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Culture

Recherche en gestion: Innover en contextualisant

Par Dr Mohamed BENABID | Edition N°:5865 Le 15/10/2020 | Partager
Une nouvelle parution aux éditions EMI
Mieux coller aux attentes managériales et améliorer le processus de connaissance sous un prisme plus marocain
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Le sujet de la contextualisation alimente une littérature profuse en sciences de gestion. Cette orientation rejoint des préoccupations particulièrement prégnantes dans la discipline, et depuis des années, avec, en toile de fond parfois, celui de l’actionnabilité de la recherche et d’autres fois la nécessité de concilier entre rigueur et pertinence. Le débat ne faiblit pas, y compris lorsqu’on pense les cadres académiques bien balisés à travers des postures épistémologiques puis méthodologiques en principe plus réceptives à des efforts d’ouverture. Comme pour la théorie enracinée (Glaser et Strauss) laquelle peut servir la formulation même de la question de départ. Car, là aussi, la tentation de facilité n’est jamais loin, celle de se contenter de mobiliser des modèles universels ou importés pour étudier des phénomènes organisationnels locaux. Avec tout ce que cela implique comme risque de biais.
«Contexte et contextualisation. Mosaïque d’Approches en management»  qui vient de paraître aux éditions EMI, reprend une partie des ces enjeux. Il s’agit certes d’un ouvrage à classer dans le rayon académique puisque la structure des différentes contributions reste normée (revue de littérature, cadre conceptuel-questionnements de recherche, méthodologie, résultats). Les thématiques managériales abordées demeurent cependant accessibles pour un public non averti. L’ouvrage est coordonné par deux belles signatures, Doha Sahraoui Bentaleb et Abdenbi Louitri. La première s’est fait remarquer pour une recherche de haut vol sur les femmes cadres (les lecteurs de L’Economiste ont déjà eu souvent l’occasion de lire ses contributions). Le deuxième n’est plus à présenter compte tenu d’une carrière exceptionnelle dans le conseil, l’enseignement et la recherche tant au niveau national qu’international. Mention particulière aussi à l’institution qui porte l’initiative, le Larego (Laboratoire de recherche en gestion des organisations) de l’université Cadi Ayyad de Marrakech. Structure qui constitue à notre sens le pôle le plus dynamique aujourd’hui en matière de recherche en sciences de gestion au Maroc. Le contenu de la publication maintenant. Il s’alimente des thèses de doctorats soutenues au Maroc ou à l’étranger entre 2011 et 2019 et porte en 10 chapitres sur des thématiques variées: Stratégie et RSE, contrôle de gestion, management public, entreprises familiales, GRH…).
C’est ce qui le rend dynamique sans céder sur son intérêt scientifique. La préface de Jacques Igalens, académicien de renom, en GRH notamment, apporte un éclairage sur les enjeux de la contribution et identifie un premier axe majeur: la justification de la contextualisation dans le processus de connaissance. 
Pour ne prendre que l’exemple du comportement organisationnel, Igalens estime que «l’importance du contexte dans l’analyse du comportement organisationnel s’accroît lorsque l’on est en présence d’effets croisés qui peuvent se renforcer mutuellement» (P.11). 
Les coordonnateurs de l’ouvrage en introduction (pp.15-22) insistent pour leur part sur les attentes au niveau local. «Un des points de force des recherches marocaines en gestion peut être son point de faiblesse. L’utilisation systématique des théories internationales, des résultats et normes empruntés aux recherches étrangères, occulte une partie importante de l’analyse de la connaissance qui est la contextualisation» (P.18). 


  • Le chapitre 1 (pp.23-55) s’intéresse à la question des femmes cadres et au plafond de verre au sein des entreprises marocaines. Doha Sahraoui y rappelle la portée de son travail très remarqué sur le sujet, sans doute le premier du genre de cette qualité. Si la prise de conscience en entreprise sur l’apport des femmes au management s’est améliorée, elle constate cependant que «les exigences sociales de la femme cadre dont l’entreprise est tributaire apparaissent comme la principale barrière à l’intégration complète de la femme dans l’entreprise» (p.49). 
  • Dans le chapitre 2 (pp. 57-83) Selma Sekkat et Chafik Bentaleb se penchent sur l’influence du contexte sur le succès de carrière et les populations des cadres. Un sujet prometteur et loin d’être simple à appréhender. La grille habituelle d’appréciation du succès de carrière s’appuie sur des indicateurs mesurables tels que le niveau de salaire ou la position hiérarchique. C’est le succès dit objectif. «Or ces mesures sont susceptibles d’être de pertinence limitée pour certaines catégories d’individus qui peuvent valoriser des facteurs autres que l’avancement hiérarchique dans leur carrière». (p.58)
  • Au chapitre 3 (pp.85-119), Badia Safi-Eddine et Chafik Bentaleb investissent là aussi dans des efforts appréciables de contextualisation, un sujet difficile, mais à fort impact sociétal, la gestion du handicap au Maroc. En dépit d’un regain d’intérêt pour le sujet dans le discours officiel, voire parfois d’une récupération politique, les deux auteurs constatent que malheureusement «les recherches sur le handicap au Maroc sont rares, voire inexistantes» (p.86), particulièrement en GRH. La persistance de stéréotypes et de stigmatisation fait résonner l’urgence d’une prise en main.
  • Le chapitre 4 (pp.121-132) aborde le sujet très en vogue ces dernières années de la RSE. Une question que les deux auteurs, Anas Hattabou et Mahamane Haro Wadah proposent de contextualiser, en articulation avec les objectifs de développement durable, à travers une recherche sur la construction d’une RSE au sein d’entreprises pionnières au Maroc. 
  • Le chapitre 5 (pp.133-160) concerne une recherche qui part d’une réflexion autour des vertus du new public management et de la nécessité d’améliorer, en s’inspirant des pratiques du privé, la gestion des établissements publics. En retenant l’ONEE comme contexte empirique, office dont ils questionnent le contrôle de gestion, Asmaa Said El Messaoudi et Sidi Mohamed Rigar constatent «l’existence d’un système de contrôle de gestion classique et peu novateur».
  • Le chapitre 6 (pp.161-209) porte sur l’impact de la culture nationale sur l’intégration des supply chains, la nature de la confiance étant explorée dans des effets de médiation. Son auteur, Mohamed Amine Balambo (de l’Université Ibn Tofail de Kénitra et considéré comme l’une des jeunes figures montantes de la recherche en logistique) s’est inspiré de l’incontournable modèle sur les dimensions culturelles, du sociologue hollandais Hofstede. Cependant, là aussi, les efforts de contextualisation appliqués au cadre empirique des équipementiers automobiles sont perceptibles.
  •  Au chapitre 7 (pp.181-209), Fabrice Shurweryimana qui explore le sujet de l’innovation organisationnelle dans le cas des PME exportatrices, arrive à mettre en exergue les efforts de créativité des PME marocaines, «particulièrement en raison des habitudes culturelles».
  • Le chapitre 8 (pp.211-234) s’arrête sur la question des entreprises familiales dont Sara Bentebbaa explore l’identité. Un sujet que L’Economiste a régulièrement analysé, pour ne prendre que les différents entretiens avec Gérard Hirigoyen (cf. www.leconomiste.com) ou des contributions au «Cercle des experts» de Brahim Allali.  
  • L’avant-dernier chapitre (pp.235-261) est consacré à une recherche sur les processus entrepreneuriaux chez les PME exportatrices, l’agro-industrie ayant été retenue comme terrain d’étude. Les deux auteurs, Ahmed Sabbari et Alain Fayolle, en détaillent le design à travers des dimensions à la fois épistémologiques et contextuelles.
  • La question des relations de sous-traitance occupe le dernier chapitre (pp.263-284). Sous la signature de Mustapha Zahir, la contextualisation a permis notamment d’identifier les spécificités du contexte marocain en insistant tout particulièrement sur le transfert de connaissance entre donneurs et preneurs d’ordre.
 

M.B.

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