalek Rami et loue ses services aux caravanes pour le transport des voyageurs. Je prie Dieu pour qu’il soit toujours en vie, dit-elle en soupirant, car mes frères n’ont que lui pour s’occuper d’eux. Que deviendraient-ils si un malheur venait à le frapper?Jaâfar eut une envie soudaine de l’embrasser et de la réconforter. Il voulait la serrer contre lui et lui dire oh combien il partageait sa douleur. Il se leva d’un bond, lui prit la main et lui demanda de se lever pour lui apposer un baiser sur sa joue chaude et humide. Il s’était rendu compte que les heures étaient passées et qu’il fallait songer à partir. Il la pria de remettre son haïk et de le suivre, car ils avaient un long trajet à parcourir pour arriver chez sa tante.Mardi, 11e épisodeUn précieux colis pour Lalla Neftaha

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