×
  • L'Editorial
  • Compétences & RH Société Brèves International Brèves internationales Courrier des Lecteurs Les Grandes Signatures Documents Lois à polémiques Docs de L'Economiste Docs de Qualité Enquête de Satisfaction Chiffres clés Prix de L'Economiste 2020 Prix de L'Economiste 2019 Perspective 7.7 milliards Earth Beats Solutions & Co Impact Journalism Day cop22Spécial Cop22 Communication Financière
    Société

    «Injustices« en prison

    Par L'Economiste | Edition N°:2155 Le 22/11/2005 | Partager

    . Torture, harcèlement, discriminations…. Une étude pour le compte de l’Observatoire marocain des prisons. La prison de Kénitra, le must Le monde carcéral s’apparente à une zone de non-droit. On découvre l’ampleur des séquelles d’une politique qui a fait de ces espaces hermétiques des lieux de détresse humaine. Après le surpeuplement, c’est visiblement des atteintes aux droits de l’homme qui posent problème. Cela dit, il faut garder à l’esprit que certaines prisons sont conçues, confort aidant, comme des lieux de détente (cf. notre série de reportages sur la prison de Aïn Moumen à Settat; www.leconomiste.com). L’Observatoire marocain des prisons exposera aujourd’hui à Casablanca les résultats d’une étude effectuée sur les plaintes et les requêtes de 331 prisonniers(1). Les rédacteurs de l’étude attirent tout d’abord l’attention sur le fait qu’ils ont travaillé uniquement sur les lettres reçues par l’Observatoire vu la difficulté d’accéder aux prisons pour des entretiens face à face. Donc, ce qu’il faut retenir de ce travail, ce sont les tendances et non des résultats exhaustifs. D’autant plus que le taux de réponse à certaines questions est fort élevé, surtout celles portant sur l’identification des personnes. Les enquêtés, ayant subi des violences physiques, refusent de se dévoiler, visiblement de peur de représailles. Il n’en demeure pas moins que les plaintes de Monsieur ou Madame X permettent de déterminer la nature et l’ampleur des violations. Sur 190 plaintes émises, celles qui recueillent le pourcentage le plus important sont la torture (25,3%). Après ce sont les menaces (15,8%), les insultes (14,2%) et l’humiliation (9,5%).Trente deux autres plaintes, émises par les prisonniers ou leurs familles, portent sur d’autres cas: vol, drogue, privation de visite conjugale intime, décès par manque de soins, surpeuplement, menottes et isolement…Par importance, ce sont les violences symboliques et verbales qui sont les plus importantes. Mais cela dépend des prisons. Ainsi, l’étude révèle que la prison centrale de Kénitra concentre le plus grand nombre de violences symboliques et physiques. Elle est suivie par la prison de Souk Larbaâ, Salé et puis Casablanca. La violence est liée à la durée passée en prison. Elle est exercée pendant les premières années. C’est en effet au début de sa peine que le prisonnier ressent la différence de traitement. «La structure de réception des prisonniers est faite de telle manière que ceux-ci sont mis rapidement dans un moule de dégénérescence», explique l’étude. Ce moule doit fonctionner selon la règle obéissance/violence. Plus on obéit, moins on est violenté. Autre raison, après un certain temps passé en prison, le prisonnier lui-même commence à percevoir les violences d’une manière différente, à s’y habituer et donc à ne plus en parler. Concernant les discriminations, la mesure qui génère le plus de plaintes et le transfert imposé (57%). Arrivent par la suite, les privations abusives (24%) comme le droit à la santé et le droit à la visite. Mais il faut souligner que le choix d’une mesure discriminatoire sur une autre dépend de la connaissance de la personnalité du prisonnier. Les transferts imposés sont plus efficaces quand ils portent sur un nouveau prisonnier encore attaché aux visites familiales. En revanche, pour les anciens prisonniers ou ceux ne recevant pas de visites, rester ou partir peut revenir du pareil au même. «La discrimination, explique l’étude, est le résultat d’un enjeu, d’une préméditation, alors que la violence peut s’appliquer à n’importe qui». Chaque prison utilise un mode discriminatoire particulier. Cela dépend de l’efficacité des résultats obtenus. Et en fonction, la prison construit un type de pouvoir qui lui est propre. Dans les prisons de Salé et Souk Larbaâ par exemple, c’est le cachot prolongé. Dans la prison de Kénitra, c’est plutôt un cocktail de mesures discriminatoires: cachot prolongé, transfert imposé et privations abusives. «Moins la loi est respectée, plus s’installe au sein d’une prison des rapports de force qui contribue à la déshumanisation des relations», note l’étude. De nouvelles règles apparaissent forçant les prisonniers à accepter progressivement leur sort. Très peu de plaintes ont touché à la question des droits. Les rédacteurs de l’étude en ont déduit que cette situation est due peut-être au fait que les prisonniers ne sont pas au courant de leurs droits ou alors de la difficulté de la transmission des plaintes à l’extérieur qui fait en sorte qu’on préfère aborder des sujets prioritaires comme l’atteinte à l’intégrité physique. D’ailleurs, il y a eu très peu de plaintes concernant l’alimentation, l’hygiène, la promenade ou la corruption, alors que les manquements en la matière sont légion.


    Je demande la réduction de ma peine!

    Concernant les requêtes, c’est la réduction de la peine qui arrive en tête (41,6%) et elle est formulée essentiellement par les hommes. Arrivent ensuite le soutien et la consultation juridique, revendiqués beaucoup plus par les femmes. Tout se passe comme si la réduction de la peine a le plus de chances d’aboutir. Ce qui est en fait possible avec les grâces royales et différents recours. Pour la consultation juridique, elle est fréquente à la prison d’Oukacha en raison du profil des incarcérés. Ces derniers semblent plus sensibles au droit. Ce qui se comprend vu que cette prison abrite entre autres des détenus d’opinion. La classe d’âge qui émet le plus de requêtes est celle de 25/30 ans. Plus on avance dans l’âge, moins on formule de requêtes. N. L.(1) L’étude a été faite par le sociologue Khalil Jamal.

    • SUIVEZ-NOUS:

    • Assabah
    • Atlantic Radio
    • Eco-Medias
    • Ecoprint
    • Esjc